CHAPITRE XII
Mexique. On compte quarante-deux fabriques disséminées sur le vaste territoire de la république, biles font travailler 10,81G ouvriers des deux sexes, et consomment ensemble 125,833 quintaux de coton, dont la plus grande partie vient des Etats-Unis.
Au delà deQueretaro, la route devient fort mauvaise pour les voitures. Les diligences mexicaines franchissent en courant les aspérités du terrain, et le voyageur, violemment secoué par les cahots, arrive le corps brisé à la couchée.
Le pays qu’il a traversé est aride et triste; rien dans le paysage ne saurait le dédommager des incommodités qu’il a souffertes; à peine garde-t-il un souvenir de San-Juan del Rio, qui s’élève au bord d’une rivière ombragée de saules, comme une oasis dans le désert. D’ailleurs il a appris à redouter les abords de cette ville aux riantes couleurs : une population égoïste 1 habite. Il se verrait attaqué jusque dans ses faubourgs par les voleurs de grands chemins sans espoir qu’on lui portât secours. La diligence a été souvent arrêtée au delà du pont qui forme l’entrée de la ville du côté du nord, et les habitants sont restés, du haut des terrasses de leurs maisons, tranquilles spectateurs du dépouillement des voyageurs; aucun n’a pris les armes pour les défendre.
C’est aussi ce qui est arrivé en 1848 , quelques jours avant mon passage par cet endroit. Les voleurs, au nombre de douze seulement, étaient si sûrs qu’ils n’avaient rien à craindre de la part des habitants, qu ils procédèrent méthodiquement et sans se presser
au vol de la diligence, se faisant ouvrir les malles et les ballots, mettant de côté ce qu’ils trouvaient à leur convenance, et éparpillant le reste sur la route. Pendant ce temps-là , les voyageurs, couchés à plat ventre dans la poussière, n’osaient faire un mouvement, de peur d’être maltraités ou même tués par les bandits.
Si les députés au congrès eussent compris une fois dans leur vie toute la portée de leurs devoirs, ils eussent décrété sans doute qu’en punition de ce crime de lèse-humanité, San-Juan del Rio porterait à l’avenir, dans les actes publics, le surnom de X infâme. Ce n’est qu’en stimulant l’amour-propre des sociétés comme des individus, par l’espoir de la gloire et par la crainte de l’ignominie, qu’on peut espérer qu elles s’amenderont un jour. Mais cet acte inouï de lâcheté ne fit aucune impression sur l’esprit des Mexicains. Les journaux ont rapporté le fait simplement, sans montrer la moindre indignation; et il n’y a plus aujourd’hui que ceux qui en ont été victimes qui se souviennent du hideux égoïsme des habitants de San-Juan del Rio.
Nous rentrons à Mexico sept ans après l’avoir quitté. De grands changements y ont eu lieu dans les choses et dans les personnes. Les principales rues se sont remplies de magasins élégamment décorés; partout on a bâti des maisons superbes, on a ouvert des hôtels splendides pour les voyageurs. Un nouveau théâtre s’est élevé , aussi beau que celui de Santa-Anna. Le quartier dit de Nuevo-Mexico s’est considérablement agrandi, et a été rebâti presque en entier. C’est là que se trouvent réunis les ateliers et les fabriques,