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CHAPITRE III

Départ pour Vera-Cruz. — Le Paso San-Juan. — La rivière «lu même nom. — Disette de vivres. — Les chevreuils. — Frayeur dun de mes gens. — On s’accoutume à l’idée du danger. — Souffrances pendant le voyage. — Les moustiques. — L’hacienda de San-Nicolas. — Une belle matinée. — Tlacotalpan. — ( races des jeunes filles créoles. — Hospitalité. — Repas chez un rrcole. — La cigarette. — La balandre. — Alvarado. — Séjour désagréable. — Le tnmal. — Une revue de Jaroclios. — Port d’ Alvarado. — Le sloop met à la voile. — Calme. — Requins. — L’île clés Sacrifices. — Le fort de San-Juan d’Ulua. — Vera-Cruz.

Deux chemins conduisent d’Acayucan à Vera-Cruz : l’un tracé au travers des forêts; l’autre formé par le cours des rivières de San-Juan, de San-Andres, d’Alvarado, et par la mer. Je préférai le voyage par eau comme plus pittoresque , et dans les derniers jours de juin je me mis en marche avec mes gens et mon bagage pour le Paso San-Juan, hameau situé sur la rivière du même nom, à quatre lieues d’Acayucan.

Avant d’arriver au Paso, j’envoyai mes chasseurs faire une excursion dans une savane, ahn d’avoir pour dîner autre chose que du tasajo. Ils nous rejoignirent lorsque nous arrivions au village, rapportant dans leurs carniers lin lapin et deux jeunes chachalacas; Mes gens allumèrent un feu sur la hauteur qui domine l’embarcadère, et s’employèrent tous aux apprêts du festin, tandis que j’allai moi-même à la recherche d’une embarcation;

Une grande pirogue se trouvait sans chargement : je l’obtins pour trente piastres avec deux Indiens pour

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nous conduire à Tlacotalpan, sur la rivière d’Alvaraclo. Le soir même j’y fis porter mon bagage, et le lendemain le batelier poussa à la dérive , quand l’aurore chassait devant elle les nuées de moustiques que les ténèbres avaient amenées.

La rivière de San-Juan descend de la chaîne des monts Mijes, et va se jeter dans l’Alvarado, en face de Tlacotalpan , après s’être réunie à la rivière de San-Andres. Elle est navigable dans toutes les saisons à partir du Paso. Les forêts, qui croissent jusque sur les bords escarpés de son lit terreux , jettent de chaque côté des festons de verdure et des lianes serpentines, du milieu desquels surgissent à chaque instant des iguanes a longue queue, ou des tortues à écaille précieuse , qui se hâtent de fuir à l’approche de l’homme.

Lorsqu’une des berges s’aplanit, la rive se couvre de crocodiles de toutes les grandeurs. Leur forme et leur immobilité les font prendre de loin pour des troncs d’arbres. Malgré notre habitude de les voir ainsi, nous nous trompions constamment : pour éviter une méprise, nous tombions dans une autre, prêtant aux arbres déracinés la vie que nous refusions aux caïmans.

Leur nombre était quelquefois effrayant; nous en avons compté jusqu’à quarante se chauffant au soleil dans un espace de deux à trois cents pieds. Quand la pirogue qui portait les colons passait devant eux, ils rentraient un à un dans les eaux; et la pensée que nous étions entourés de ces redoutables animaux nous donnait parfois un frisson de terreur. Quelques-uns

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