‹ Le MexiqueChapitre 29 sur 247 · CH \ 1’ 1 T II 15 II · texte numérisé non relu

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sexagénaire, s occupa de la construction de sa case, cl appela les Indiens à son aide; mais ceux-ci, bientôt fatigués de ses exigences bizarres, formulées dans un langage incompréhensible pour eux, en abandonnèrent les travaux avant qu elle fût couverte.

Déjà une fièvre ardente s’était emparée de ce couple malheureux, quand madame Sombret accoucha. Sans autre abri qu’une moustiquaire, exposés aux ardeurs du jour et à la rosée de la nuit, ils sentirent bientôt leur mal s’aggraver; le mari était dans le délire, et ne pouvait donner à sa femme aucun des soins que son état exigeait, fin vain madame Sombret s’efforcait-elle de mâcher un peu de biscuit sec pour obtenir I aliment nécessaire au nouveau-né, le sein maternel ne donnait que quelques gouttes de lait insuffisantes, et l’enfant ne suça bientôt plus que du sang échauffé qui en fil en peu de temps un hideux squelette. Il lui restait peut-être encore un ou deux jours d’existence, lorsqu’un matin on s’aperçut ([lie des fourmis, fléau de ces climats, l’avaient dévoré pendant la nuit

Cependant les Indiens avaient remarqué de l’autre rive la disparition des hôtes de la case inachevée; ils mirent une pirogue à l’eau, traversèrent le fleuve, et pénétrant dans la cabane, ils demeurèrent frappés d’un spectacle si pitovable. Ils prirent la détermination de les transporter immédiatement à Minatitlan, où ils pourraient recevoir de leurs compatriotes les soins que réclamait leur état. Les caisses et les malles furent aussitôt portéesdans la pirogue, les deux malades places I un aux pieds de I autre, et la frêle embarcation pous-

sée par le double aviron , s’éloigna rapidement de ce lieu de misères.

Plus de la moitié de la distance qui les séparait du village avait été franchie sans accident, lorsqu une fatale branche d’arbre qui rasait inaperçue la surface de l’eau culbuta la pirogue, et précipita au fond du fleuve les deux agonisants. Les Indiens se mirent a leur recherche quoique persuadés qu’ils ne retireraient que des cadavres; mais à leur grande surprise les moribonds revinrent à la vie au bout de quelques minutes, et semblèrent même avoir retrouvé toutes leurs forces en buvant l’onde salée apportée par le flux.

Quant aux effets et au peu d’argent renfermé dans les malles, tout fut perdu; les Indiens, après des recherches simulées , déclarèrent n’avoir rien pu sauver. M. et madame Sombret arrivèrent donc à la Fabrica sans autres vêtements que le linge qui les couvrait, sans autres ressources que celles que la Providence , dans ses desseins cachés, leur réservait. On les jeta dans une case inhabitée, sur un tas d’herbes sèches, où la femme mourut peu de jours après; mais le mari , nature énergique et forte, sortit vainqueur de cette lutte avec la mort. 11 était encore naguère plein de vie dans une ville du Mexique, où son industrie lui procurait une honnête aisance.

Tirons maintenant un voile sur ces misères dont les journaux du temps ont retenti , et éloignons-nous d’un séjour qui nous fut si funeste.

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