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CHAPITRE III

vent du nord eût soufflé en mer; mais le patron ne se hasarde jamais à sortir d’Alvarado qu’il ne soit sûr d’atteindre Vera-Cruz avant le danger. La distance est si courte, que ses prévisions se trouvent bien rarement trompées.

Le fleuve d’Alvarado prend sa source dans les montagnes du pays zapotèque, et décharge ses eaux dans le golfe du Mexique. Papaloapan est le nom que les indigènes lui donnaient; mais les Espagnols rappelèrent du nom du premier capitaine qui navigua dans ses eaux; de même qu’ils l avaient déjà fait pour la rivière de Tabasco, qu’ils désignèrent sous celui de Grijalva. Toutefois, l’ancien nom Maïa a fini par prévaloir sur le nom espagnol, tandis que celui de Papaloapan est maintenant peu connu.

De Tlacotalpan jusqu’à la mer, ce fleuve se trouve resserré, mais non encaissé, dans un lit profond. Les bois touffus qui semblent croître au milieu de ses eaux l’abritent des vents d’est et d’ouest de telle manière, que notre voile latine ne put s’enfler. On fut forcé de faire remorquer le sloop par deux canots montés de huit rameurs. Cependant nous arrivâmes encore assez tôt à Alvarado pour espérer d’atteindre Vera-Cruz avant le coucher du soleil, si notre patron eût jugé à propos de passer outre; mais un Mexicain n’est jamais pressé : il voulut attendre au lendemain, quoique le vent fût excellent, et ce malencontreux retard nous retint quatorze jours prisonniers à Alvarado. A l’approche de la nuit, un bandeau noir s’éleva de 1 horizon au nord et à l’ouest; bientôt il enveloppa

le ciel et couvrit la terre de ténèbres. La pluie tomba, de légères bourrasques soulevèrent les flots, et le lendemain la mer était houleuse et notre sortie du port impossible.

On ne trouve point d hôtellerie à Alvarado et on n’a pas même, comme dans les villages indiens, la ressource de la maison commune. L hospitalité patriarcale des créoles de Tlacotalpan offre vingt asiles pour un au voyageur; mais les habitants d’Alvarado sont les plus égoïstes de tous les peuples chez lesquels j’ai voyagé dans la république mexicaine. Ce fut en vain que je cherchai un gîte pour passer la nuit; aucune porte ne s’ouvrit à XIngles 2 , et je fus obligé de camper avec mes gens sous le péristyle d’une des maisons du port.

J’espérais être plus heureux dans mes recherches le lendemain ; mais les jours suivants n’apportèrent aucun changement à ma position. Non-seulement nous demeurâmes sous notre galerie pendant quatorze jours, exposés aux intempéries de la saison, à une époque ou la fièvre jaune ne fait point de quartier aux Européens, mais encore on nous refusa à manger partout où nous nous présentâmes, quoique j’offrisse le double de ce qu’il est d’usage de payer. Ce ne fut que le surlendemain de notre arrivée que mes gens découvrirent une case d’Indien où l’on consentit à nous donner à dîner.

1 La population il’ Alvarado était de 2,000 âmes en 1851.

2 Nom qu’on donnait alors à tous les étrangers, parce que les premiers qui arrivèrent au Mexique étaient Anglais,

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