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CHAPITRE XI

vague indiscrète vient de punir une baigneuse de sa négligence; tandis que toute honteuse elle fait des efforts inutiles pour remédier au désordre de sa toilette, le ressac se retire et la laisse sans abri en présence d’un public sans miséricorde.

Aussitôt que les dernières lueurs du crépuscule se sont éteintes, les travailleurs reviennent se reposer dans leurs hamacs ou sur leurs nattes; quelques-uns se promènent dans les rues, faisant résonner les cordes stridentes de leur jarana; tous se dirigent du côté où ils entendent les accords d’un jarabe 1 expressif, autour duquel ils forment des groupes joyeux; enfin, chez les riches saliniers, l’âge mûr, remettant les affaires au lendemain, prend part à la commune allégresse à la vue d’une jeunesse folâtre qui babille, rit, chante et danse, jusqu’à ce que le sommeil vienne mettre fin à ces jeux, et accorder à cette foule agitée et bruyante quelques heures de repos qu interrompt le premier chant de la chachalaca.

Le Manzanillo est un des plus jolis ports du continent américain. La baie peut avoir deux lieues de large et une lieue et demie de profondeur. Son ancrage est sûr, et les bâtiments peuvent s’approcher du rivage à la distance de quelques mètres. On trouve sur la plage de l’eau potable en abondance. C’est un phénomène singulier de voir les puits d’eau douce mêlés aux sources d’eau salée, à 15 ou 20 mètres des bords de la mer. /

Le climat du Manzanillo est plus frais et plus

1 C’est une danse des côtes.

agréable que celui de Colima durant une moitié de l’année; mais dans le temps des pluies, les moustiques et les lièvres sont des plaies dont on a bien à souffrir. Tout navire qui arrive à cette époque-là doit lever l’ancre aussitôt qu’il est déchargé, à moins de s’exposer à des maux fort graves. Il est vrai que quelques précautions hygiéniques suffisent souvent pour prévenir les maladies ; mais comment espérer une vie réglée de marins généralement ennemis de la tempérance, surtout s’ils viennent de passer quatre ou cinq mois privés de vivres frais, de fruits, d’eau-de-vie et des délassements de la terre? Il est trop vrai qu’ils s écartent souvent du régime qu’ils devraient suivre, et qu’ils abusent des biens qu’ils trouvent sous la main.

Le Manzanillo est le seul port de la république, du côté occidental, d’où l’on exporte des produits agricoles pour la Californie et les Etats de Cinaloa et de Sonora. La valeur des exportations annuelles li a guère dépassé jusqu’à présent 50,000 piastres, mais elle va en augmentant tous les ans.

La pèche des perles a donné quelquefois de beaux résultats dans la baie du Manzanillo. Cependant on ne s’en occupe guère depuis quelques années : les bancs d’huîtres à perles se trouvent à une profondeur qui fatigue les plongeurs , et la baie est pleine de requins et de raies féroces qui laissent à ces malheureux peu de chances d’exercer longtemps leur métier.

Ce port n’a qu’une quarantaine d habitants, qui vivent de ce qu’ils gagnent dans le déchargement des

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