CHAPITRE XII
traités de Guadalupe et de la Mesilla. Leur décision , une fois arrêtée et bien connue, ralentira la marche de l’esprit annexioniste , et fera échouer bien des projets que leur silence encourage, et dont leur indifférence hâterait l’exécution.
L’Europe s’est émue au passage du Pruth , aux premières atteintes faites à l’intégrité de l’empire ottoman; la France et l’Angleterre se sont coalisées pour repousser les Puisses, et ont porté la guerre à mille lieues de leurs côtes, en face des plus formidables remparts qui aient jamais été attaqués. Pourquoi n’en feraient-elles pas autant, aujourd’hui qu’il en est temps encore, pour mettre un frein à l’ambition des Américains, quand l’invasion du Mexique par cette puissance n’amènerait pas un moindre dérangement dans l’équilibre politique des nations, et que, d ailleurs, les difficultés de l’entreprise seraient infiniment moins grandes et moins dispendieuses? Une escadre à Ulua, et G, 000 hommes de troupes anglaises ou françaises, avec quelques cadres d’officiers et de sous-officiers pour former des régiments d indigènes, en voilà assez pour empêcher un débarquement sur la côte de l’est, et pour refouler derrière le Bravo les Américains qui oseraient le franchir.
Mais, dira-t-on, la guerre générale, naissant de la domination des Anglo-Américains sur tout le continent, n’est qu’une vaine menace pour l’Europe; c’est l’illusion d’un esprit pessimiste et borné, qui ne voit pas que plus le corps du géant grandit, plus il s’affaiblit ; que cette république renferme dans son sein
tant d’éléments de trouble et de désunion, que la moindre addition de plus à son territoire ferait pencher la balance du côté des Etals du Sud ou de l’Ouest, ce qui entraînerait la dislocation du corps social, et que du fractionnement de cette puissance naîtraient des républiques distinctes, en opposition d’intérêt et de politique, dont l’Europe n’aurait plus rien à redouter pour la guerre générale que nous entrevoyons.
A cela, nous répondrons que la république des Etats-Unis peut se fractionner à l’infini, sans que l’esprit national subisse la moindre altération. Si les Américains diffèrent quelquefois d’opinion pour ce qui regarde les intérêts privés de chaque Etat, ils n’en ont plus qu’une seule dès qu’il s’agit d’un intérêt général et de l’attitude qu’ils doivent prendre à l’égard des autres puissances. De sorte qu’on les trouvera toujours unis et disposés à faire prévaloir leur politique sur celle de l’Europe. Le fractionnement de l’Union ne servirait qu’à en rendre la conquête plus difficile. La plus grande armée d’invasion ne trouverait alors en Amérique aucun point vulnérable qui entraînât la reddition du reste du pays; elle ne serait jamais maîtresse que de l’espace qu elle occuperait. Ainsi l’Europe succomberait après quelques années d’une guerre ruineuse.
Parmi les Mexicains, il en est quelques-uns qui, désespérant de l’avenir, voteraient volontiers, dès à présent , pour l’annexion de leur pays aux Etats-Unis : ce sont, d’une part, les habitants des frontières de l’Union , qui se trouvent à même d’apprécier les bien-