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CHAPITRE IV

populeuses de cette côte lexistence de la fièvre jaune : une forte chaleur, le voisinage de lieux marécageux et une réunion de personnes non acclimatées. Mais il faut que ces causes soient simultanées : si l’une manque, le mal n’existe plus. C’est au mois de mai, quand le soleil arrive au zénith de ces contrées et embrase l’atmosphère, que se développe le germe de la fièvre jaune. La maladie augmente d’intensité jusqu’en septembre, et disparaît en novembre. C’est aussi le temps ou l’eau des pluies inonde la terre et forme des mares dans les endroits ou elle ne peut s’écouler. L’air sc trouve saturé de vapeurs pompées par les rayons de ce soleil vertical, et ces vapeurs enlèvent avec elles les miasmes morbifiques des terres détrempées et des végétaux pourris.

.Si à cette époque des voyageurs malavisés viennent a respirer cet air empesté, ils sont frappés comme de la foudre. Kn vain ceux que des intérêts commerciaux ne retiennent pas au port ne font -ils que traverser la ville pour gagner des lieux moins insalubres, il arrive souvent qu ils sont atteints du mal dans ce court trajet : ils ont beau fuir, ils traînent avec eux le trait dont ils sont percés; bientôt les douleurs les forcent à s’arrêter, et le lendemain la terre se referme sur eux....

Les voyageurs attaqués de la fièvre jaune en traversant Vera-Cruz ont rarement dépassé Puebla ; ils meurent à Jalapa, au Puente-Nacional ou même à Santa-Fe, à trois lieues du port.

Ce n’est pas seulement la mort qu’on redoute dans cette maladie, ce sont les souffrances qui la précèdent.

La vie semble se réfugier dans le cerveau , et on ne la sent que par les douleurs aiguës qui raccompagnent. Le malheureux qui est atteint de la lièvre jaune commence par ressentir de violents maux de tête, d’yeux et de reins* bientôt son corps entier s’affaisse et semble brisé comme celui d’un homme torturé; puis arrivent les vomissements. Un sang noir sort de la bouche, du nez, des oreilles; il ne reste plus d’autre sentiment que celui de la douleur; la voix s’exhale en cris déchirants. Que de jeunes gens aujourd’hui pleins de vie et de santé , narguant , au doux choc des verres , dans la folle joie d’un festin, la terrible maladie, invisible ennemi qui les guette, demain vaincus par elle et couchés sur un lit de douleur, ne reconnaîtront plus leurs bruyants amis de la veille! Hélas! c est encore un bonheur quand la force du mal absorbe entièrement les facultés du malade! Celui qui conserve toute sa connaissance souffre doublement, si le souvenir d’une famille délaissée vient mêler son amertume aux tortures de l’agonie.

Les femmes, les enfants et les vieillards courent moins de risques que les hommes jeunes et robustes; mais les Mexicains qui viennent du haut pays sont entre tous les plus exposés à être victimes du fléau. C’est que l’habitant des plateaux élevés passe en quelques heures d’une atmosphère tempérée et sèche à un climat brûlant et humide. Le changement ayant lieu sans transition ménagée, la maladie a plus de prise sur lui que sur ceux qui depuis vingt ou trente jours errent sous les tropiques, et dont le sang a déjà eu le

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