CHAPITRE II
l’inaptitude générale des colons. C’était à tort néan moins : il est arrivé, pour les expéditions du Goatzacoalco, ce qui a toujours lieu en pareil cas, c’est que des gens qui raisonnaient mal se mêlèrent à ceux qui agissaient sagement; mais la majeure partie des chefs colons se composait d’hommes propres à ce qu’ils venaient entreprendre. Ils ne renoncèrent à leurs projets que parce (pie l’incurie et les mensonges des directeurs en avaient rendu l’exécution impossible (1 1 .
.le suis loin de penser pour cela que nos émigrés français réunissaient toutes les conditions qui font les bons colons, iNon, je ne crois pas que nos compatriotes se résignent facilement à un exil perpétuel. Ils ne quittent leur pays que dans l’espoir d y revenir bientôt avec une fortune toute faite. Cependant il ne faut pas se le dissimuler : le colon doit renoncer à peu près pour toujours à son pays natal; car, lors même qu’il amasserait quelque fortune, ce ne serait qu’après vingt-cinq ou trente ans de travail, c’est-à-dire après que ses habitudes et l’influence d’un nouveau climat l’auraient re du esclave du sol étranger.
.le ne prétends pas nier toutefois d’une manière absolue l’existence de l’esprit colonisateur en France; je veux seulement faire comprendre qu’il est plus difficile là que partout ailleurs de trouver des colons constants, et qu’on ne pourra parvenir à les retenir dans h* désert et à leur faire aimer leur nouveau genre de vie (pl antant qu’une sage direction donnée à la colonisation en aura préparé d’avance les moyens. Mais, pour obtenir ce résultat, il huit à la tête de
1 entreprise des hommes d’intelligence et d’expérience; s'ils manquent de l’une de ces conditions, leurs projets avorteront et les colons seront sacrifiés.
Aussi avons-nous vu bien peu de directeurs de colonies qui eussent apporté dans leurs combinaisons le discernement et la mesure qui étaient nécessaires. Il semble, au contraire, qu’ils aient tous été frappés d’un esprit de vertige qui les a privés du bon sens le plus ordinaire.
Quand on veut coloniser, il ne suffit pas de fixer son choix sur un point que le dictionnaire géographique assure être fertile et d’un climat agréable : il faut encore y envoyer des explorateurs intelligents, qui y séjournent assez longtemps pour s’assurer de la vérité, pour se mettre au courant des usages agricoles du pays, pour étudier ses ressources; il faut qu’on ait obtenu d’avance l’appui des Etats dont il fait partie, ainsi que les privilèges, les franchises qui peuvent donner au colon les moyens les plus prompts d arriver à son but, de créer le bien-être autour de lui. Enfin, si le point désigné ne se trouve pas à la proximité de grandes villes où il puisse vendre ou échanger le produit de ses récoltes , l’administration de la colonie doit lui en faciliter l’écoulement par tous les moyens qui sont à sa disposition. Si tout est favorable au projet de la colonisation, ces mêmes explorateurs, devenant commissaires de la colonie, engageront cent cinquante à deux cents indigènes aux conditions en usage parmi eux pour travailler à la construction des cases, au défrichement etvuix premières cultures; et