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CHAPITRE XII

Les ouvriers mineurs gagnent six piastres par semaine; ils se reposent le dimanche. Quand la veine n’est plus riche, on les laisse travailler à leur compte, et on partage les produits avec eux.

Après avoir parcouru les galeries pendant plusieurs heures à pied, à dos d’homme ou en chariots, accompagne du commandeur de la Merci de Mellado , de son frère le curé et du directeur de la mine , M. Calzada, celui-ci nous fit servir un excellent déjeuner, à trois cents mètres au-dessous du plateau de la colline, et à quatre-vingts environ plus bas que la place de Guanaxuato; il était temps, nous mourions de faim.

Ce fut une scène de magie. Arrivés à un assez vaste emplacement destiné au chargement des chariots, nous nous reposions sur des sacs de minerai en parlant de notre appétit, lorsque, sur un signe du directeur, on apporta devant nous une table chargée avec profusion de mets chauds et froids. La surprise ne pouvait être plus agréable. Le repas lut long et animé. Une vingtaine de mineurs éclairaient le service; leurs torches, jetant une lueur rougeâtre sur ces noirs souterrains, imprimaient au tableau un cachet infernal.

Ce commandeur de Mellado est un excellent homme. Après avoir satisfait consciencieusement aux devoirs du sacerdoce, il se livre aux plaisirs mondains, et use des privilèges de son ordre sans en abuser. Il y avait toujours grande fête au couvent le 24 septembre, jour consacré à Notre-Dame de la Merci. Il ouvrait lui-même le bal en habit de religieux. Cet habit

est tout blanc, ainsi que le scapulaire, la cape et le manteau. Il ne manque aux moines de la Merci que la croix rouge pour ressembler aux templiers. Elle se trouve remplacée sur le scapulaire par les armoiries de l’ordre , dont l’écu porte une croix d’or et trois bandes en pal du même métal, sur un champ de gueules.

Lorsque saint Pierre de INolasque, gentilhomme languedocien, fonda l’ordre de la Merci en 1223, les chevaliers étaient laïques; ils n’embrassèrent que plus taxxl l’état ecclésiastique, conservant le privilège de ceindre l’épée 1 et de prendre part à tous les délassements licites des laïques, en dédommagement des rudes épreuves qu’ils avaient à subir pour le rachat des

Ce bon commandeur m’avait pris en amitié; après les dames, j’étais l’objet spécial de ses attentions dans toutes nos réunions. Sensible à de telles marques d’affection , je ne saurais parler de Mellado sans lui consacrer une ligne qui rappelle mes sentiments de gratitude à son égard.

La société est fort triste à Guanaxuato. Les hommes se voient entre eux pour leurs affaires, et les dames se bornent aux visites d’étiquette; elles ne sortent que pour aller à la messe et à la promenade si elles ont équipage. Il fallait tout l’entrain du commandeur pour en attirer quelques-unes à Mellado.

Les habitants de cette ville passent dans tout le Mexique pour grossiers et intraitables; mais ce juge-

II s ne portent plus l’épée depuis longtemps.

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