CHAPITRE CINQUIÈME
(25) Anahuac veut dire, en langue mexicaine, au bord de l'eau. Ce nom n'a été donné, dans le principe, qn’à la vallée de Mexico, où les premières villes des peuples émigrés avaient été fondées sur les rives des lacs; mais il s’étendit peu à peu aux provinces conquises, et finit par embrasser tout le pays désigné plus tard sous le nom de Nouvelle-Espagne.
(26) Quetzalcoatl, Manco-Capac et Bochica, ditM. de Humboldt, sont les noms sacrés des trois grands prêtres et législateurs des plateaux d’Anahuac, de Cuzco et de Cundinamarca. Les anciennes traditions les représentent comme des hommes venus du côté de l’Orient, d’un pays inconnu; ils étaient barbus et moins basanés que les indigènes au milieu desquels ils parurent. Ces hommes extraordinaires changent tout à coup l’état des Mexicains, des Péruviens et des Muyscas; ils réunissent les tribus errantes dans les forêts, ils enseignent aux hommes à labourer la terre, aux femmes à ourdir des étoffes; ils leur donnent un système religieux particulier, et leur apprennent les arts les plus indispensables à la vie sociale; ils remplacent les usages barbares par des institutions politiques qui rendent ces trois nations les plus puissantes et les plus policées du nouveau continent.
(27) Les historiens espagnols attribuent la mort de Montézuma aux Mexicains, et les Mexicains en accusent les Espagnols. Mais, dit l’abbé Clavigero, on ne peut guère admettre que Cortès , homme d’une politique si habile, ait commis un crime qui ne devait lui rapporter que des maux , puisque ce monarque était son meilleur appui.
Montézuma périt à l’âge de 41 ans, après en avoir régné 18. 11 laissa de différentes femmes une nombreuse descendance, qui
NOTES
tomba presque tout entière dans l’obscurité, et se confondit dans la masse des indigènes. Un fds et deux filles échappèrent à l’oubli après avoir embrassé le christianisme, et devinrent les fondateurs de nobles maisons, auxquelles le gouvernement espagnol accorda des domaines étendus et des honneurs héréditaires, en reconnaissance des services rendus par leur auguste père à la cause de Charles-Quint.
Celui des fils du roi aztèque qui fut baptisé sous le nom de don Pedro avait eu pour mère une concubine : il reçut les titres de comte de Montézuma et de Tula et de vicomte d’iluca.
Ses deux filles étaient nées de deux femmes légitimes , les princesses Teitlalco 1 et Acatlan. La première, qui reçut de ses parrains le nom chrétien d’Isabelle , avait été mariée encore enfant à son cousin Guatimozin. Elle lui survécut assez longtemps pour donner sa main successivement à trois Castillans de familles distinguées , don Alonzo de Grado, don Pedro Andrade Gallego et don Juan Cano. Le premier mourut sans successeurs; les deux autres donnèrent naissance aux illustres maisons des Andrade-Montézuma , des Cano-Montézuma et des Miravalles.
La seconde fille , appelée Leonor après sa conversion , épousa un seigneur espagnol, don Christophe de Valderrama , dont sont descendus les Sotelos-Montézuma.
Voici la généalogie des Silvas dressée sur les anciens titres de la famille :
MONTÉZUMA ET TEITLALCO.
Isabelle, mariée à son cousin Guatimozin , puis à Alonzo de Grado , à Pedro Andrade Gallego et à Juan Cano. — Isabelle eut de don Pedro Gallego
Juan-Andrade-Montézuma, marié à dona Maria de Castaiïeda, dont le fils aîné fut
Pedro-Andrade-Montézuma, marié à doua Luisa Penas, dont il eut Juan-Andrade-Montézuma (l’ancien), marié à Béatrix Ossorio , dont il eut
Juan-Andrade-Montézuma (le jeune), marié à Anna de Almaras, dont il eut
Diego de Andrade-Montézuma, marié à Isabelle de Lujan et Quiros, dont il n’eut pas d’enfant mâle, et qui passa ses droits à sa fille
' Teitlalco veut dire la divinité de la terre. Preseott l'appelle Tezalco.
NOTES. 499
M aria-Anna-Andrade-Montézuma, mariée à don Fernando Nicto de Silva (1665), major espagnol, dont elle eut Bartholome Nieto de Silva Andrade-Montézuma, marié à dona Maria de Piza-Guerrero , dont il ent
Jua.v- Joaquin Nieto de Silva A ndrade-Montézuma , marié à dona***, dont il eut
Pedro de Alcantara Nieto de Silva Andrade-Montézuma, marié à une demoiselle Zarragoza, dont il eut
Manuel Nieto de Silva Andrade-Montézuma, mort sans succession.
Sa sœur aînée, héritière du majorât, est Francisca Nieto de Silva Andrade-Montézuma, vivant encore et non mariée.
Dix-huit villages de la Villa- Alta de l’intendance d’Oaxaca relevaient du fief seigneurial de la famille Nieto de Silva-Montézuma. En épousant Andrade Gallego, Isabelle Montézuma reçut en outre de Gwrtès, pour sa dot, le village de Tacuha et ses dépendances. J’ignore comment ces biens cessèrent de faire partie des domaines de la maison des Andrade-Montézuma. Quant aux redevances et aux droits féodaux dont elle jouissait dans la Villa-Alta , une ordonnance royale de l’année 1745 les supprima, et y substitua une pension annuelle de 3,000 piastres sur le trésor d’Espagne. Cette pension, irrégulièrement payée par le Mexique depuis ses révolutions, se trouvait divisée en 1849 entre dona Francisca de Silva et son cousin don Manuel Zarate *.
Dona Francisca et sa sœur dona Pascuala, souvent privées de cette pension , leur unique patrimoine , sont parvenues à éloigner d’elles la misère en mettant à prix les ouvrages de leurs mains, et en enseignant à lire aux enfants de leurs amis. Leur pauvreté était grande, mais elles savaient l’ennoblir; leur maison conservait encore l’apparence de l’opulence. Leur table était frugale; mais on y était servi en vaisselle plate. Leurs vêtements étaient simples; mais elles relevaient leur parure de quelques bijoux précieux. Leur bourse était impuissante à secourir le pauvre; mais elles trouvaient dans leur âme les consolations qui distillent un baume pour les douleurs, et les soins, les services pour lesquels elles étaient infatigables.
Je me souviendrai toujours avec bonheur des jours que je passai sous le même toit que ces excellentes dames: elles entouraient mon isolement des attentions les plus délicates. La bonté constante de doua Francisca, l’amabilité de dona Pascuala, vive comme une
1 Cette malheureuse dame a é té privée en 1850 de sa demi-pension par une sentence de la cour de justice d'Oaxaca, rendue en faveur de son cousin Zarate,
Napolitaine, l’inaltérable douceur de sa fille Marie de Carmel, la beauté de sa sœur Rosa, aussi fraîche, aussi vermeille que la (leur qui lui donne son nom, tout rendait leur société précieuse. On eût dil même que la séduction de cette demeure passait de l’homme aux animaux: des milliers de petits oiseaux venaient tous les soirs chercher un abri sous l’épais feuillage de l’oranger de la cour, de préférence à toute autre habitation, payant en accents joyeux la paix de l’asile qui leur était offert.
(28) Toute résistance était devenue inutile de la part des Mexicains assiégés, lorsqu'on signala une barque sortant de Tlaltelolco et se dirigeant au nord-est de la ville. Cortès envoya à sa poursuite plusieurs chaloupes, et un moment après les fugitifs étaient conduits en sa présence: c’étaient Guatimozin, sa jeune épouse Tecuichpo (Isabelle) et quelques seigneurs de la cour. Ils avaient attendu trop tard pour songer à la retraite.
Dès que le roi aperçut Cortès, il lui dit d’un air noble mais résigné : « J’ai fait ce que j'ai pu pour me défendre et sauver mon peuple; j’ai succombé; vous pouvez faire de moi ce que vous voulez. » Puis s’approchant de lui, il mit la main sur la dague du chef espagnol, et ajouta en montrant sa poitrine: ci Erappez-moi de cette arme, délivrez-moi de la vie. »
Cortès lui adressa des paroles de consolation, et le traita avec égard; mais il le fit garder étroitement, redoutant encore le pouvoir de ce fier Aztèque vaincu et dans les fers.
Lorsque quelques jours après Guatimozin endurait le supplice du feu avec le stoïcisme d’une grande âme, et qu’il entendait le cacique de Tacuba gémir douloureusement, il lui reprocha sévèrement sa faiblesse, en ajoutant: « Et moi, suis-je donc au bain, ou au sein des délices ? »
Certains historiens lui ont fait dire : «Et moi, suis-je donc sur des roses? » Mais une réflexion bien simple nous prouve que le royal martyr n’a pas parlé de roses: c’est qu’on ne connaissait pas encore cette fleur au Mexique.
J’ai lu aussi que le cacique, cédant à la douleur, allait découvrir aux Espagnols le lieu où étaient cachés les trésors , quand Guatimozin empêcha cette révélation par la fermeté de ses paroles et de sa contenance.
(29) Cortès mourut à Séville le 2 décembre 1547, à l’âge de 63 ans. Son corps fut déposé dans le Panthéon des ducs de Médina-
NOTES
Sidonia, d’où il fut transporté à Texcoco, puis transféré plus lard au couvent de San-Francisco de Mexico, puis enfin déposé dans l’église de Jésus de Nazareth , attenant à l’hôpital de la Conception , dont il était le fondateur. Lorsque le Mexique se rendit indépendant, on craignit que le peuple ne se portât à quelque acte barbare contre les restes du conquérant , et on les fit disparaître. Depuis lors on n’a jamais su d’une manière bien positive ce qu’ils étaient devenus; mais on s’accorde généralement à croire que les cendres du héros se trouvent aujourd’hui en Italie, au pouvoir de ses descendants, les Monteleone.
Aussitôt après la conquête, la femme de Cortès, dona Catalina Xuares, rejoignit son mari à Mexico. Son arrivée ne plut guère à Cortès, qui ne l’avait épousée qu’à regret. Toutefois son ennui fut de courte durée; elle mourut trois mois après d'un asthme, selon Bernai Diaz; mais, selon la rumeur publique et même les dépositions de quelques témoins, elle aurait été étranglée par son mari. Cette imputation est taxée de basse calomnie par Bernai Diaz, et il est important de remarquer à ce sujet que les ennemis de Cortès en Espagne n’ont jamais soutenu contre lui une telle accusation.
Cortèsépousa plus tard, dans un voyage en Espagne, donaJuana Zuniga, seconde fille du comte d’Aguilar et nièce du duc de Bejar (1529).
La ligne masculine des marquis del Valle finit à la quatrième génération. Le titre et les biens passèrent par alliance à la maison de Terranova, dont le chef descendait de Gonzalve de Cordoue, puis enfin à la famille des ducs de Monteleone , nobles napolitains.
(30) Deux motifs principaux excitaient la jalousie des Mexicains contre les Espagnols : le premier était la préférence accordée aux Européens pour tous les emplois honorables et lucratifs; le second était la faveur marquée dont les enfants de l’Ibérie jouissaient auprès des dames mexicaines. Une jolie femme, une riche héritière devenait presque toujours le lot d’un Espagnol. Les femmes acceptent rarement le second rang, lorsqu’elles peuvent prétendre au premier: l’amour-propre l’emporte souvent sur l’amour.
11 rie s’agissait donc pas seulement pour les hommes de s’affranchir d’un servage politique, mais encore de reconquérir auprès des femmes le rang auquel ils ne pouvaient prétendre qu’en privant les Espagnols de leurs privilèges, et qu’en demandant des philtres à la civilisation européenne.
NOTES
(31) Michel Hidalgo, curé de Dolores, n’avait aucun plan, aucune idée arrêtée sur une forme quelconque de gouvernement à établir, lorsqu’il aurait renversé l’administration coloniale, dont il avait à se plaindre. Un sentiment patriotique lui faisait rechercher le mieux pour la société dont il était une unité ; mais il paraît certain, comme le dit Lorenzo Zavala , qu’il n’avait jamais songé à l’établissement d’une république, et que ceux qui l’accompagnaient n’y avaient pas pensé plus que lui. Cet oubli, cette imprévoyance incroyable, fut une faute grave qui éloigna de lui tous les penseurs qui voyaient la fin à la suite des moyens, et ne se sentaient pas la force de reconstruire par eux-mêmes l’édifice social sur les ruines du pouvoir que la révolution voulait abattre. Si, au lieu de flatter des passions viles , de déchaîner la vengeance, il eût parlé le langage de la justice et de la raison; s’il eût garanti les propriétés et la sûreté personnelle des gens paisibles, qui voulaient rester neutres dans le grand débat qui allait se vider; s’il eût fait voir à la nation un horizon d’institutions libérales avec un principe de stabilité dans les choses , il eût assuré tout d’abord le triomphe de sa cause. Mais, au contraire, gardant le silence alors qu’il doit parler, vindicatif et cruel alors qu’il doit se montrer généreux, il laisse partout derrière lui le deuil et la dévastation. Chacun craint pour ses biens, pour sa vie. Les patriotes eux-mêmes, victimes d’un si grand désordre, ou craignant de l’être, recherchent l’appui du gouvernement qu’ils détestent, mais qui les sauve du danger présent; et l’imprudente conduite des insurgés rend encore plus de partisans aux Espagnols que les cruautés des Calleja et des Cruz ne leur en avaient aliéné. L’histoire ne trouve à louer dans la vie d’Hidalgo que le courage de l’initiative dans la grande œuvre de l’insurrection.
(32) Joseph Marie Morelos, curé de Caracuaro, était de sang indien. C’était un homme sans instruction, mais il avait des idées, de l’énergie, de la constance; qualités qu’on rencontre rarement réunies chez la race indigène; et sa supériorité relative, comme capitaine de partisans, le fit reconnaître sans opposition par ses compagnons d’armes pour général en chef des armées nationales.
Quoiqu’il se crût souvent obligé d’agir sévèrement envers les vaincus, Morelos n’était point pour cela un homme sanguinaire: il cédait à une dure nécessité plutôt qu’à un instinct de destruction, comme on peut le reprocher au curé de Dolores. Ainsi, quand Matamoros, tombé aux maius d’Iturbide, à Valladolid *, allait être
Aujourd'hui Morelia.
NOTES
fusillé, Morelos offrit 200 prisonniers en échange de sou ami, avec menace d’une terrible représaille si on attentait à ses jours: la proposition fut rejetée; Matamoros fut exécuté, et les 200 prisonniers espagnols subirent le même sort.
Sans condamner l’action de Morelos, nous mettrons en regard celle du général Nicolas Bravo, qui, en apprenant la mort de son père, que les Espagnols venaient de fusiller à Mexico comme insurgé, donna la liberté à 200 prisonniers qui se trouvaient entre ses mains : trait sublime d’une âme qui sait commander à ses passions et faire , taire ses sentiments les plus chers !
En 1814, lorsque la révolution paraissait triompher, Morelos, qui rêvait une république, crut le temps venu de réunir un congrès national. Douze députés entrèrent effectivement en session à Apatzingan , et plus tard à Cbilpancingo ; mais à peine ce nouveau pouvoir discutant se fut-il élevé à côté du pouvoir agissant, qu’il resserra les facultés de celui-ci, et contraria ses opérations. Dès lors le mouvement révolutionnaire sembla s’arrêter; la décadence du parti libéral commença.
Un acte de témérité causa la perte de Morelos : ayant attaqué un corps d’Espagnols avec des forces trop inégales, il fut défait et tomba entre les mains de l’ennemi. On l’enferma dans la citadelle de Mexico en attendant son jugement ; puis on l’emmena à San-Cristobal pour qu’il y subît sa double sentence de dégradation et de mort. Sa fermeté ne se démentit pas un moment; il mourut avec le courage d’un soldat.
Pour ce qui regarde la vie privée de Morelos comme ecclésiastique, nous devons avouer qu’elle n’avait rien d’édifiant : il violait publiquement son vœu de chasteté, et laissa plusieurs enfants, au nombre desquels figure en première ligne le général Almonte, homme distingué par son instruction et ses manières, qui a occupé les plus hauts emplois , et qui brigue depuis longtemps la présidence.
(33) Le Guatimala se rendit bientôt indépendant du Mexique. Il ne pouvait trouver aucun avantage à relever de Mexico, dont il se trouve séparé par une distance de 400 lieues environ, coupée de montagnes et de déserts qui rendent les communications difficiles et laissent en souffrance les questions qui réclament une prompte solution, La province de Chiapa, qui faisait partie de la juridiction de Guatimala, demeura annexée au territoire mexicain.
(34) L’empereur Iturbide laissa huit enfants, quatre garçons et
\T OTES.
quatre filles. Celles-ci résident avec leur mère aux États-Unis, où elles n’ont jamais consenti à se marier , quoiqu’il se soit présenté un grand nombre de partis brillants sous le rapport de la fortune. Elles aspiraient à des alliances illustres : ne les ayant pas trouvées, elles se sont résignées au célibat, et tout le monde les a louées de cette noble fierté.
De tous les fils d’Iturbide, Salvador est le seul qui se soit marié : il n’a pas été aussi difficile que ses sœurs *.
(35) Dans les funestes journées de l’Acordada, les magasins du Parian 1 2 et quelques autres furent livrés au pillage. Quelques Français essuyèrent des pertes dont ils furent indemnisés plus tard ; les Espagnols furent ceux qui souffrirent le plus.
Le Parian était encombré de marchandises, et les coffres étaient pleins d’argent : tout fut perdu. Les hommes, les femmes, les enfants, les soldats, se poussaient, se pressaient aux portes des plus riches magasins, s’arrachaient les objets qu’ils emportaient, se culbutaient, se frappaient de leurs poignards ou de leurs baïonnettes; et pendant une journée les rues ne furent remplies que de ces misérables qui couraient mettre en sûreté ce qu’ils avaient sauvé de la bagarre et revenaient pour disputer le reste du butin.
On vit même quelques officiers supérieurs percer de leurs lances des pillards qui se sauvaient avec des sacs d’argent, puis faire passer le corps du délit des épaules de la victime à la croupe de leurs chevaux.
L’un d’eux avait une fois l’impudence de raconter comment il avait perdu 15,000 piastres ce jour-là. J’entrai, disait-il, dans une boutique du Parian, dont on venait d’enfoncer la porte : je trouvai sous le comptoir deux sacs, dont l’un était percé, et en le soulevant, une cinquantaine d’onces s’en échappèrent. Pressé par le temps, et persuadé d’ailleurs que l’autre sac contenait également de l'or, je le mis sur mon épaule, et l’emportai chez moi. Mais quel ne fut pas mon désappointement en reconnaissant que j’avais abandonné mille onces d’or pour mille piastres. J’avais perdu 15,000 piastres au change.
(36) Le colonel Facio fut l’instigateur de la rébellion de Bustamante. L’empire que les conseils de son aide de camp exerçaient
1 Salvador Iturbide a péri misérablement : il s'est noyé en se baignant dans la rivière de Tepic (juin 18û6).
2 Le I'arian était un bazar qui se trouvait sur la grande place de Mexico.
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sur l’esprit du général le fit chanceler dans sa foi politique; le prix éclatant qu’il, lui montra en récompense de ses services le décida à agir en opposition avec ses principes et sa vie passée.
Facio fut nommé ministre de la guerre.
(37) J’ai ouï dire que les autorités de Gènes avaient déclaré infâme la conduite de ce capitaine, et l’avaient condamné à l’exil.
Le mot Picalougadc ( piculugada ) est maintenant adopté dans la langue mexicaine, comme synonyme de trahison, de félonie.
(38) Santa-Anna fut vaincu à la bataille de Tolome par le général Laideron le 3 mars 1832 ; il le fut encore à celle du Gallinero, dans la personne de son lieutenant Moctezuma, le 18 septembre de la même année. Mais outre l’opinion publique qui lui était favorable, et qui lui donnait les moyens de réparer ses désastres, il avait avec lui un homme qui relevait son moral abattu et l’aidait de ses conseils : c’était Jean Arago, qu’on retrouva toujours fidèle à la personne de Santa-Anna.
(39) L’arrangement définitif qui eut lieu entre les généraux Bustamante et Santa-Anna, pour mettre fin aux hostilités qui depuis un an désolaient le pays, est connu sous le nom d e plan de Zavaleta.
(40) Cette constitution de 1836, à mon avis, convenait mieux à la république mexicaine que celle de 1824 : elle réunissait les pouvoirs en un seul faisceau, augmentait la puissance de l’action gouvernementale, concentrait les revenus de l’Etat en une seule main, qui les distribuait ensuite selon les besoins des départements, et réalisait ainsi de grandes économies dans l’administration. 11 n’y avait plus qu’un congrès dans la capitale, au lieu d’une quarantaine de corps législatifs, tant de députés que de sénateurs, éparpillés sur le sol de la république, agissant en opposition les uns des autres, et très-souvent même contre leurs propres intérêts, par l'influence de quelque homme puissant qui faisait tourner les décisions des législateurs à son profit.
11 devenait dès lors moins difficile de trouver des hommes instruits et intelligents pour composer un seul corps délibérant, que pour en former un grand nombre. Le peu de gens vraiment capables qu’on rencontre au Mexique se trouvant répartis en quarante commissions législatives , il est clair que les ignorants, les sots, tous ces redoutables ennemis du bonheur des peuples et de la tranquil-
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lité publique sont en majorité dans chaque réunion, et tout y va mal. Ou, si l’on réserve les sommités intellectuelles pour le congrès national , il ne reste plus que les nullités pour les législatures locales, et tout y marche au rebours du sens commun. Le résultat d’un ordre de choses aussi vicieux a toujours été l’abattement et la ruine du commerce par les entraves que chaque État y a mises, dans le but d’augmenter ses revenus; la dilapidation de ccs revenus par des administrateurs ineptes ou infidèles; l'adoption de lois ridicules ou spoliatrices, qui molestent les citoyens au profit d’un seul individu, ou d’une seule classe d’individus, et qui tombent bientôt en désuétude pour faire place à d'autres aussi mal conçues, et non moins nuisibles. Chaque gouverneur est un petit tyran dont les abus de pouvoir ne laissent aucun recours d’appel. Enfin, il y a des États qui nonseulement ne peuvent payer leur contingent annuel de numéraire au gouvernement général, mais encore qui n’ont pas de quoi subsister par eux-mêmes; tandis qu’il y en a d’autres qui peuvent réaliser des économies considérables.
Les partisans de la fédération répondent aux arguments des centralistes que, chaque État ayant une nature, des ressources et des besoins différents, personne mieux que ceux qui se trouvent intéressés à mettre à profit les uns et à pourvoir aux autres ne saurait donner des lois appropriées au pays et aux circonstances; tandis que celles d’un congrès exclusif, chargé de veiller aux intérêts généraux, favorisent nécessairement les uns aux dépens des autres, paralysent dans ceux-ci des ressources, gênent des industries dont le développement nuirait à la prospérité de ceux-là; que d’ailleurs le gouvernement général est un composé d hommes iniques et rapaces qui dilapident le trésor central, et ne s’occupent qu’à faire prospérer la capitale où ils résident aux dépens des départements; que non-seulement les fonds nécessaires aux travaux d’utilité publique sont refusés aux provinces, mais encore que les employés des administrations intérieures ne reçoivent pas leurs appointements, ou n’en touchent qu’une fraction, tandis que le numéraire abonde à Mexico ; et qu’enfin, s’il est vrai que les fonds soient mal dépensés dans les États, il vaut mieux encore, dans ce cas-là, vingt centres de dilapidation qu’un seul, puisque ainsi les revenus du trésor vont répandre l’aisance dans un plus grand nombre de familles.
Cette dernière objection est la seule qui ait quelque poids. Mais doit-on rejeter une constitution parce que ceux qui gouvernent mettent le désordre dans les finances et manquent à leurs devoirs?
N OTES.
D’ailleurs, le principe de l'association, de l'unité en tout, n’est-il pas le plus actif, le plus fort et le plus économique? Et l’isolement, les existences fractionnées n’engendrent - ils pas l’impuissance, les basses rivalités, la misère et la souffrance? Ces vérités, à la portée du vulgaire, doivent donner gain de cause au système de centralisation.
(41) Le Texas fut d'abord dépendant de l’intendance de San-Luis Potosi; plus tard il fut annexé à la province de Coabuila, et forma avec elle un État particulier de la confédération mexicaine. Avant le traité de Guadalupe-Hidalgo , son territoire avait pour barrière, au nord la rivière Rouge, qui le sépare de la Louisiane, et au sud-ouest celle de las Xueces, qui le séparait des États de Coabuila et de Tamaulipas. C’est le pays le mieux arrosé de toute la Nouvelle-Espagne, et par conséquent le plus susceptible d’étre parfaitement cultivé.
Éloigné du centre de la république mexicaine, oublié par le gouvernement général , qui ne s’est jamais occupé de travailler à la prospérité d’aucun Etat, et situé dans le voisinage d’un peuple entreprenant qui pouvait en faire en peu d’années un pays florissant, il n’était pas douteux que le cri d’indépendance ne se fît bientôt entendre, justifiant les prévisions du président Jefferson, qui écrivait en 1820 à un de ses neveux, étudiant à l’université de Cambridge, ces paroles remarquables : a Une chose que je ne saurais trop vous n recommander, c’est de donner des soins tout particuliers à l’élude » de l’espagnol. Cette langue est celle qu’on parle sur une immense » et riche portion de ce continent, destinée à être avant un quart » de siècle occupée par la race anglo-américaine. »
Seize ans ne s’étaient pas écoulés depuis cette prédiction, que l’établissement des Américains victorieux dans le Texas en avait prouvé la justesse prophétique.
D’après le traité de Guadalupe en 1848, les limites du Texas ont été reculées au sud-ouest jusqu’au rio Bravo del Norte.
(42) L ultimatum intimé au gouvernement mexicain par le baron Deffaudis, ministre de Erance, commençait par énumérer une foule de griefs fort graves : dénis de justice, actes, décisions, jugements illégaux et iniques des autorités administratives, militaires ou judiciaires; puis il requérait la destitution des coupables et le payement d’indemnités pécuniaires. 11 demandait en outre que les Français ne®fussent jamais soumis dorénavant ni aux contributions de guerre ni aux impôts connus sous le nom de prêts forcés. Il
NOTES
réclamait également la liberté de commerce en détail dont les marchands français avaient joui dans le principe.
Le traité de paix entre la France et le Mexique fut fait et signé à Vera-Cruz le 9 mars 1839, par le contre-amiral Baudin , d’une part, et MM. Gorostiza et Victoria de l’autre, au nom, de la trèssainte Trinité. Il contenait cinq articles, dont un seul traitait des intérêts des Français au Mexique, c’était le troisième: en voici la teneur.
« En attendant que les deux parties puissent conclure entre elles » un traité de commerce et de navigation qui règle d’une manière » définitive et à l’avantage réciproque de la France et du Mexique >> leurs relations à l’avenir, les agents diplomatiques et consulaires, » les citoyens de toute classe, les navires et marchandises de cha- » cun des deux pays, continueront de jouir dans l’autre des fran- » chises , privilèges et immunités quelconques qui sont ou qui se- >; ront accordés par les traités ou par l’usage à la nation étrangère » la plus favorisée; et ce gratuitement si la concession est gratuite, » ou avec les mêmes compensations si elle est conditionnelle. »
La diplomatie est vraiment chose facile, si elle n’exige pas d’autres connaissances que celles qui sont nécessaires à la rédaction d’un pareil article, lequel constitue tout le traité. Il paraît que celte phrase banale : « Les Français seront traités sur le pied de la nation la plus favorisée, » résume toutes les conditions de convenances et d’utilité. Désormais il devient oiseux de s’instruire des rapports de commerce de peuple à peuple, d’examiner si une clause de traité admise par l’un sans réclamation ne serait pas une cause de ruine pour l'autre. Si, par exemple, il plaisait au Mexique de faire payer aux vins d’Europe des droits exorbitants, par cela même que l’Angleterre y aurait souscrit sans difficulté, attendu qu’elle n’en produit pas, la France devrait se trouver fort heureuse de la position commerciale faite à cette puissance, et il n’y aurait pas lieu à revenir sur ce point.
Si les Anglais se bornaient au commerce en gros, ce qui arrive en effet, il leur importerait peu que le commerce en détail fût protégé ou non, et ils souscriraient sans trop de résistance à des exigences qui ne seraient pas fort onéreuses pour eux. Mais quand les Français viendraient ensuite réclamer la jouissance des meilleures conditions commerciales, eux qui sont plutôt marchands détaillants 1 qu’importateurs ou commissionnaires, auraient-ils à se louer de
1 Los étrangers jouissent actuellement du privilège de vendre leurs marchandises en détail.