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CHAPITRE

lorsque totil sera terminé, on publiera les prospectus qui offriront aux colons des petites fermes en rapport, où ils trouveront déjà leur existence assurée. Chaque lot vendu à un prix modéré pour les chefs de sociétés partielles indemniserait la compagnie générale de ses avances, et h immense commerce quelle ferait avec les produits de la colonie l’enrichirait en peu d’années (12).

Si M. Laisné de Villevêque eut agi ainsi pour la colonie du Goatzacoalco , on aurait vu les rives de ce fleuve se peupler comme par enchantement. Les incommodités inhérentes aux climats chauds en auraient toujours repoussé quelques colons; mais les trois quarts y seraient restés; et le directeur, tout en arrivant à une immense fortune, eût été béni. Au lieu de cela, M. Laisné de Villevêque a été ruiné par les dommages- intérêts qu’il a du payer à quelquesuns des colons trompés par lui . et il est tombé dans le mépris public; les bords du Goatzacoalco sont restés déserts, et quelques-uns des colons des dernières expéditions, que le défaut de ressources y avait retenus, se sont donné la mort pour mettre fin à leurs maux.

Ln seul homme déjà âgé, qui avait été passager à bord du Petit-Eugène, restait encore en 1837 au milieu des forêts, où il vivait comme un sauvage; il était connu sous le nom de M. Charles. Dès les premiers jours de notre navigation, on s’était aperçu qu’il était hypocondriaque, et que bien qu’il parlât avec bon sens, ses idées avaient peu de fixité. Isolé dans une cabane à quelques pas du Sarrabia . il vivait à peu

près au jour le jour du produit de sa chasse. Le hocco, le cochon-marron et le chevreuil lui fournissaient des repas abondants et délicats. Dans les végétaux, il trouvait le choux-palmiste, qu’il faisait cuire sous la cendre, et les jeunes pousses du nopal, qu’il assaisonnait de graisse de singe et de jus de citron. Quelquefois il ajoutait à son ordinaire des fruits sauvages ou un rayon de miel, parfumé de la fleur de l’hæmatoxylon , qu’il avait dérobé aux abeilles de la forêt. Quand la chasse était mauvaise , il se contentait de la figue nourrissante, du bananier et des œufs de quelques poules, qu’il avait bien de la peine à défendre contre les chatstigres et les couleuvres.

Jamais il n’était plus heureux que lorsqu’il voyait les poutres de sa case garnies de régimes de bananes; il se plaisait à en compter les fruits, lorsque fatigué il s’étendait sur sa natte; puis il s’endormait de ce sommeil paisible qui ne fait jamais défaut à l’homme laborieux.

Plusieurs Français, établis à Tehuantepec et à Juchitan , allaient chaque année faire emplette de marchandises à Vera-Cruz: coupant au plus court au travers de l’isthme, ils s’embarquaient à Mal-Paso, et visitaient notre ermite en passant. D’abondantes libations de vin et de cognac rappelaient alors le vieil anachorète à la sensualité du monde qu’il avait quitté, et sa joie était au comble lorsqu’il recevait de ses hôtes quelques munitions de chasse: c’était comme un sursis à une peine de mort, aussi faisait-il avec beaucoup de grâce les honneurs de chez lui , mettant à la dispo-

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