CHAPITRE QUATRIÈME
(16) En 1S51 , le nombre des bâtiments étrangers qui sont entrés dans les ports du Mexique s’est élevé à 771, dont 436 des Etats- Unis, 108 anglais et 69 français, jaugeant ensemble 256,762 tonneaux. Vera-Cruz en reçut 176 pour sa part, jaugeant 28,224 tonneaux.
1 On trouve à l’état sauvage, au nord de Chihuahua, un chien de fort petite taille et de formes très-gracieuses. C'est un épagneul à courtes oreilles et à poil ras. Cette race est fort estimée au Mexique , et jouit de grands privilèges auprès des dames du grand monde.
2 Ces insectes appartiennent au genre notonecte, et leurs œufs sont appelés vulgairement ahuahàtle. Hernandez , qui a donné une histoire naturelle du Mexique au seizième siècle, a parlé de X ahuahàtle et de l’insecte qui le produit; il l’appelle musca palmtris mexicana. M. de Humboldt parle aussi de X ahuahàtle , qu’il écrit aguautle.
NOTES
La Franco l'ait, année commune , avec les différentes nations américaines, les chiffres suivants d’affaires :
États-Unis du Nord.
Importation en France.
Exportation de France,
Brésil
Mexique
Venezuela
Nouvelle -Grenade. ,
Rio de la Plata. . .
Pérou et Bolivie. . ,
Chili
Équateur
Guatimala
Uruguay
Il ressort de ce tableau que le Mexique est on troisième ligne pour l’importance de ses relations commerciales avec la France.
(17) Le 5 mars 1841 , je m’embarquai à Vera-Cruz avec ma famille et deux amis sur la barque 1 Una , paquebot de New-York, appartenant à MM. Hargous. Nous nous rendîmes à bord à huit heures du matin. Le temps était beau ; une légère brise du sud arrondissant nos voiles, nous porta vent arrière dans la passe du nord. A trois milles du fort d’Ulua, cette brise faiblit, puis cessa tout à fait, et à un calme d’un moment succéda un vent du nord qui fraîchissant progressivement, souffla bientôt avec violence. Quelques minutes avaient suffi pour opérer ce changement dans le rhumb du vent : phénomène fréquent à l’époque des équinoxes , surtout dans les mers resserrées et dans le voisinage des côtes.
Jusque-là le pilote mexicain avait dirigé la manœuvre. Les méandres navigables de la rade lui étaient bien connus; nul accident n’était possible dans une circonstance ordinaire sous son commandement; mais ce revirement inattendu dans la direction du vent le déconcerta. Quoiqu’il fût facile de revenir au point de départ jeter l’ancre avant la tempête, il ne le fit pas; il n’y songea pas. Après avoir fait carguer les voiles, il demeura muet; il abandonna le bâtiment à l’impulsion du vent, et le laissa dériver dans la direction du môle.
Sans doute le capitaine américain devait alors prendre le com-
' On appelle barque ( barca ) un navire dont le troisième mât, celui d'artimon, n'a point de hune et ne porte qu'une voile latine.
\ OTES.
mandement de la Una, mais il fut timide à son tour; il craignit un accident si, revenant au mouillage , ses ancres venaient à déraper, et redoutant le blâme de MM. Hargous, la sévérité des règlements des compagnies d’assurance, qui refuseraient de payer les indemnités réclamées en rejetant sur lui la faute du désastre, il laissa consommer la perte du navire avec un stoïcisme désespérant pour les passagers, admirable pour les armateurs, qui n’avaient rien à perdre.
Attentif aux progrès du vent qui gonflait la boule et gouvernait le navire désemparé, calculant le peu de chances de salut qui nous restaient si, passant entre le fort et le môle, le bâtiment allait heurter les écueils de l’ile Verte ou se jeter sur les côtes d’AIvarado, je paraissais partager l' impassibilité du capitaine sous l’empire de sentiments bien différents, et ne répondais que par des paroles vagues et brèves aux questions pressées de ma femme et de mes deux petites fdles, qui regardaient avec effroi la mer qui les menaçait, avec espoir le môle dont nous approchions, et qui se couvrait de curieux accourus au tintement de la cloche d’alarme. Ces pauvres anges prêtaient l’oreille au brisement de la vague, au sifflement du vent, puis se pressaient contre moi, s’emparaient de mes mains, de mes bras qu’elles étreignaient convulsivement comme un appui qui ne pouvait leur faire défaut au moment du danger, appui bien faible, hélas! s’il eût fallu les arracher du sein des flots.
Déjà nous n’étions plus qu’à une encablure du môle, assez près pour entendre les cris confus de la foule, trop loin pour en espérer aucun secours. Un banc de récifs nous en séparait, barrière infranchissable, courte comme le passage de la vie à la mort, immense comme la distance du fini à l’infini. Tout à coup une violente secousse se fait sentir; elle renverse ceux qui ne sont pas préparés à la recevoir : la Una a touché un rocher; sans doute sa carène s’est entr’ouverte; elle s’incline du côté du fort, elle frémit dans sa résistance à l’aquilon. L’équipage reste immobile; les passagers courent et s’agitent. Pour moi, préparé d’avance à ce moment de confusion, je m’empare du premier moyen de sauvetage qui se trouve à ma disposition; je m’élance dans le canot du pilote, amarré à l’un des côtés du bâtiment.
Ce canot était le jouet des vagues; tantôt il s’élevait à la hauteur des haubans, tantôt il semblait s’engloutir sous la lame moutonneuse. Lancé contre le navire , on eût dit qu’il allait s’y briser; renvoyé par le choc , il prenait une position inclinée qui rendait imminent le péril des malheureux assez osés pour y placer leur
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salut. Cependant, ô prodige! ô puissance de la volonté de l’homme qui oublie la peur, qui s’oublie lui-même pour parer le coup qui va frapper des êtres chéris! cette nacelle se soumet à moi, je la domine! Debout sur le banc du milieu, mes jambes, mon corps en suivent les mouvements convulsifs sans perdre leur centre de gravité; je la dompte tel qu’un Apache qui, montant pour la première fois un étalon du désert, s’y tient immobile malgré ses sauts et ses écarts. Mais le temps presse, la lame soulève l’embarcation, j’atteins les sabords, et j’enlève Manuelita, ma fille aînée, qu’un matelot me tend par-dessus le bord. La voici suspendue sur le gouffre; mon pied va-t-il glisser sur la planche mouillée qui s’incline de 30 degrés et s’enfonce sous la coque du navire? chargé de son précieux fardeau , mon corps conservera-t-il sa souplesse dans ses mouvements gênés? M’abîmerai-je dans le gouffre avec mon enfant...? Non, la voilà déposée au fond du canot à mes pieds; elle embrasse de ses petits bras le banc qui défend son asile.
La vague inconstante me pousse de nouveau, me porte en avant, me rejette en arrière, me ramène au même endroit; je ne puis atteindre ma petite Francisea qu’on me présente à chaque fois que j’étends les bras, ou bien je n’ose la saisir dans la crainte qu’on ne me l’abandonne trop tôt ou trop tard. Enfin le canot s’élevant horizontalement m’offre une chance de succès; je prends ma fille dans mes bras, et aussi heureux que la première fois, je la dépose à côté de sa sœur.
Ma femme restait encore à bord. Timide et craintive dans les situations ordinaires de la vie, elle demeure sereine en présence du danger qu’elle partage avec les objets de sa tendresse. Le poids de son corps rend son sauvetage plus difficile : n’importe , je puiserai dans mon âme la force qui manque à mes bras. Elle-même se livre sans hésiter à la fortune qui deux fois m’a favorisé; je la tiens à son tour serrée contre mon cœur; je la réunis à ses enfants. Un ami se place à ses côtés; deux matelots poussent au large; ils gouvernent vers le sud du môle, et doivent décrire un demi-cercle pour y arriver. Ils luttent avec ardeur contre la lame qui les repousse, contre la lame qui les poursuit; ils opposent sans cesse au brisant qui accourt en mugissant la pointe du canot qui en fend la masse et en trompe l’effort. Deux fois pris en dessous, le Ilot fond sur nous et nous inonde de son écume salée; mais le canot résiste; il obéit admirablement à la rame qui le pousse en avant, à la barre qui le gouverne ; bientôt nous arrivons sous le vent du môle, et nous y rencontrons des eaux moins agitées; le péril de*
NOTES
vient moindre, les difficultés diminuent, enfin nous abordons, et nous nous trouvons enlevés à terre par nos amis, entourés, félicités par la foule.
Cependant la Una ne s’était pas arrêtée sur les récifs. Tournant sur elle-même et poussée par les brisants, elle était venue s’ensabler au sud du môle, à cent brasses du rivage, présentant son flanc et sa carène aux vagues et à la tempête. Là, du moins, la vie des hommes ne courait plus autant de danger.
Le sauvetage cessa, la mer n’était plus tenable. Il restait à bord un de nos amis, ainsi que d’autres passagers et tout l’équipage. Au déclin du jour plusieurs personnes effrayées des périls de la nuit mirent un canot à la mer, et à l’aide d’un grelin , qui avait été porté du bâtiment au rivage , crurent pouvoir gagner la terre sans accident; mais la première lame qui les prit en flanc culbuta l’esquif, et précipita dans les flots ceux qui le montaient. Par bonheur les eaux étaient là peu profondes; en temps de calme elles ne s’élevaient pas à plus de quatre pieds. Un seul homme lâcha le câble et fut noyé; les autres se sauvèrent, et j’eus l’indicible plaisir d’embrasser mon ami, qu’un moment nous avions cru perdu.
Je dois payer ici mon tribut de reconnaissance à MM. les capitaines des navires français qui se trouvaient alors en rade, pour leur conduite à mon égard. C’était d’une part M. Desachet, qui fut plus tard commandant de la garde nationale française à Mexico ; de l’autre les capitaines Duprat et Leboulanger, de la marine de Bordeaux, et un quatrième dont j’ai oublié le nom ; mais si ma mémoire est ingrate, mon cœur ne l’est pas.
Aussitôt que la Una eut touché, ces messieurs mirent une chaloupe à la mer : leur première idée fut de porter secours à ma famille. Pour une femme, pour des enfants, le danger est plus grand , l’intérêt plus pressant. Dirigée par ces habiles marins, l’embarcation bondissait sur la lame , se jouait avec les brisants. Nous les rencontrâmes comme nous arrivions sous le vent du môle. En nous voyant près d’échapper au sort funeste qu’ils avaient appréhendé pour nous , ils nous félicitèrent par des démonstrations expressives, quoique muettes en apparence, car le vent emportait leurs paroles; puis ils poursuivirent leur course jusqu’au bâtiment. Là, ils recueillirent ceux de nos effets qui étaient dans nos cabines, et revinrent au rivage ramenant quelques naufragés.
Si en leur adressant alors mes remercîments au milieu du trouble général , je n’ai pu trouver des paroles assez éloquentes pour bien peindre mes sentiments, qu’ils apprennent du moins,
XOTES.
dans ces pages écrites quatorze ans apres ces heures d’émotions, que leur noble dévouement n’a pas cessé d’étre présent à ma pensée, et qu’il s’y perpétuera entouré de bénédictions tant que la pensée vivra en moi.
La superstition du vendredi existe encore de nos jours parmi les marins %nglo-américains. Or, c’était un vendredi que nous nous étions embarqués. Le capitaine Clifford , qui commandait la Una , avait essuyé en ma présence les reproches des officiers du Pètersbourg , qui lui annonçaient un voyage malheureux. Voyant une belle brise , et redoutant l’invasion du vent du nord , Clifford voulut s’élever au-dessus de cette croyance vulgaire; mais un hasard fatal la confirma : trois heures après avoir levé l’ancre , la perte de son bâtiment était consommée. La prédiction s’était réalisée; le mauvais augure avait triomphé.
On se demandera sans doute comment il se fait qu’un naufrage s’accomplisse ainsi dans le port principal du Mexique, lorsqu’il était si facile de l’empêcher; le moindre remorqueur eût pu conduire le navire au mouillage avant qu’il touchât, ou bien le tirer plus tard du banc de sable où il s’était engagé et où il périt. C’est que les ports du Mexique manquent de tout ce qui est nécessaire à la marine; le capitaine du port n’a absolument rien à sa disposition pour prêter un secours efficace à un bâtiment en détresse : on vient même de voir qu’il ne se trouve pas toujours à Vera-Cruz un pilote à qui on puisse confier en toute sécurité le commandement des manœuvres dans toute l’étendue de ses attributions.
Mon voyage avait commencé sous de fâcheux auspices , et si j’étais marin américain , je croirais que c’était un avertissement du ciel de ce qui devait m’arriver plus tard. Je payai cher le bonheur de revoir mon pays.
Toutefois ce ne fut pas le seul présage sinistre qui nous frappa dans le trajet. A peine le brick-goélette le Pétersbourg , sur lequel nous avions pris passage après le désastre de la Una, avait-il perdu de vue les côtes du Mexique, qu’un corsaire texien nous donna la chasse. Du mouillage d’Anton Lizardo, à deux lieues de Vera-Cruz, il nous avait observés, et avait levé l’ancre en même temps que nous. 11 y avait à bord plus de cent mille piastres d’argent monnayé, sans compter une riche cargaison de cochenille, et il était à craindre que le corsaire, séduit par cet appât, ne se changeât en pirate. Les allures du petit bâtiment, ses efforts pour nous atteindre, et enfin sa condition bien connue de chercheur d’aventures, ne laissèrent aucun doute à notre capitaine : il arma son équipage, qui
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s’était recruté des matelots de la Una, s’apprêta à une défense sérieuse, et engagea les passagers à suivre son exemple. D’un autre coté, il ne négligeait rien pour éviter l’abordage; il fit force de voiles. Le Pètersbourg était excellent marcheur; aidé d’un vent frais, il fendait les ondes avec une vitesse de dix nœuds à l’heure; de sorte qu’après avoir lutté à la course avec nous plus de trois heures sans gagner de terrain, le corsaire renonça à sa poursuite, et nous ne le revîmes plus.
Notre navigation fut magnifique pendant la nuit; le bâtiment n’éprouvait ni secousse ni roulis fatigant , et le doux balancement du navire rendait notre sommeil plus paisible. Mais lorsque les premières lueurs du crépuscule commencèrent à dessiner l’horizon, le cri de la vigie « un écueil! un écueil! » réveilla les plus endormis et jeta l'alarme dans les cabines. J’accourus sur le pont et j’aperçus en effet, à moins de vingt brasses de distance, un cordon de récifs qui nous barrait le passage. Nous allions nous briser contre ces rochers; ce sort nous semblait inévitable. Cependant le temps se prolongeait, les manœuvres s’exécutaient; déjà nous rangeons l’écueil, et voici que nous échappons à la sirène traîtresse qui réservait aux pauvres naufragés une mort pleine d’angoisses sur ces syrtes impitoyables.
Mais la position la plus critique nous attendait au cap Hatteras, ce cap des tempêtes qui rappelle tant de désastres au nautonier.
C’était, le 2 avril , jour que le calendrier consacre à saint François de Paule. La marraine de ma fille cadette, dona Francisca Lopez de Santa-Anna, sœur du président de ce nom, mit, comme elle, sa filleule sous le patronage du pieux fondateur des Minimes. Le caractère de cette enfant douce et espiègle à la fois, sa figure rose, son air ouvert et sa bouche toujours souriante, lui attiraient des caresses de tout le monde; le capitaine du Pètersbourg s’en était particulièrement affolé ; et pour fêter sa jeune amie , il commanda à son cuisinier un splendide festin, où les gâteaux de toute espèce ne furent pas oubliés. Il y ajouta les meilleurs vins de France et d’Espagne. La fête fut complète et charmante.
Nous étions encore à table à neuf heures du soir, et depuis un moment nous sentions le brick bondir sous nous avec un bruit croissant au dehors, semblable à un feu de forge. Déjà le capitaine avait disparu de la chambre; il avait pris le commandement, et sa voix résonnant dans le cornet acoustique appelait ch acun à son poste et précisait les mouvements. Tout l’équipage était surle pont, et quoiqu’il fut double, les voiles résistaient à leurs eff orts : un
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grain des plus terribles était aux prises avec eux. L’officier de quart l’avait laissé fondre sur le brick , sans prendre le moindre ris dans les toiles qu’on avait étalées à profusion au souffle d’une brise caressante.
Dès le matin nous avions observé des signes précurseurs de l’ouragan : dix-sept trombes s’étaient formées en même temps autour de nous, versant dans la mer, par leurs noires cornues, l’eau distillée que l’évaporation lui avait enlevée. Ce phénomène révélait quelque chose d’insolite dans l’état de l’atmosphère; le capitaine y avait vu l’annonce d’un coup de vent pour le soir; mais malgré sa prévision , la confiance téméraire du second avait rendu fort problématique l’issue de la lutte engagée. Le navire se trouvait dans une position effrayante : poussé par tous les vents à la fois, il courait sur la vague sans roulis, sans tangage, comme un cliar à vapeur sur un rail de fer, et sans autre mouvement sensible que ce battement de bas en haut qu’éprouve un wagon. Nivelant ainsi sa marche, le brick fendait avec une puissance irrésistible la lame qui s’ouvrait profondément et qui l’eût englouti si sa vitesse ne l’eût sauvé. De chaque côté les eaux bouillonnantes s’élevaient à deux et trois mètres au-dessus du pont, de sorte qu’il suffisait d’un faux coup de barre pour que le Pctersbourg glissât sous la lame et disparût à jamais. Le sort du navire était entre les mains des timoniers.
Tout était sinistre autour de nous : la nuit ténébreuse, le trouble universel, la foudre qui sillonnait la nue, la vague qui s’abattait avec fracas, la tempête qui rugissait dans les voiles, les cris sauvages et cadencés des matelots, le son rauque du porte-voix qui, comme la trompette du jugement dernier, dominait tous ces bruits , tous ces cris, tous ces mugissements; enfin, le danger succédant à la quiétude ; l’image de la mort aux joies de la vie !
Réfugiées au fond de la chambre, entre les bras de leur mère, mes enfants ne comprenaient guère le danger que par l’instinct que la nature a mis dans tous les êtres vivants; en voyant l’altération des traits de leur mère, leurs cris avaient remplacé le fou rire de leur âge. Hélas! dans ces instants de graves et de sinistres pensées, où le calme est nécessaire à l’esprit , où l’homme doit l’emploi de toutes ses forces au salut général, je dus faire cesser l’expression de leur terreur. Au ton impérieux dont je prononçai le mot « silence ! elles se turent subitement; leur respiration s’arrêta, leurs larmes cessèrent de couler, et croyant conjurer ma colère, l’aînée, me regardant d’un air caressant, me dit d’une voix étouffée : u Tu
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le vois, mon petit papa, nous ne pleurons plus *. « Paroles bien simples, don t un père ne saurait se souvenir cependant sans répandre une larme d’attendrissement.
Equipage et passagers, nous travaillions à l’envi. Les petites voiles ne tardèrent pas à s’abaisser, mais il n’en fut pas de même des grandes ; longtemps nos efforts furent vains , et Dieu sait ce qui fût advenu si l’ouragan ne les eût mises en pièces. Une fois dégagé de la puissance qui l’opprimait, le bâtiment remonta léger sur la lame, et nous fûmes sauvés.
Je devais à madame de Fossey et à mes petites filles un dédommagement de ma dureté apparente, à moi-méme un soulagement à l’espèce de remords que j’en avais conservé ; un baiser à chacune ramena le sourire sur les lèvres et la joie dans le cœur de ces trois créatures chéries, et je reçus en retour, sous toutes les formes, un déluge de caresses, comme si elles aussi eussent eu à purger un remords, celui de m’avoir accusé d’insensibilité.
Cette soirée a laissé une impression ineffaçable dans le souvenir de ma fille Manuelita; plusieurs années après, elle pâlissait encore toutes les fois qu’une rafale ébranlait les contrevents de la maison, ou que la bise grondait sur les toits.
(18) Gonzalo de Sandoval, le plus illustre des capitaines de Cortès, fonda cette petite colonie, et la nomma Medellin, du nom d’une petite ville d’Estramadure , où Cortès et lui étaient nés.
Ce chef espagnol fonda aussi la colonie de l’Espiritu-Santo, sur les rives du Goatzacoalco , non loin de l’embouchure de ce fleuve; mais il n’en existe aujourd'hui que quelques ruines. La colonie de Vera-Cruz a absorbé celle-ci , et la ville de Sandoval n’a fleuri qu’un moment,
(19) Je me souviens que lors des désastres de la première campagne du Texas, en 1836, on fit à Mexico des levées d’hommes dont je fus plusieurs fois témoin. Les recruteurs se répandaient dans les lieux de réunion des gens du peuple, et à un signal donné, ils s’emparaient chacun d’un ou de deux hommes, les déclarant soldats de l’Etat; et comme ces malheureux, ne se souciant point d’un tel honneur, cherchaient à s’y soustraire par la fuite, on leur jetait des nœuds coulants, on les traquait comme des taureaux dans les savanes. Puis le ministre de la guerre, Tornel, disait aux cham-
1 Ta lo tcs ) papacito, como y a no lloramos.
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bres, à la face de tous ceux qui pouvaient le démentir, que les Mexicains étaient vraiment dignes de la liberté , et qu'ils sauraient la défendre; que les légers échecs éprouvés par l’armée au Texas avaient jeté un deuil profond daus tous les cœurs, et que, pleins d’enthousiasme, les citoyens s’enrôlaient pour venger la mort de leurs frères !
Les meilleures lois, au Mexique, sont toujours celles qui sont le moins bien observées. Santa-Anna décréta en 1853 que les levées de force seraient remplacées à l’avenir parle tirage au sort, auquel seraient soumises toutes les classes de la société. Eh bien , le jour où le premier tirage à la conscriplion eut lieu à Guanaxualo, j’ai vu de mes propres yeux faire une levée de force au village de Mellado, à un quart de lieue de la ville. On s’empara d’une vingtaine d’ouvriers mineurs, qu’on arracha ainsi à leurs familles au mépris de toutes les lois humaines.
(20) Je dis qu’il y a humiliation à être courtaud de boutique. En effet, ce métier sert-il à cultiver l’intelligence ? Non, il l’abrutit.
Ce métier de boutiquier n’impose-t-il pas l’obligation de mentir constamment à celui qui l’exerce? Si on le niait pour l’exception, on serait forcé de l’avouer pour la généralité. Eh bien, l’homme d’honneur ne finit-il pas par devenir un être méprisable, s’il prend l’habitude du mensonge? et si son cœur est déjà à demi corrompu avant d’être marchand, ne se fera-t-il pas bientôt un jeu de la fourberie et du vol?
Le commerce en détail n’a-t-il pas pour but de faire monter le prix des marchandises, et d’enrichir quelques faquins aux dépens des classes pauvres? Le commis marchand ne travaille-t-il pas à la fortune de son patron, frelon de la ruche sociale, au détriment de l’artisan laborieux, qui en est l’abeille industrieuse, et du consommateur qui en est la providence?
Si donc un marchand, apprenti ou maître, réfléchit un peu au rôle qu’il joue parmi les hommes, ne se trouvera-t-il pas humilié des fonctions qu’il remplit, et ne s’écriera-t-il pas avec dégoût, comme ce moraliste en tablier et en bonnet de coton : « Être né homme et devenir épicier ! »
(21) Si nous considérons, en thèse absolue, l’ utilité du latin et du grec dans l’enseignement secondaire, nous la trouvons nulle; ce sont des langues qu’on ne parle plus ; et d’ailleurs , tous les auteurs anciens ont été traduits. Or, toute étude inutile est une élude nui-
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silde , en ce qu’elle fait perdre un temps précieux, qui autrement serait employé à acquérir des connaissances qui peuvent servir.
Nous dira-t-on que pour posséder bien le français , l’étude des langues qui en sont la base devient indispensable? Nous répondrons à cela que madame de Staël, que George Sand, que Béranger et cent autres écrivains ont enrichi notre littérature sans avoir fait d’études latines.
Je ne prétends pas dire, cependant, que la connaissance du latin et du grec soit un complément inutile aune solide instruction. Nous ne saurions douter qu'on ne comprenne d’autant mieux les difficultés analytiques et l’étymologie des mots, qu’on a plus étudié le mécanisme des langues mères. Mais si cette étude n’est pas inutile sous ce point de vue seulement, il n’est pas moins vrai de dire qu’elle n’est pas indispensable; et alors, ne serait-il pas convenable de faire apprendre les langues anciennes comme complément des études en général , plutôt que de les imposer comme éléments nécessaires de toute doctrine ?
(22) Cette calebasse est le fruit du calebassier, arbre solané des régions chaudes des tropiques. En la coupant par la moitié et en la vidant, on fait de sa coque ligneuse ces tasses demi-sphériques, en usage chez les Indiens et chez les créoles des campagnes.
(23) La cataracte de Noalinco est formée par une rivière qui prend sa source dans les montagnes du village de Chiconquiaeo. Peu de personnes en connaissent l’existence, et c’est cependant une des plus élevées du monde. Cette rivière se perd à moins d’un quart de lieue de sa chute; elle traverse, par des conduits souterrains, tout ce qu’on appelle le Mal-Pais, et va reparaître à quinze lieues de là, au village d’Actopan.
Les bouleversements du terrain connus sous le nom de Mal- Pais proviennent du voisinage d’un volcan éteint, appelé Cerro- Borracho.
La chute d’eau la plus élevée des environs de Jalapa est, suivant le rapport des habitants du pays, celle de la Isleta, dans l’hacienda de Mahuistlan appartenant à l’ex-comte de Santiago. Le ruisseau qui la forme a, dit-on, sept à huit mètres de large, mais au moment de se précipiter, il se rétrécit en s’encaissant, et s’échappe entre des rochers par une ouverture d’environ deux mètres. Tout autour du jet de la cascade, l’eau va tomber en pluie fine sur les arbres du vallon, qui, quoique fort élevés, semblent former un tapis de verdure du haut de l’escarpement.
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(24) Le 31 janvier 1849, dans un voyage que je fis de San- Martin de Tezraelucan à Puebla, j’aperçus, pendant tout le temps du trajet, une épaisse colonne de fumée qui s’élevait du pic du Popocatepell. Le ciel était parfaitement pur, la forme pyramidale du nuage demeurait constante : il n’était donc pas douteux que ce ne fût une forte exhalaison du cratère.