CHAPITRE XII
d’une façon trop onéreuse pour laisser du profit, si l’argent en contient moins de 16 grains par marc. Et quand les piastres arrivent en Europe, il y a encore de nouveaux frais et un nouveau déchet à supporter pour défaire ce qui a été fait au Mexique; car là on ne reçoit pas les piastres comme numéraire; on ne les achète que comme métal , pour leur redonner ensuite la forme qui convient aux marchés où elles doivent servir a l’échange.
Que dirions-nous des économistes anglais, s’écrie M. Stephenson 1 , s’ils ne permettaient l’exportation de leur fer que sous la forme de couteaux , par exemple, et même à la condition que ces couteaux ne serviraient à aucun autre peuple, de sorte qu’on serait obligé de les porter de nouveau à la forge pour en faire des barres, des socs de charrue, etc.? Nous croirions certainement que ces hommes ont été abandonnés de Dieu, qu’ils sont tombés dans le crétinisme. C’est cependant ce que les économistes mexicains font depuis trente ans, sacrifiant ainsi l’industrie nationale, l’intérêt du commerce et celui de tout le monde, pour un revenu dont l’importance ne répond certainement pas au mal qui a été fait. Il n’y a de changé dans les deux opérations économiques que le nom du métal.
Eaisons observer aussi qu’on ne peut exporter l’argent transformé en piastres que par certains ports et à certaines époques, ce qui est une entrave au commerce et un embarras pour le négociant, qui souvent
Reformas de hacienda. Guanajuato, 1855.
a besoin de faire des remises d’argent à 1 extérieur, dans le plus bref délai.
Comme les droits de circulation et d’exportation iont éprouver de grandes pertes aux négociants, ils se voient forcés d’élever le prix de leurs marchandises, de sorte que c’est la nation entière et le pauvre en particulier qui souffrent de cette mauvaise législation.
Peu d industries ont été aussi maltraitées par le gouvernement mexicain que celle du mineur. On ne doit donc pas s’étonner de voir tant de gens se ruiner dans le travail des mines, lesquels s’y enrichiraient sans doute sous une administration plus paternelle et plus logique. Du jour où le gouvernement permettra la libre exportation en lingots de l’argent et de l’or, sans imposer à ces métaux ni taxes ni entraves, on pourra bénéficier du minerai d’une loi beaucoup plus basse que 5 marcs par 32 quintaux et on exploitera avec profit une infinité de filons, qui se trouvent maintenant abandonnés parce qu’ils ne sont pas assez riches pour soutenir des charges aussi pesantes. La ville de Guanaxuato entrera alors dans une ère de prospérité qu elle n’a pas encore connue : on reprendra tous les filons abandonnés; on en travaillera une foule d’autres qui sillonnent les montagnes de cette partie des Cordillères, et je ne crains pas d’être taxé d’exagération en pronostiquant qu’au lieu de 5 à 6 millions de piastres que l’État de Guanaxuato produit annuellement, il en fournira 12 ou 15 à la circulation.
1 On compte par 32 quintaux à Guanaxuato et par 30 à Real del Monte.