CHAPITRE II
des haciendas ; aussi les propriétaires îles grandes termes ont-ils des chasseurs au tigre constamment en campagne. A celle du marquisat de Cortès auprès de Tehuantepec, que M. Guergue d’Oaxaca a achetée du duc de Monteleone on en tue une cinquantaine palan terme moyen; malgré cela, on perd encore beaucoup de bestiaux.
Ces chasseurs ne sont pas toujours armés de fusils : ils ne portent souvent qu'un lacs avec lequel ils étranglent l’animal. Voici comment ils s’v prennent : lorsqu’ils ont découvert les traces de la bête, ils se mettent à sa piste avec une douzaine de petits chiens dressés a cette chasse et l’atteignent bientôt. Effrayé des cris de l’homme et de l’aboiement des chiens, le tigre grimpe sur un arbre. Tandis qu il reste exclusivement attentif aux mouvements et aux cris des chiens, les chasseurs lui passent le lacs au cou, au moyen d’une perche armée d’un aiguillon; puis, après avoir attaché fortement la corde à l’arbre, ils le piquent nu flanc : le tigre s’élance et reste suspendu.
Il est une autre chasse au tigre fort curieuse, cest celle que font les cochons-marrons. Ces sangliers sont redoutables quand ils sont réunis par bandes et qu’on les attaque. Si un tigre en a tué ou blessé un, il si* trouve quelquefois cerné et attaqué lui-même. L’arbre le plus voisin lui sert alors de refuge; mais les cochonsmarrons ne renoncent point à leur vengeance : ils sont tenaces, ils restent au pied de l’arbre où leur
1 Descendant de Cortès par les femmes, et héritier de ses titres et de ses biens.
nombre s’accroît continuellement, et ils y passent, s’il le faut, plusieurs jours, jusqu’à ce que la faim détermine leur prisonnier à en descendre. Le tigre s’élance enfin : un combat terrible s’engage; mais, quoiqu’il jonche le terrain de victimes, il finit par être déchiré à coups de dents 1 .
On trouve aussi dans les climats chauds le puma ou couguard, appelé vulgairement lion sans crinière. Moins grand et moins fort que le jaguar, il en diffère encore par son pelage, qui est gris-fauve avec des taches plus foncées qui disparaissent à sa mort.
Pour les autres botes qui peuplent les forêts du Goatzacoalco, le colon n’a rien à en redouter pour luimême : le chat-tigre, le coyote 2 * * 5 et le loup ne font la guerre qu’à ses poules, le tatou cuirassé qu’à son maïs; le danta n’estime d’autre nourriture que les graminées des ruisseaux et les feuilles tendres des arbres; enfin le sapajou se retire de préférence dans les fourrés inaccessibles à l’homme, où les palmiers, les sapotiers, les guamuchils lui offrent leurs fruits savoureux et abondants.
Le colon friand trouve pour sa table des perdrix ' dans les ravins abrités du vent du nord, des lièvres ou
1 Un Indien du Goatzacoalco m’a dit avoir été témoin du
fait; et il est à remarquer que ces hommes simples, comme ja-
dis les lroquois, ne mentent jamais; seulement ils ajoutent facilement foi à l’imposture. Cela se trouve d’ailleurs confirmé par ce qu’en ont dit à M. de Humboldt les Indiens de la mission
d’Ature, en Venezuela. — Voyage aux régions équinoxiales.
5 Quadrupède qui tient le milieu entre le renard et le loup.
? C’est l'espèce que les naturalistes appellent colins.