‹ Le MexiqueChapitre 219 sur 247 · VOTES. V · texte numérisé non relu

VOTES. V

pertes qu’ ils avaient essuyées à leur début. Enliu, les colons de nos expéditions qui sont restés au Mexique jouissent d’une réputation sans tache , et le titre de Goatzacoalcien en est un aussi à l'estime et au respect de tous. Les colons ont été éprouvés par la misère et les souffrances, et personne n’ignore que c’est dans le malheur que le cœur de l’homme révèle ses tendances et trahit ses secrets.

(12) Depuis que les Américains du Nord, en s’emparant de la moitié du Mexique, ont révélé au monde les tendances de leur ambition, tous les Mexicains comprennent qu’il est urgent de peupler leur pays d’hommes travailleurs et industrieux, qui sachent c réer la richesse et la force où il n’y a que misère et impuissance. Le gouvernement général, sous la présidence d’Herrera, en 1848, indiqua la colonisation comme l’unique remède aux maux qui affligent la nation, et aux calamités qui la menacent. ’Santa-Anna lui-mème rendit, six ans plus tard, un décret à ce sujet, appelant les enfants catholiques de la vieille Europe sur le sol mexicain : malgré cela les années se passent, et les colons n’arrivent pas.

Cependant la situation fâcheuse de l’Europe depuis plusieurs années a favorisé plus que jamais l’émigration. Partout s’organisent des expéditions de colons; 1 Allemagne seule en vomit des centaines de mille aux Etats-Unis. Pourquoi donc ces colons restent-ils sourds à l’appel tant de fois répété des Mexicains? C’est que ceux-ci n’ont rien fait pour obtenir leur préférence; ils ne leur ont pas même signalé un terrain pour leur premier établissement. D’où vient donc cette inconséquence dans les esprits, cette atonie dans la vie publique? Doit-on en déverser tout le blâme sur le gouvernement général? Le considérera-t-on comme le seul responsable de ce crime de lèse-nation? Non ; la faute eu est au pays lui-même : c’est lui qui se suicide. Elle doit retomber sur chaque citoyen en particulier; car celui qui élève le plus haut sa voix pour blâmer les chefs de l’Etat ne mérite, pas moins qu’eux le reproche d’indifférence et d’apathie. Quel député a jamais fait entendre à la tribune, avec la ténacité de Caton, les paroles de saint qui, tôt ou tard, auraient eu le même succès que le delenila est Carlhago? Quel État a jamais pris l’initiative pour la création d’une colonie, en proportionnant les moyens à la fin qu’il se proposait? Oaxaca, Chiapa , Yucatan , attendent de l’augmentation de leur population

NOTES

blanche leur sûreté et leur richesse ; cependant ces États n’ont encore pris aucune détermination à cet égard. L’ancienne loi de colonisation autorisait seulement le gouvernement d’Oaxaca à peupler l’isthme de Tehuantepec d’indigènes pris dans les villages du même État: singulière invention pour peupler un pays! Eh bien, la nouvelle loi de 1849 n’a pas été plus efficace pour coloniser la côte d’Huatulco.

Cependant, que les Mexicains ne se fassent pas illusion : le danger qui menace les races blanches dans le sud de la Nouvelle-Espagne est imminent, et les plaies que lui causent les sauvages du Nord sont saignantes. Voilà déjà plus de vingt-cinq ans que les Comanches et les Apaches ont envahi les provinces septentrionales, qu’ils volent les bestiaux , incendient les fermes et les villages , égorgent les habitants et emmènent les enfants en captivité. Ils se sont avancés jusqu’à Zacatecas et à Jalisco, et pénètrent chaque année plus avant. Chassés de leurs déserts par les Américains, ils ne tarderont pas à se rendre maîtres permanents des États de la frontière.

Les Indiens cultivateurs se sont eux-mêmes soulevés sur plusieurs points, jurant d’exterminer la race européenne, et on a eu de la peine à les soumettre. Quelle digue leur opposerait-on, si après s’être comptés ils recommençaient leurs hostilités tous à la fois?

L’habitant des villes du centre méconnaît encore le danger, parce qu’il ne voit autour de lui, sur les marchés, que les Indiens des hameaux voisins , qui par leur contact continuel avec les blancs ont perdu une partie de leur animosité contre eux; mais qu’il aille dans les contrées éloignées étudier le caractère de l’Indien, il y verra la mère souffler dans le cœur de son enfant l’aversion quelle porte aux descendants des conquérants, et le vieillard aigrir l’esprit de la jeunesse en lui retraçant l’histoire ancienne et moderne de leurs iniquités. La haine de cette caste est un feu qui couve sous la cendre , et qui peut tout embraser au premier souffle de la tempête.

Pendant que l’armée était occupée à assiéger les Indiens de Jiehu dans leurs montagnes en 1849 , une autre insurrection était sur le point d’éclater aux portes de la capitale. Les bourgs de Tlalnepantla et d’Azcapotzalco étaient à la tête de la ligue; et si le cri de guerre ne fut pas poussé alors, ce ne fut certainement point le désir de la vengeance qui fît défaut de leur côté; on doit en chercher la cause dans les obstacles qui se présentent en foule quand arrive l’heure de jeter le gant.

Les Indiens Zapotèques, qui habitent le plateau d’Oaxaca, loin

NOTES

de perdre leur rancune au contact des blancs cl des métis, saisiraient avec empressement l’occasion de répandre leur sang.

Heureusement ces peuples indigènes n’ont pas le génie des grandes combinaisons, ni l’esprit d’intrigue nécessaire aux révolutions. Personnen’est méfiant comme un Indien ; de sorte que, n’osant ni se découvrir ni sonder son voisin, il reste forcément dans l’inaction. Mais si un homme de quelque génie s’élevait parmi eux; s’ils se décidaient tous ensemble à prendre pour chef quelque aventurier habile et entreprenant , on verrait les blancs disparaître du sol mexicain en une seule campagne.

Ce qui tranquillise l’habitant des villes, ce sont les renseignements qu’il puise dans les statistiques du pays : « La population du Mexique s’élève à sept millions d’habitants *, à savoir : quatre millions d’indigènes et trois millions de blanos et de métis ; » et après avoir lu cela, il se fait la réflexion suivante : Trois blancs peuvent bien vaincre quatre Peaux-Rouges, surtout si nous considérons que ceux-ci ne sont pas tous leurs ennemis, et que les autres ne possèdent ni les armes ni les munitions qui ne sauraient manquer aux premiers; après quoi il s’endort sans se mettre en peine de l’avenir.

Eh bien , qu’il se détrompe et qu’il sache que dans les Etats d’Oaxaca, de Chiapa, d’Yucatan, de Tabaseo et dans d’autres encore, on compte cent Indiens pour un blanc, et qu’il existe parmi les tribus d’indigènes des adversaires terribles: les Lacandons, par exemple, qui vivent isolés dans les montagnes de Chiapa, sont doués d une force athlétique et d’un courage indomptable; et leurs voisins les Chamulas, qui n’ont pas cessé, depuis de longues'années, de faire provision d’armes, ont au moins vingt mille fusils <à leur disposition. Ainsi, il suffirait que ces terribles Indiens donnassent la main à leurs frères d’Yucatan, qui sont en insurrection permanente, pour triompher de tout ce qui n’est pas de leur couleur.

Pour les habitants de l’Etat de Guerrero, dont l’insurrection a gagné aujourd’hui le Michoacan, nous ne nous arrêterons pas à en

1 I.a population du Mexique est de 7,854,000 âmes suivant les annales du ministère du commerce et de l’industrie de 1854; cependant, à en juger par le recensement de Colima, que je sais être porté au double de ce qui existe en effet, je suppose qu’il s’est introduit quelque exagération dans d’autres chiffres. M. Lerdo de Tejada s’en est rapporté à l’ouvrage de M. Longinos Banda sur la statistique de Colima, laquelle n’est qu’un tissu de mensonges inventés pour faire valoir l’importance du territoire, afin qu’on ne lui disputât pas le droit de se gouverner lui-même. Le gouverneur de Colima, IV Bamon de la Vcga, ne m'en parlait qu’en haussant les épaules. Le recensement qu’il fit faire un an après la publication de l ouvragc ne lui donne que trente mille cimes.

\ OTES.

]>.irlor; tou( le pays en souffre et déplore les excès qui se commettent dans celte guerre 1 ; tuais franchissant l’espace, nous ferons voir aux sceptiques le malheureux pays de Guatimala, si longtemps désolé par les hordes de Carrera, où le nombre des blancs se trouve diminué d’un tiers depuis 1825, et où la guerre ne finira sans doute qu’à leur complète extinction.

En présence des maux qui désolent le pays, et des dangers qui rembrunissent l’avenir, comment ne craindrait-on pas de voir se fractionner l’unité de la nation ? N’est-il pas probable que les Etats qui souffrent le plus solliciteront tôt ou tard de leurs voisins les secours et la protection dont ils manquent, et que leur gouvernement ne peut leur donner? Qu’arrivera-t-il alors? C’est que cette république delà Sierra-Madre dont l’Union mexicaine est menacée depuis quelques années deviendra une vérité, et que, du moment où la puissance des Anglo-Américains s’étendra jusqu’à San-Luis ou Queretaro, on pourra compter le peu de jours d’existence politique qui resteront encore à la nation mexicaine. C’est ainsi que pour fuir un danger les Etats prendront une voie qui les conduira également à leur perte. La planche de salut qu’ils saisiront dans le naufrage s’abîmera avec eux.

Le clergé mexicain sera la première victime offerte aux mânes de la patrie. La religion catholique est à la veille de succomber, soit par l’annexion du Mexique aux États-Unis, soit par la liberté des cultes , qui peut être proclamée d’un moment à l’autre par les amis du progrès. Ces novateurs prétendent qu’en brisant l’unité de l’Église, ils faciliteront la colonisation et trouveront un remède au marasme social. Pour eux, c’est la désunion qui fait la force et l’harmonie.

La liberté des cultes deviendrait une folie dans la situation relative où se trouve le Mexique; car on ne tarderait pas à voir les Indiens qui habitent loin des grandes villes retourner à l’idolâtrie; et plus de trois millions d’entre eux, abandonnant le giron de l’Église, briseraient ainsi le seul lien qui les unit à la société civilisée.

I)’un autre côté, cette liberté religieuse rendrait plus facile et plus prompte l’annexion des Etats du Nord à l’Union américaine; elle renverserait ainsi le plus fort boulevard qui les retient encore dans leur adhésion au pacte fédéral.

Mais, me diront ces imprudents, serait-ce donc un si grand malheur de voir passer le Mexique sous la domination des Anglo-Américains? Leur politique n’a-t-elle pas pour but de délivrer le peuple

MOT liS.

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