‹ Le MexiqueChapitre 4 sur 247 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sucre, de maïs el de plusieurs centaines de mille pieds de caféyers, cacaoyers, orangers, bananiers, etc. Il recevrait les colons à leur arrivée, s’empresserait de leur donner les moyens de s’établir le plus promptement et le plus commodément possible sur la concession , et on trouverait chez lui tous les secours dont on pourrait avoir besoin. Puis on recommandait aux chefs d’établissements de ne point emporter d’argent, parce qu’il ne leur serait d’aucune utilité dans le désert, mais de se pourvoir de vivres pour six mois après le débarquement, de se munir d’un matériel considérable d exploitation , d’emmener pour ouvriers des artisans de différents métiers, en les associant par un contrat aux bénéfices futurs de l’établissement, etc. Voilà ce qui était dit aux colons. On va voir ce qu’ils ont trouvé à la colonie et ce qui leur est arrivé.

Nous avions espéré rencontrer au Havre quelque agent des directeurs de la colonie pour nous guider dans le choix, le fret et le chargement d’un navire; mais ces messieurs n étendaient pas leur sollicitude jusque-là. 11 fallut nous occuper seuls de détails que nous ne connaissions pas , et marcher en aveugles dans presque toutes nos opérations. Aussi qu’arriva t-il? Nous fûmes trompés sur tout, et particulièrement sur le prix , la qualité et la quantité des vivres que notre commissionnaire fit mettre à bord.

Heureusement notre expédition ne se composait que de deux sociétés; il ne nous fut pas difficile de nous entendre et de pourvoir aux besoins de quarantecinq ouvriers et de quelques passagers pendant la Ira-

versée. Mais dans les autres expéditions, bien plus nombreuses que la nôtre, et où se trouvait une multitude de chefs différant entre eux de vues et de caractère, ou qui s’étaient reposés les uns sur les autres des soins que nécessitaient le départ et l’approvisionnement du navire, pour une navigation de deux mois au moins, une infinité de choses de première nécessité manquèrent : on ne s’en aperçut que lorsqu’on ne pouvait y remédier.

Enfin le 27 novembre 1830, le brick le Petit-Eugène mit à la voile. Nous sentîmes un vif plaisir à voir s’éloigner les côtes de Normandie. Depuis plus de deux mois le vent nous était contraire, et ce n’était que par surprise que quelques navires sortaient de temps à autre du port, profitant d’un changement passager dans sa direction. L’impatience qu’un peu d’attente nous avait causée, jointe à la crainte de rentrer dans le canal, dominait en nous le sentiment pénible qu’on éprouve en quittant son pays pour se lancer dans une destinée aventureuse.

Avant midi , une pluie glaciale , accompagnée de bourrasques, commença à tomber; la nuit fut trèsmauvaise; la journée qui suivit fut plus mauvaise encore, et notre marche continua à être si souvent entravée de gros temps et de vents contraires, qu’au 1er janvier 1831 nous n’étions encore qu’à la hauteur des Açores, ayant déjà mis trois fois à la cape dans ce court trajet.

Pendant ce premier mois de navigation, nous eûmes parfois bien à souffrir. Le Petit- Ku^ène n’ayant point

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