CHAPITRE TROISIÈME
(13) L’oiseau moqueur s’appelle centsontle, mot qui signifie quatre cents langues, selon Clavigero , pour indiquer la variété des accords que peut moduler son gosier. C’est le rossignol américain.
Mais si Ton doit s’en rapporter à l’opinion du curé actuel de Cuicatlan (Etat d'Oaxaca), Indien de pure race, homme savant dans la connaissance de plusieurs langues du pays, le véritable nom du moqueur est tentzontle, qui veut dire l'oiseau à moustaches ; tandis que centzontle, signifiant une infinité de fois quatre cents, et non quatre cents langues, comme le dit Clavigero, présente une idée vague qui ne saurait désigner aussi bien que l’autre l’oiseau dont il s’agit.
(14) Le bouillon de la olla mexicaine est excellent lorsqu’il est fait par une cuisinière entendue. 11 contient les sucs de différentes sortes de viandes, de fruits et de légumes. Cette olla ou pot-au-feu se compose de bœuf, de mouton, de volaille et de jambon ; puis on y ajoute des choux verts, des bananes, des patates, des pois chiches et des calebasses farineuses. La différence des climats et même des usages en modifie la composition.
(15) Les anciens Aztèques avaient peu de moyens de faire bonne chère * : le menu de leurs tables était très-limité. Us n’avaient ni
Lucas Alaman.
NOTES
porcs, ni moutons, ni chèvres, ni vaches, partant point de laitage. Ils ne connaissaient ni le riz ni le froment. Le bon pain , les fines pâtisseries, étaient remplacés par les fades et indigestes galettes de maïs dont se nourrit encore le peuple mexicain. Le miel des forêts, pour l’usage ordinaire, ne pouvait guère compenser l’absence du sirop de canne. Le chocolat sans sucre devait être un bien méchant breuvage. On ne mangeait d’autre viande de boucherie que celle d’un petit chien1 dont l’espèce s’est perdue, et que la chair humaine, luxe des banquets dans les grands jours. Le dindon était la seule volaille de basse-cour qu’on élevât; c’était l’oiseau sacré, joie des festins dans les fêtes de famille. Le gibier abondait partout; mais on ne faisait guère la chasse qu’au chevreuil et aux sarcelles des lacs. Le poisson n’était pas abondant sur le plateau d’Anahuac, et la misère primitive des Aztèques avait converti en comestibles des lézards aquatiques, et jusqu’aux œufs des insectes 2 dont les roseaux des lagunes sont toujours couverts. Aujourd’hui les pêcheurs des villages riverains en font encore des gâteaux, qu’ils pétrissent avec des œufs de poule, et les font frire dans du saindoux. La saveur de ce mets n’est nullement désagréable; elle ressemble à celle des œufs de homard.
Enfin les Mexicains manquaient de toute espèce de légumes, si ce n’est le pourpier sauvage , qu’ils ne mangeaient pas.