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CHAPITRE PREMIER

furent éblouis; aucun n’osa s’aventurer dans une aussi grande affaire. Enfin l’Américain Sloo acheta le privilège, et cet événement remit en conflit les intérêts, les passions des Mexicains et de leurs ambitieux voisins. La guerre était devenue imminente entre les deux peuples, lorsque le président Ceballos, à son entrée au pouvoir, au commencement de 1853, sut habilement conjurer l’orage.

Depuis lors, contre l’attente générale, la Compagnie américaine n’a rien fait: après s’être ainsi avancée, elle recule devant les difficultés. Tandis que les travaux de percement de l’isthme de Panama s’achèvent, la voie de jonction par le Goatzacoalco reste encore un problème (1) ‘.

Si les Américains eussent procédé dans cette circonstance avec l’activité qui fait des sociétés anglosaxonnes autant de ruches d’abeilles, cette œuvre serait bien près d’être achevée, et le flot des populations qui s’y porteraient d’Amérique et d’Europe féconderait déjà ces rives sauvages de son limon civilisateur, changeant en cultures méthodiques une végétation déréglée, en fruits précieux de stériles produits.

En attendant que cette transformation se réalise par la puissance d’action de ces infatigables pionniers, on lira peut-être avec intérêt quelques notices sur la nature des lieux dont nous parlons, sur leur climat, leurs produits, ainsi que sur la solution du problème de colonisation dans ce pays qu’une tentative malheureuse a déjà mis en mauvais renom. Mais avant d’en-

1 Voyez les notes qui se trouvent à la fin du volume.

trer en matière, remontons aux causes (jui mont amené au Goatzacoalco, et aux circonstances de mon voyage qui ont rapport à la colonisation.

Après les événements de 1830, je pris le parti de chercher en Amérique des moyens d’existence indépendants des opinions politiques et de tout système de gouvernement. AJ. Laisné de Villevêque venait de publier ses brochures sur la colonie du Goatzacoalco, et de tous les points de la France des colons de conditions diverses accouraient au Havre, enthousiastes de cette terre promise, pour laquelle ils quittaient leur patrie, qu’un si grand nombre d’entre eux ne devaient plus revoir! Je fus séduit à mon tour par les promesses de ce questeur de la chambre des députés, à qui je supposais honneur et bon sens, et je me rendis au Havre avec MM. Gabard, de Bourges, pour veiller au chargement du navire qui devait nous porter au Mexique.

Arrêtons-nous un moment pour jeter un coup d’œil sur le prospectus publié par M. de Villevêque. Le gouvernement mexicain , y lisait-on, voulant peupler l’isthme de Tehuantepec et les bords du Goatzacoalco, lui avait concédé à cet effet un territoire fort considérable sur la rive droite de ce fleuve, à une cinquantaine de lieues de son embouchure. Pour encourager les colons, il leur était accordé pendant dix ans une exemption des droits d’entrée sur toutes les choses nécessaires à la colonie. M. Giordan, associé de M. de Villevêque, déjà établi sur les bords du fleuve, était à la tête d’une plantation magnifique de cannes à

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