‹ Le MexiqueChapitre 40 sur 247 · CH API TR K · texte numérisé non relu

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Quant à la promenade appelée Mali bran, elle ne saurait en être une pour les piétons : on y enfonce dans le sable et la poussière jusqu’à la cheville, et on en revient couvert de petits garapates très-incommodes, qu’on désigne sous le nom de pinolillos.

Mais à six lieues de Vera-Cruz est un village appelé Medellin (18), où la société se réunit au printemps pour jouir de la liberté des champs et des plaisirs qu elle ne trouve pas à la ville. Là les réunions, les bals, les jeux, les festins champêtres, sont de tous les moments. Les environs offrent de jolies promenades aux hommes qui veulent monter à cheval le matin , et une petite rivière qui traverse le village a des eaux tiedes et cristallines pour les baigneurs, qui n ont à redouter ni les caïmans, comme dans le Goatzacoalco, ni les requins, comme dans la rade de Vera-Cruz.

Par leurs continuelles relations avec les étrangers qui débarquent dans leur port, les Vera-Cruzains ont acquis quelque connaissance des choses du monde, avant les habitants des autres villes de la république. Je les ai trouvés beaucoup moins ignorants que n’était alors la classe moyenne à Mexico. Depuis que les grandes affaires sont devenues plus rares et plus difficiles, et que l’entrepôt du commerce, le foyer de l’agiotage, appartiennent également à la capitale, les principales familles ont quitté Vera-Cruz et se sont fixées à Mexico, où elles figurent encore au premier rang : ce sont les Echeverria, les Gara y, les Gonzalez, les Valle, les ( iuisasola, etc. Le riche banquier de Londres Lizardi est aussi de Vera-Cruz.

Pour donner une première idée du peuple au milieu duquel je vais faire voyager le lecteur avec moi. il ne me parait pas hors de propos de rapporter ici un épisode de mon séjour à Vera-Cruz. Plus tard nous consacrerons un chapitre à 1 analyse du caractère mexicain. Par la comparaison des défauts et des qualités, des vices et des vertus de chaque classe de la société, on pourra juger de l état moral de la nation.

C’était le lendemain de mon arrivée : on venait de faire à la douane la visite de mes effets, et mes gens s’occupaient à en recharger les caisses sur une charrette, lorsque j’en remarquai une mal reclouée dont le couvercle allait tomber. Je m’approchai pour prêter la main aux chargeurs, et, dans le moment où j’étais occupé à maintenir le dessus de la caisse, je sentis un léger frottement contre moi, et quelque chose qui sortait de ma poche. Me retournant aussitôt, je vis un grand coquin de portefaix planté à côté de moi comme un piquet, les bras pendants, les mains ouvertes, ayant l’air de ne faire attention à rien. Je compris que ce qu’il m’avait volé se trouvait déjà en possession d’un autre, et promenant un regard rapide sur une bande de huit ou dix de ses camarades qui m’entouraient, je parvins à découvrir, en suivant leurs mouvements, en quelles mains venait de passer la chose volée. Je courus sur l’homme, je le pris au collet, et déchirant sa chemise jusqu’à la ceinture, j’en fis tomber l’objet qui s’y trouvait caché. C’était mon portefeuille, qui ne contenait guère d’intéressant pour moi que des lettres de recommandation. Mais ma frayeur avait été

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