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CHAPITRE II

cilité de lui jeter un nœud coulant et de le tirer à la remorque pendant toute la journée. Arrivés au terme de leur voyage, ils le halèrent sur la grève et demeurèrent terrifiés à sa vue : sa longueur dépassait dixhuit pieds.

Lorsque les premiers colons montèrent à la concession, ils trouvèrent cinq ou six hameaux d’indigènes échelonnés sur le fleuve, ils avaient été envoyés là des différents villages des environs pour mettre à exécution le projet de colonisation du gouvernement; mais peu à peu ils ahandonnèrent leurs nouvelles demeures pour retourner aux anciennes, ne pouvant supporter le tourment des moustiques.

Néanmoins les Indiens de Minatitlan, d’Altipan et d’autres villages y vont faire des plantations de maïs, de cannes à sucre et de bananiers, dont ils ne s’occupent plus qu’au temps de la récolte. C’est là qu’ils coupent les arbres dont ils font leurs pirogues, souvent longues de cinquante pieds, et qu ils taillent les planches de cèdre qu ils vendent aux créoles. Ils n’ont pas d’autre outil que la hache, de sorte qu’ils ne peuvent tirer de chaque arbre qu’une seule planche.

De la barre aux Almagres la végétation n’est que pittoresque; mais, en remontant le fleuve, on la voit dans toute sa splendeur. Elle est vraiment magnifique au Mal-Paso. De chaque côté du fleuve s’étendent des forêts vierges d’arbres gigantesques, dont les branches ne commencent souvent qu’à cinquante pieds de terre, et forment un dôme de verdure impénétrable aux rayons du soleil. Le eéiba au feuillage épais, les

palmiers au tronc svelte et majestueux, le dragonnier aux taches de sang, le cédrel odorant, le liquidambar à la résine parfumée, le gaiac au bois dur, le granadillo aux branches flexibles, le coapinol à la gomme dorée, tous ces arbres et une foule d’autres cherchent le soleil et s’élancent à l’envi au-devant de ses rayons, dont ils attendent leur force et leur beauté. L’ombre projetée de leurs têtes feuillues prive le sol de toute autre végétation, de sorte qu’on pourrait parcourir commodément en calèche de vastes espaces, où la vue se perd bientôt en plongeant dans leurs profondeurs ténébreuses. Le voyageur qui de la rive considère ce tableau vivant d’une nature vierge ne peut se défendre d’un sentiment de terreur religieuse, qui lui révèle pourquoi les druides avaient placé le sanctuaire de leurs divinités dans les forêts primitives de notre vieux continent. L’apparition d’une troupe de cochons-marrons 1 qui obéissent à un chef vient parfois animer ces solitudes; d autres fois c’est un singe qui se balance par la queue, ou un tigre marchant a pas lents et qui exhale son ennui en longs bâillements.

Les tigres, autrement appelés jaguars2, attaquent rarement l’homme, parce qu’ils trouvent une nourriture abondante dans les forêts et dans les pâturages

1 C’est le pécari îles naturalistes. Le mâle porte une glande lombaire d’où s’échappe une humeur fétide, et que le couteau du chasseur doit enlever prestement. La chair de la femelle est préférable à celle du mâle.

2 On trouve dans le haut Goatzacoalco et à Tehuantepec les plus beaux jaguars du Mexique; j’en ai acheté des peaux qui avaient cinq pieds et demi du nez à la naissance de la queue.

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