CHAPITRE II
des lapins dans les savanes buissonneuses. Sur les coteaux boisés, au coucher du soleil, le coq d’Inde sauvage se trahit lui-même : il révèle sa remise en rappelant à lui ses compagnes éparses. Les bords du fleuve fournissent à la variété du service la sarcelle et le gros canard, la tortue et 1 iguane. Dans ses eaux profondes, le filet du pêcheur enlace le bagre et le bobo aux chairs fermes et blanches, et dans les ruisseaux tributaires il rencontre la truite dorée, que n eût pas reniée le palais difficile de Brillat-Savarin.
Quant aux fruits donnés par les différents climats du Mexique, leur variété est innombrable; j’aurai occasion de parler des espèces principales dans le cours de mon voyage.
Mais d’autres cultures nous attiraient sur cette terre étrangère ; leur nomenclature est nombreuse , leur richesse sans égale : ce sont, d’une part, le cacao, le café, la canne à sucre, la vanille et les céréales; de l’autre, le coton, le tabac, la cochenille, l’indigo, la salsepareille, le jalap, etc.
Le cacao du Goatzacoalco est d’une qualité égale à celui de Tabasco, province limitrophe; il est supérieur à celui de Guavaquil , de Maracaibo et même de Caracas. Tabasco fournit à peine la cinquième partie du cacao que I on consomme au Mexique; le reste vient en grande partie de Guavaquil, et n’arrive à Vera-Cruz qu après avoir été à New-York ou à Hambourg : chose étrange pour celui qui ignore qu il n’existe pas de communications directes entre le Mexique et les Ltats de I Amérique du Sud
Si quelques rares caboteurs apportent dans les ports de l'Ouest les productions des autres contrées, elles suffisent à peine à la consommation des habitants de cette côte.
La culture du cacaoyer était déjà très-répandue du temps de Montézuma; on en broyait l’amande avec du mais, puis on en préparait une boisson à laquelle on donnait le nom de chocolall. Les grains de cacao avaient cours dans l’empire des Aztèques , comme moyen d’échange; et encore aujourd’hui ils servent de monnaie à Telmantepec et dans les bourgs de Chiapa. La valeur d’un demi-réal est représentée par trente-six grains.
Le café du Goatzacoalco est au moins aussi bon que celui d’Orizaba. Son grain est petit et arrondi; quand il est donné par un vieux tronc, on ne saurait lui trouver d’égal qu’à Colima.
La canne à sucre donne fort peu de peine à cultiver sous l’influence d’une atmosphère légèrement humide et d’une rosée abondante, qui rendent inutiles les travaux d’irrigation, indispensables dans les régions du centre et sur la côte occidentale. Elle offre encore un avantage sur celle du versant opposé des Cordillères, c’est qu elle dure sept ou huit ans en plein rapport, tandis qu’il faut la renouveler tous les deux ans dans les pays où l’arrosement est nécessaire. M. de Humboldt l’a trouvée plus abondante en sucre qu’à l’île de Cuba et dans les plantations de Saint-Domingue.
T^a liane qui porte la vanille est aussi d’une culture
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facile, mais la préparation des gousses exige des soins minutieux. Presque toute la vanille que le Mexique fournit à l’Europe est recueillie dans l’Etat de Vera- Cruz.
Les céréales se réduisent au riz et au maïs; l’orbe et le froment ne poussent pas d’épis dans les climats trop chauds. La hauteur à laquelle on commence a semer le blé d’Europe sur la pente des Cordillères est d’environ mille mètres au-dessus du niveau de la mer, et on peut en continuer la culture jusqu’à trois mille mètres ’.
Le riz se cultive dans les fonds humides. On en compte plusieurs espèces d’une excellente qualité, qui fournissent dans un terrain donné une niasse d’aliments plus considérable que la même étendue cultivée en froment.
Quant au maïs, sa fécondité dépasse tout ce que pourraient s’imaginer nos fermiers d’Europe; en outre, il s’acclimate également dans les régions de températures les plus opposées. Toutefois la chaleur, unie a l’humidité, est la condition la plus favorable à son développement et à l’abondance de ses produits. En cinquante jours on obtient une récolte, de sorte que la même année en mûrit jusqu’à trois dans le sol fécond de 1 isthme, et rend au cultivateur, pour prix de ses soins, quatre ou cinq cents pour un et quelquefois davantage.
Le coton de San-A mires de Tuxtla et celui de Cosamoloapan , sur la rivière d’/Mvarado, sont célèbres
1 Essai sur la Nouvelle- Esnar/tw de M. de 1 lumboldt.
pour leur finesse et leur blancheur; mais ils sont intérieurs cependant au coton qu’on récolte dans la partie méridionale de l’Etat d’Oaxaca.Le pépin semé produit un arbuste de deux à trois pieds. Les capsules s ouvrent au bout de quatre mois.
Le tabac que quelques colons ont obtenu sur les bord du fleuve était d’une excellente qualité; ils restituaient autant que celui de Tabasco, où la meilleure classe, dite de corral, passe souvent pour être de la vuelta de abajo (Havane). Les plantations d’Orizaba et de Cordoba fournissent à la régie une grande partie du tabac nécessaire à la consommation du pays. Le tabac des cigares est faible; mais son arôme est trèsagréable.
La cochenille nourrie sur des plants de nopal d’Oaxaca donnerait une teinture magnifique, dans les terrains qui séparent les rivières du Sarabia et du Malatengo. Le colon qui serait aidé par une nombreuse famille pourrait obtenir de grands bénéfices en s’appliquant à léducation de cet insecte colorant.
L’indigo de l’isthme est le plus beau de la république, mais la culture en est fort négligée au Mexique; elle ne suffit pas même aux besoins du pays.
La salsepareille végète admirablement dans les gorges humides et ombragées des montagnes de Guicbicovi. Le convolvulus, dont la racine tubéreuse fournit le jalap, garnirait de son feuillage épais les baies d’hibiscus, de daturas et de dahlias arborescents dont le colon borderait ses cultures potagères.
Après ces végétaux en viennent d’autres qui servent
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a la iiouiTitiire du colon , et lui donnent en outre un revenu assuré: ce sont les bananes, les pommes de terre, les patates, les ignames, les haricots noirs, les pistaches de terre (arachides), le piment rouge, les melons, les pastèques, les ananas, etc.
Le bananier est un objet de culture du plus grand intérêt pour I habitant des plateaux qui ne s’élèvent pas à plus de 1550 mètres au-dessus du niveau de la mer. Aucune plante ne produit une masse de substance aussi considérable dans un aussi petit espace de terrain; chaque pied donne un régime qui contient de cent à cent soixante fruits, et pèse de cinquante à soixante-dix livres. La longueur de la banane varie de six a quatorze pouces; celles de Guichicovi sont les plus belles et les meilleures que 1 on connaisse.
11 v a deux espèces de bananiers : l une donne la banane proprement dite; l’autre la figue-banane. Celleci se mange crue; la pulpe en est molle et savoureuse. Cuite sous la cendre ou frite, la première offre un aliment vraiment délicieux.
Lne plantation de bananiers se perpétue d’elle-memr sans conter d’autre soin à l’homme que celui de chausser deux fois par an le pied des tiges, et de couper celles dont le fruit a mûri. Au reste, tous les végétaux nourriciers qui abondent dans l'isthme et dans les vallées humides des États de Vera-Cruz, d’Oaxaca et de Micboacan, donnent si peu de peine a cultiver, que deux jours de travail par semaine suffisent à un seul homme pour fournir à la subsistance d’une famille entière.
A côte du bananier croit la yucu, autre plante alimentaire dont on distingue deux espèces, une douce et une amère. La racine de la première peut être mangée sans danger, tandis que celle de l’autre est un poison. Cependant la fécule des deux racines, appelée farine de manioc, sert également à faire du pain. On sépare le suc vénéneux de la fécule de yuca amère en comprimant avec soin la racine râpée. Le pain de manioc ou decassave est très-nourrissant; c’est un des principaux aliments des nègres des Antilles.
La patate que l’on appelle camote est une espèce de ponnne de terre sucrée, dont le goût tient de la châtaigne. L’igname est plus fade.
Cette accumulation de produits que la terre n accorde que séparément a d’autres régions rendra la province du Goatzacoalco la plus florissante des Etats mexicains et de l’Amérique espagnole, quand les rives du fleuve seront habitées par des hommes industrieux, et cultivées comme celles de l’Ohio. D’ailleurs le colon trouvera â toutes ses productions un écoulement facile : Vera-Cruz n’est qu’à cinquante lieues de l’embouchure du fleuve, et là les fruits du pays ont un placement assuré soit pour interner, soit pour exporter. Les consignataires ne demandent pas mieux que de faire des retours en denrées coloniales. La Nouvelle-Orléans n’est qu’à quatre jours de distance pour un navire à vapeur. D’un autre côté, les Etats deTabasco, de Ghiapa, d’Oaxaca, offrent des débouchés aux céréales, aux bestiaux, aux produits industriels.