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CHAPITRE XII

ment me paraît beaucoup trop sévère. S’il est vrai que quelques-uns manquent d usage du monde, il est certain aussi qu’on retrouve en eux des qualités, des vertus même qu’une juste critique ne doit point taire. J’ai remarqué, par exemple, que s’ils se livrent plus difficilement aux nouveaux venus que les Mexicains et les Moréliens, ils sont eu général plus francs dans leurs paroles, plus complaisants, plus serviables avec leurs amis. Le barreau de cette ville, qui est un des premiers du pays par son savoir, en est aussi le plus moral peut-être pour sa droiture dans la direction des affaires ; les magistrats qui composent les tribunaux sont assidus à leurs devoirs et plus consciencieux dans l’application de la loi que ne le sont ordinairement ceux de la province; enfin, les habitants de Guanaxuato ont encore une vertu qui les met au premier rang parmi les Mexicains, c’est l’amour de la famille. Nulle part je n’ai vu les mères plus tendres, plus soigneuses de leurs enfants, ni les pères plus attentifs à prévenir leurs besoins et à leur complaire en toutes choses. Au reste, le caractère de ces enfants est si aimable, qu’ils abusent bien rarement des bontés qu’on a pour eux.

J’ai eu les relations les plus agréables avec M. Munoz Ledo, qui fut gouverneur de l'Etat sous la présidence d’Arista , et qui est rentré depuis dans la vie privée : il a conquis l’estime de tous par ses manières, son instruction, son intelligence et ses vertus. Certes, jamais Guanaxuato n’a eu à la tête de son gouvernement un magistrat plus éclairé, un administrateur

plus désintéressé. Le nom de Muiïoz Ledo figurera dignement à côté de celui de Cortazar, dont on vénère la mémoire.

Parmi les dames de la ville, j’en connais plusieurs qui, riches de patrimoine, sont la Providence des malheureux. Quand la fortune est aussi bien employée, Dieu peut la décupler sans faire naître l’envie; loin de là, les pauvres s’eu réjouissent, car ils comprennent que leur part en sera plus large.

Guanaxuato n’a pour se soutenir que son commerce intérieur; il est lort actif en temps de bonanza. Les ouvriers des mines et des usines gagnent beaucoup , et dépensent le dimanche tout ce qu’ils ont reçu dans la semaine; tandis que les actionnaires, croyant la fortune enchaînée pour toujours , affichent un luxe effréné, et achètent sans calculer h De manière que quand le bon temps est passé, ce sont les marchands qui jouissent du bénéfice des mines; les ouvriers, et souvent même les maîtres, se trouvent aussi pauvres qu’auparavanl. Plusieurs actionnaires qui ont perçu un million et demi de piastres de 1843 à 1852 se sont déjà ruinés , sans avoir cependant ni vécu avec éclat ni fait de bien à personne. La négligence, le désordre, le jeu, absorbaient des dividendes de dix mille piastres par semaine!

Ce sont les mines du district minéral de la Luz 2 qui ont produit toutes ces grandes fortunes. La mine

1 J’ai vu vendre deux armoires en acajou 1,400 piastres (7,000 fr.) , elles n’en eussent pas valu plus de 500 à Mexico.

2 A cjuatre lieues de Guanaxuato.

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