CHAPITRE XI
cet intervalle il souffre un déchet de 20 p. 100, mais il n en résulte pas moins un bénéfice considérable1.
La sixième partie des produits est donnée aux ouvriers saliniers, et la douzième aux femmes de service, outre les aliments et un salaire tle G piastres pour les hommes, et de 4 1/2 pour les femmes.
Ces salines sont la propriété de don Manuel de la Pedreguera. Chaque puits lui paye une redevance de six charges de sel. Les travaux commencent en mars, quand les eaux de la lagune sont rentrées dans leur lit; ils finissent en juin, après les premières pluies.
Avant l’arrivée îles saliniers, la côte de la mer est infestée de moustiques, de scorpions, de tarentules, de vinaigriers 2, de scolopendres; mais à peine a-t-on construit quelques cases, que tous ces insectes malfaisants abandonnent la place et gagnent les bois voisins; de sorte qu’on n’a plus à redouter que l’invasion incommode des crabes marins, aussitôt qu’il tombe une averse ou que le ciel se couvre de nuages.
C’est une chose vraiment curieuse de voir s’élever comme par enchantement, sur la plage déserte, cette ville de 4 à 5,000 âmes avec ses cases d’herbes sèches, ses cours, scs haies, ses rues, sou église et sa grande place : rien ne manque à la cité improvisée. La pre-
' L’exploitation récente des salines du Penon, près de Zacatecas, a donné un coup funeste à l’industrie des saliniers de Cuyutlan. On préfère le sel du Penon à celui de Colima, dans les cuisines de Guanaxuato, parce qu’on économise sur les frais de transport.
2 Le vinaigrier est un té ly phone.
mière société de Colima et des environs vient dans ces habitations champêtres respirer l’air pur de la mer pendant les plus beaux jours de la saison.
Le soir, le rivage de la mer se couvre de monde : les uns y sont attirés par le plaisir du bain, les autres par le spectacle du grand Océan roulant avec fracas ses vagues vers la côte, par les effets de lumière du soleil couchant sur le cristal mobile des eaux, et par les épisodes gais ou saisissants qui se succèdent sans interruption parmi les baigneurs sur une étendue de deux milles de long.
Là se trouvent confondus les sexes et les conditions : les lois de la décence n’ont plus qu’un faible empire. Tantôt enveloppés par le ressac, tantôt à sec sur la grève, les baigneurs présentent l’épaule à la lame dont ils fendent aisément l’écume; mais renversés quelquefois par des courants obliques, ils disparaissent submergés. Les diverses impressions de terreur, de surprise, de plaisir qu’ils éprouvent, leur font pousser des cris involontaires, dont les notes aiguës discordent avec le sourd mugissement des brisants. Voyez cette vague géante qui s’avance en grondant : elle fond sur ce groupe qui la conjure en vain, passe par-dessus, puis, franchissant la limite de ses domaines, surprend les spectateurs, qui se trouvent inondés avant d’avoir songé à fuir. Regardez cet intrépide nageur qui va s’engloutir sous la volute des brisants : ne croirait-on pas qu’il va être écrasé sous la masse des eaux? Mais quelle est la cause de cet immense éclat de rire qui part de la foule des curieux ? Ah ! c’est qu’une