‹ Le MexiqueChapitre 214 sur 247 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

est impuissante à prévenir, et que ce sont précisément les bras dont l’agriculture a besoin que l’émigration nous enlève. Que de maux ne causerait donc pas à l’Europe une guerre avec l’Amérique, quand il faudrait quelle fermât ses fabriques; quand elle verrait ses greniers vides, ses marchés privés des denrées coloniales les plus indispensables, et la misère du peuple troubler la tranquillité intérieure! D ailleurs, de faciles croisières le long de la côte du Brésil gêneraient les communications avec l’Asie; les corsaires trouvant d’un bout à l’autre du continent américain des abris assurés contre 1 ennemi et les mauvais temps, couvriraient l’Atlantique de navires armés qui anéantiraient bientôt toutes les marines marchandes.

Et cette guerre éclaterait certainement aussitôt que les Etats-Unis se sentiraient la force de la faire avec avantage; car l’Américain soupire, non pour la gloire des armes précisément , mais pour la domination qu elle procure. La conscience de sa puissance l’a rendu ambitieux, et la conquête du Mexique a donné l’élan à sa passion. Voyez comme il devient insolent et injuste. Rappelez -vous les bravades grossières de .lackson, la mauvaise foi du manifeste de Taylor, le bombardement de San-Juan de Nicaragua, et les velléités guerrières du cabinet de Washington dans toutes

1 Les Américains se garderont bien d’adhérer à l’article du traité de Paris (15 avril 185G) qui proclame la liberté des mers, et si l’on infligeait à leurs corsaires la peine réservée aux pirates, on verrait éclater de terribles représailles, tout à fait en opposition avec l’esprit de modération qui a dicté le traité.

les questions diplomatiques où il intervient. Rien de noble ne saurait sortir du cœur des Américains dès que leur intéi’êt, un intérêt sordide, est enjeu : ils condamnent, dans leur hideux égoïsme, tout mouvement généreux qui ne doit point leur rapporter davantage matériel; ils se rient de ce que nous appelons sentiments chevaleresques. Aussi avons-nous vu ces pharisiens de la civilisation faire des vœux pour le tyran de la Russie dans la guerre d’Orient, au détriment des alliés qui défendaient l’Europe contre les empiétements de la barbarie. La presse de leur pays inventait chaque jour des nouvelles sinistres pour la cause de ceux-ci , et pour se procurer le plaisir de s’en réjouir. Plus ce peuple avance en puissance, plus il recule en principes; et déjà les Know-Nothings (94), athlètes des idées rétrogrades de la réaction contre les étrangers et la religion catholique , dominent par le nombre dans les meetings, et envahissent peu à peu les hauts conseils de l’Etat. L’esprit républicain, tel que l’avait créé Washington , n’existe plus aux Etats- Unis : la droiture, la simplicité, les nobles aspirations, ont fait place à l’astuce et à l’orgueil. C’est ainsi que souvent, aux bons sentiments d’une candide adolescence, succèdent, presque sans transition, les vices honteux d’une jeunesse désordonnée (95).

Il ne suffît donc point que les cabinets d’Europe garantissent aux Espagnols la possession de Cuba; il faut encore qu’en vue des éventualités, ils se prononcent dès aujourd’hui pour ce qui regarde l’intégrité du territoire mexicain, tel que l’ont fait les

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