CHAPITRE XII
en sort du côté du nord, et prend alors le nom de Tololotlan, qu’il change bientôt pour celui de Rio- Grande; il n’arrive au Pacifique qu’après avoir franchi une contrée fort accidentée, où il semble s’être laborieusement frayé un passage à travers les obstacles du terrain. Son lit irrégulier interdit la navigation aux plus simples embarcations.
Non loin du lac de Chapala, le Tololotlan forme une cataracte très-curieuse , surtout à la fin des pluies : la riante verdure qui en forme l’encadrement prête un vif éclat à la pompe du tableau. Elle peut avoir quatrevingts pieds de haut. On la connaît sous le nom de Salto de Juanacatlan.
Le lac d’eau douce de Chapala a environ vingt lieues de long 1 sur six à huit de largeur. Il n’est encore sillonné, comme au temps de la conquête, que par des barques d’indiens, qui y pêchent une fois par semaine le poisson qu’ils portent aux marchés de Guadalaxara et des petites villes voisines. Le bagre y est d’une saveur insipide; mais le poisson blanc, mange en matelote, est un mets délicieux.
Un peu à l’ouest du lac, s’élève du sein des eaux L ilôt de Mescala , où l’on a établi un bagne pour les criminels. En 1810, quelques centaines d’indiens s’y retranchèrent, et se mirent de là en hostilité ouverte contre le pouvoir espagnol. U y eut sur le lac plusieurs rencontres entre eux et les soldats du roi; mais mieux exercés (pie ceux-ci à manier l’aviron et à gouverner
4 On donne à ce lac 90 lieues de tour sur 12 de largeur, mais ces dimensions sont fort exagérées.
les canots, ils eurent beau jeu de leurs adversaires, et ne se rendirent plus tard, si la mémoire ne me fait pas défaut, qu’à des conditions avantageuses.
Quand l’industrie, cette sœur cadette de l’agriculture, prendra son essor au Mexique, Guadalaxara est appelé à devenir le centre des affaires du nord au sud et de l’ouest à l’est. Alors s’accroîtra rapidement la population de Jalisco et des Etats limitrophes; le lac de Chapala , mort pour ainsi dire entre les mains des hommes actuels, recevra de ceux qui pensent et agissent à la fois une vie qui changera les pauvres villages bâtis sur ses bords en cités florissantes.
Le pays qui s’étend depuis Guadalaxara jusqu’au Bajio est presque toujours sans verdure dans le temps sec et sans culture dans la saison des pluies. Les déserts de l’Arabie n’offrent guère à l’œil de tableaux plus tristes. Quelques villes se trouvent sur la route : la première, San-Juan de los Lagos, est célèbre par sa grande foire du mois de décembre, où se rendent les marchands de tout le pays compris entre Mexico et la frontière du nord. Enfoncée dans un bassin étroit, elle ne compte qu’un petit nombre de rues autour de la place principale; et néanmoins plus de deux cent mille âmes s’y trouvent réunies à la fois. Les gens du peuple, les muletiers avec vingt mille mules de charge campent sur les collines, abandonnant aux commerçants l’intérieur de la ville. Le soir, d innombrables feux de bivouac brillent sur les hauteurs.
Pendant la journée, c’est une cohue, un brouhaha qui enivre. Le mouvement diminue après le coucher