‹ Le MexiqueChapitre 202 sur 247 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

peut l’air au point de le rendre pestilentiel dans les grandes chaleurs. Les vapeurs d’acide sulfurique qu’on respire dans le voisinage de l’hôtel des monnaies sont aussi tellement insalubres, qu elles asphyxient les oiseaux; enfin, les émanations des houes métalliques et des eaux croupies des usines introduisent dans l’air des principes hétérogènes dont l’influence se manifeste sur les nouveaux venus par des engorgements , dans les gencives, de légères hémorrhagies, des affections cutanées , des toux sèches, et sur tout le monde, par des délabrements d’estomac, des névralgies et des dyssenteries. Le zopilotl, cet utile vidangeur d’Amérique, qui trouverait une existence si facile dans le lit du torrent, redoute cependant d’approcher de la ville; c’est un endroit trop malsain pour lui. On le retrouve sur la route de Marfil ; mais jamais il ne franchit la barrière.

Chose étonnante, incompréhensible! le choléramorbus, qui, selon les probabilités, devait faire des ravages affreux à Guanaxuato, n’a sévi avec force que dans les endroits où l’air se trouvait le plus pur; il a lui loin des émanations mercurielles, et s’est jeté de préférence sur les points les plus élevés et les plus sains, comme Mellado , la Luz, Santa-Rosa, etc. Autre contradiction non moins bizarre! après avoir payé un léger tribut à ce climat anormal dans les premiers temps de mon arrivée, ma santé s’y fortifia sensiblement. Plusieurs personnes de ma connaissance qui souffraient d’affections chroniques contractées en Europe ou dans d’autres provinces du Mexique, en gué-

rirent également àGuanaxuato, ou y trouvèrent au moins une amélioration à leur état.

Les malades vont respirer un air pur et sain à une demi-lieue de la ville, dans le haut du ravin. On y a bâti quelques maisons de plaisance , qu’on se prête mutuellement, et cet endroit est devenu un but de promenade; il serait difficile d’en créer une autre à Guanaxuato. On y voit aussi deux digues pour retenir les eaux des pluies, car cette ville manque de puits et de sources pérennes.

Quel est donc le motif puissant qui a fait qu’une population de 45,000 âmes vînt s’enfouir ainsi dans cette gorge sauvage et incommode? Nous le verrons bien tout à l’heure.

Guanaxuato fut fondée en 1554. Quatre ans après, on ouvrit les puits des mines de Rayas et de Mellado, à un quart de lieue de la ville; mais ils furent presque abandonnés jusque vers la moitié du dix-huitième siècle. Le filon de la Valenciana ne fut découvert qu’en 1770 par un M. Obregon, qui reçut du roi d’Espagne le titre de comte de la Valenciana. Cette mine donna un l'evenu annuel de près de trois millions de piastres 1 , terme moyen jusqu’au temps de l’insurrection, époque où les travaux furent interrompus. Il y eut des années où l’on en tira jusqu’à six millions de piastres, somme

1 On lit clans la géographie de Balbi, 3e édition, à l’article de Guanaxuato, où l’on parle de la mine de Valenciana: « Il y a eu des années si productives que le profit net de ses propriétaires, MM. Obregon et Otero, s’est élevé à la somme de six millions de francs. » C’est six millions de piastres (trente millions de francs) qu’il fallait dire.

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