CHAPITRE IV
Mes gens étaient arrivés an terme de leur voyage au Mexique. Ils s’occupèrent clans une ferme voisine à des travaux agricoles, en attendant que quelque navire français repartît et les emmenât : on avait accordé aux colons de Goatzacoalco les mêmes droits au passage gratuit qu’à des naufragés. Mais comme il y en avait beaucoup qui postulaient leur retour, ils ne purent s’embarquer que deux mois plus tard, lorsque la gabare la Dore, envoyée par le gouvernement français, vint recueillir les débris des expéditions. 1 ne soixantaine de malheureux profitèrent de cette occasion de retourner en France; mais un grand nombre de ceux qui pouvaient exploiter une brandie d’industrie lucrative restèrent dans la république, où plusieurs ont acquis un capital cpii leur promet une tranquille aisance partout où ils voudront finir leurs jours.
Pendant la traversée du retour, un de mes gens mourut du scorbut. Ce fut le second de ceux qui m’étaient restés fidèles à qui le sort refusa de revoir sa chaumière. L’autre repose non loin d’Acayucan , dans un bois de mimoses et de bignones, dont les (leurs dorées s’effeuillent sur sa tombe.
Les difficultés que j’eus à vaincre pour me former à Mexico un établissement convenable firent naître plusieurs (ois en moi l idée de revenir aussi dans ma famille; mais mon amour-propre en souffrait. Rentrer ainsi chez moi comme l’enfant prodigue! Quelque pressantes que lussent les lettres que je recevais, quelques instances que l’on me fît pour revenir m’asseoir au foyer paternel . je résistai. Quand les mauvais
jours turent passes, ces idées, qui d’abord ni avaient obsédé, s’évanouirent peu à peu, et ne revinrent plus tard que pour me donner du courage, et la force de fournir ma carrière jusqu’au bout.
A cette époque, la route de Vera-Cruz à Mexico était infestée de voleurs, principalement depuis Jalapa. En m’en allant seul, j’aurais infailliblement été attaqué et dévalisé; mais une petite caravane de voyageurs se formait, et je n hésitai pas à m’unir à eux. C’étaient des Français, des Italiens, des créoles et de pauvres Espagnols qui se rendaient aussi à Mexico. Chassés de la république trois ans auparavant, ils y rentraient en foule depuis quelque temps. Chaque uavire venant d’Europe ou de la Nouvelle -Orléans ramenait quelques-uns de ces exilés, qui saluaient du doux nom de patrie cette terre ou ils allaient retrouver une épouse, des enfants , des parents, qui , nés sur le sol mexicain, avaient pu y rester pour veiller aux intérêts des absents. Ce n’était pas que la loi d’expulsion de 1828 eût été l’apportée; mais le président Bustamente , qui avait supplanté Guerrero, favorisait ouvertement les Espagnols, dont le parti était étroitement lie d’intérêt à celui du clergé et de 1 aristocratie , qui l’avait porté au pouvoir.
Nous nous mîmes à la suite d'un convoi de voitures de roulage qui portaient nos bagages. Notre marche était bien lente; mais notre sécurité personnelle était assurée. Les chemins étaient dans le plus déplorable état, et les charretiers avaient à surmonter des difficultés sans nombre. Tantôt les chariots enga-