CHAPITRE XII
faits de l’administration chez leurs voisins, sans avoir rien à souffrir des inconvénients relatifs de leur législation, et surtout de la rudesse de leur caractère; de l’autre, les plus exaltés d’entre les libéraux, qui , séduits par la théorie des principes, sautent par-dessus les dangers de leur application chez eux 1 : mais les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population mexicaine détestent cordialement les Américains, et ne consentiront jamais à se donner à eux; car ils comprennent que leur domination deviendrait un fléau encore plus destructeur que la guerre civile, et le plus grand désastre politique que l’anarchie pourrait attirer sur leur pays. Les événements de la Californie leur ont appris combien les Anglo-Saxons méprisent et haïssent les races indienne et espagnole, et qu’ils n’ont à attendre d’eux qu injustices, vexations et calamités de toute espèce. De sorte que, si la France, 1 Angleterre et l’Espagne prenaient la résolution d’empêcher tout nouvel empiétement des Etats-Unis sur le territoire de l’ancienne colonie espagnole, ces puissances seraient bénies par les Mexicains et par tous les peuples de l’Amérique, depuis Guatimala jusqu’au Rio de la Plata. Et si, d’accord avec le gouvernement mexicain , elles consentaient en outre à intervenir
1 Les propriétaires des grands biens territoriaux verraient aussi avec plaisir leur pays passer sous la domination américaine, dans l’espoir que leurs domaines doubleraient bientôt de valeur. Par un sentiment de pudeur facile à comprendre, ils cachent leur pensée secrète, mais à leurs allures il est aisé de les deviner. Ces égoïstes ne feront rien pour repousser les Américains.
pendant quelques années dans les dissensions intestines de ce malheureux pays pour lui rendre le calme dont il a si grand besoin , elles se verraient secondées avec ardeur par tous ceux qui souffrent, par tous ceux qui pensent et qui sont jaloux du bonheur et de la gloire de leur patrie (96).