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CHAPITRE XII

La plaine du Bajio, que nous retrouvons en sortant de Guanaxuato, s’étend depuis Léon jusqu’à Queretaro; elle a environ soixante lieues de long sur huit à dix de largeur. Une diligence légère et rapide nous porte à son extrémité la plus reculée, en passant par les petites villes d’Irapuato, de Salamanca et de Celaya, renommées pour la fertilité de leurs campagnes.

Les terres du Bajio rendent communément trente grains de blé pour un, sans jamais recevoir d’engrais. Seulement on a soin de les tenir en jachère un an sur deux. Ce repos suffit pour leur rendre toute leur vertu productive. B y a aussi quelques petits cantons où I on récolte cinquante à soixante pour un 1 chaque année , et toujours sans engrais. C’est ce que I on voit, par exemple, dans la belle hacienda appelée Canada de N egros, à quelques lieues de Léon.

On se fera une idée de cette prodigalité de la cérès mexicaine en réfléchissant que l’on ne récolte en France que sept fois la semence, terme moyen, et quinze fois dans les meilleurs terrains.

Chose surprenante ! au sein d’une telle abondance des biens de la terre, on rencontre plus de mendiants qu’ailleurs : ils pullulent dans les petites villes du Bajio 91). A peine la diligence s’arrête-t-elle, qu’un cercle de gueux déguenillés, d’aveugles, de gens mutilés , se forme autour des portières. Leurs prières sont si instantes, que, quoique la mendicité éhontée inspire peu d’intérêt, on ne saurait y rester sourd : on leur

1 Voyez Y Essai sur la Nouvelle- Espagne de M. de Ilumboldt.

jette bien vite une aumône pour se délivrer de leur importunité.

Aucune grande rivière n’arrose la plaine du Bajio; les ruisseaux mêmes y sont fort rares. Mais on remédie à ce défaut naturel par des barrages d’une grande étendue, où l’on retient l’eau des pluies qu’on répand au printemps, lorsque les moissons commencent à souffrir de la sécheresse.

Queretaro est une ville de 40,000 âmes environ. Elle est remarquable par l’étendue de ses habitations, la belle verdure de ses alentours, les fleurs de ses jardins, et, enfin, par la douceur de son climat.

Deux chaînes de collines, qui se rapprochent l’une de l’autre à un mille de la promenade publique, forment un vallon où murmure un ruisseau d’eau limpide. Une infinité de cases et de petits jardins en décorent les rives; les Indiens y cultivent des arbres fruitiers, des légumes et des fleurs. C’est le Santa- Anita de Queretaro : le dimanche, le peuple s’y rend pour tresser des couronnes de fleurs et se régaler de feuilles de laitue.

Une belle fabrique de toile de coton a été bâtie à 1 entrée du vallon, sur les bords du ruisseau dont les eaux servent de moteur à ses machines. Elle appartient à un riche Espagnol, M. Cayetano Rubio. C’est le plus grand établissement de ce genre qui existe au Mexique : il consomme 15,000 quintaux de coton par an, et occupe 3,000 ouvriers.

La fabrication des toiles de coton, pour l’usage des gens du peuple, est la principale industrie fabrile du

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