CHAPITRE PREMIER
Projets sur lu communication des deux mers par l'isthme de Panama, le lac de Nicaragua et le fleuve du Goatzacoalco. — Colonisation du Goatzacoalco. — Entreprise de M. Laisnc de Villevéque. — Départ du Havre. — Idée du voyage. — Le Petit Eugène ei la Glaneuse. — Passage de la barre Minatitlan. — Mensonges des directeurs de la colonie. — Désastres des expéditions et motifs de leurs malheurs. — Campements sur les bords du fleuve. — Indiens de pure race. — Indiens métis. — ^°yaGn d Acayucan. — Cosoliacac. — Altipan. — Doua Marina, appelée aussi la Malinclie. — Mœurs des habitants d’Allipan. — Premier repas à la mexicaine. — Cris dans le désert. — Épisode sur la chasse au singe. — Village de Soconuseo. — Acayucan. Sa situation. — Chiques. — Cultures abandonnées.
La pensée de joindre lAtlantique au Grand Océan par un canal traversant le continent américain a été plusieurs fois l’objet de sérieuses considérations. D’habiles ingénieurs furent envoyés d’Europe par les rois d’Espagne pour explorer les lieux qui semblaient les plus propres à la réalisation de ce projet; mais soit qu’on jugeât les difficultés insurmontables, soit que les dépenses parussent excessives, on y renonça, bien que cette communication inter-océanique dût abréger les distances, faciliter les transactions commerciales avec la côte occidentale du nouveau continent, et créer une source de richesses pour
la contrée qui ouvrirait ainsi un passage aux marchandises d’Europe, d’Amérique et d’Asie.
Le lac de Nicaragua, l’isthme de Panama et celui de Tehuantepec ont été les trois points proposés pour la jonction des deux mers. Quoique le premier offrît une communication plus facile, le second un trajet plus court, l’isthme de Tehuantepec fixa cependant plus particulièrement l’attention de l’Espagne; et les Cortès adoptant les conclusions de la régence du royaume au mois d’avril 1814, autorisèrent le gouvernement à y commencer les travaux du canal projeté.
Une nouvelle exploration des lieux fut faite en 1842, au compte d’un capitaliste de Mexico, M. Joseph Garay, qui avait obtenu une vaste concession de territoire sur les bords du Goatzacoalco, à la condition d’y porter une colonie et d’y ouvrir une communication entre les deux mers. Les ingénieurs chargés de cette commission reconnurent la possibilité de canaliser l’isthme au moyen des rivières du Goatzacoalco, du Malatengo, du Chichihua, du Tarifa, du Monetza et du Chi— capa, lesquelles, à partir du plateau de Tarifa, coulent en sens opposé; les quatre premières, vers le golfe du Mexique, et les deux autres vers les lagunes de Tehuantepec.
Cette entreprise toutefois était au-dessus des forces d’un spéculateur vulgaire : aussi M. Garay ne songeat-il qu’à réaliser des bénéfices sur la vente de son privilège. Plusieurs années se passèrent en démarches infructueuses auprès des capitalistes d’Europe; tous