‹ Le MexiqueChapitre 43 sur 247 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

gés dans des bourbiers y demeuraient plusieurs heures avant qu’on pût les en tirer; tantôt, en montant des côtes pierreuses, les traits cassaient sous l’effort des mules; les timons, les roues se brisaient. Alors on déchargeait les voitures, et on passait un jour à les réparer, là même où le dommage était arrivé.

Lorsque la nuit nous surprenait loin d’une aidée, d une ferme, d’une habitation quelconque, nous campions en rase campagne, sous une tente improvisée. Heureux celui qui s’était précautionné de quelques vivres! Mais le plus souvent nous prenions les devants et nous attendions le convoi dans 1 endroit habité où nous pensions qu’il devait arriver. Là, nous trouvions au moins des galettes de maïs, des oeufs, des haricots pour souper, et un toit de feuilles de palmier pour nous mettre à 1 abri de la pluie, qui tombait par torrents presque toutes les nuits.

Le maître du roulage était un Français, nommé Faure. C’est à lui qu’on doit l’organisation de ce mode de transport sur les routes du Mexique. Jusqu’alors on s était exclusivement limité au service des bêtes de somme. Faure avait un corps de fer, une santé à toute épreuve. Je le voyais chaque jour entrer dans la boue jusqu’aux genoux, pousser à la roue et porter des poids énormes; il couchait sur la dure, il souffrait les mêmes incommodités et les mêmes privations que ses charretiers, et il a mené ce genre de vie pendant vingt ans, quoiqu’il eût amassé plus de 200,000 piastres. Il aurait pu jouir de 50,000 fr. de rente en France, où il avait été ouvrier teinturier à 50 sous par jour, et il ne

la pas voulu. L’ambition l’a entraîné; il est resté le plus infatigable cle ses muletiers, jusqu’au moment où la mort est venue le surprendre au milieu de ses travaux.

De Vera-Cruz à Jalapa, la route offre peu de distractions : la végétation est pauvre, la terre est aride. Le petit village de Puente Nacional , qui tire son nom d’un assez beau pont que les Espagnols y ont construit, est le seul endroit dont j’aie gardé le souvenir; encore dois-je l’attribuer peut-être à un rêve agréable et d’un moment, rêve pour lequel les eaux de la rivière, les coteaux boisés et les cases de roseaux empruntèrent de vives couleurs à mon imagination frappée. Le voici :

En revenant d’une longue promenade dans les bois aux environs de Puente Nacional, dévoré par la soif, j’allais de case en case demandant de la bière d’ananas l, boisson rafraîchissante qui conserve, malgré la fermentation, toute la saveur du fruit. A l’extrémité d’un sentier frayé au milieu d’un massif de styrax et de palma-'Christi , j’aperçus une petite habitation un peu retirée du village, et j’y entrai. Une jeune femme y était occupée à broyer du mais. A cause de la chaleur du jour et de l’isolement de sa case, elle n’avait conservé d’autre vêtement que sa jupe. Elle se leva en rougissant, et jeta un pagne sur ses épaules; puis revenant à moi , elle m’indiqua un siège d’un air gracieux et dégagé. .Lavais à peine vu sa figure en entrant : quand elle revint, je fus surpris de sa beauté et ravi

1 Tepache de pifia.

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