‹ Le MexiqueChapitre 44 sur 247 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de la grâce de son maintien. Je n’ai jamais rien vu au Mexique, dans cette classe, d’aussi séduisant. Elle était évidemment d’un sang mélangé, car sa peau, d’un teint clair et rosé, démentait une origine purement indigène. Ses manières avaient aussi quelque chose d’aisé qu’on ne trouve pas ordinairement chez les naturels du pays. Rien ne déparait le riant tableau que j’avais devant les yeux : une propreté excpiise régnait partout; l’habitation était fraîche et commode, et les arbres formaient un fond de verdure dont les roseaux de la case semblaient tapissés extérieurement. Je bus avec plus de plaisir la liqueur que cette jeune créole me présenta dans une tasse de calebasse (22 , que si c’eût été dans une coupe de porcelaine ou de vermeil : ce luxe des sociétés civilisées eût détruit le charme que cette modeste simplicité entretenait en moi. Je me plaisais à entourer cette jeune Mexicaine des attributs de son pays; mon imagination la couronnait d’une brillante auréole, et je voyais en elle le svmbole vivant le plus parfait du nouveau monde.

C’était pour moi la réalisation d’un de ces rêves que l’on forme à seize ans, rêve fugitif comme la forme que prend la pensée à cet âge d’illusions. J’oubliai la France, Mexico et la caravane voyageuse. Le siècle de Janus se renouvela à mes yeux, empruntant un attrait de plus au souvenir des découvertes de Colomb et des conquêtes de Cortès.

Les heures s’écoulaient rapidement. Déjà le brinbl eu cherchait sous la fouillée un abri contre les pièges de la nuit, lorsque le mari de ma créole revint de

ses travaux, et me fit souvenir que je n étais qu’un passant.

Mais laissons ces images empruntées à l’idylle, et reprenons tristement la route de Mexico. Dans les environs de Jalapa, la nature commence à se couvrir d’une riche végétation. La chaleur y est moins grande que sur la côte, la rosée plus abondante, l’atmosphère plus humide. Les forêts s’élèvent riantes et embaumées, les lianes grimpent, s’entortillent aux branches, et jettent des ponts de verdure d’un arbre à l’autre; Torchis parasite décore le vert du feuillage de l’éclat de ses couleurs, et l’abondance des fleurs attire des milliers de colibris qui voltigent de Tune à 1 autre et les caressent en bourdonnant. Les chemins sont bordés de haies de daturas, d’hibiscus et de rosiers; la fleur de l’oranger remplit l’air de son parfum. On y voit aussi les plantes des pays tempérés croître à côté de celles des tropiques : le pêcher mêle ses branches à celles du goyavier, et la pomme arrondit ses fruits non loin de l’avocatier : la terre y est prodigue de ses dons.

Jalapa 1 est bâti sur un terrain accidenté; mais la ville est jolie dans son ensemble et pittoresque dans son irrégularité. Elle est située sur la pente d’une colline entourée d’autres collines et de montagnes échelonnées comme des gradins d’amphithéâtre, et dominées elles-mêmes d’un côté par le Coffre de Perote, de l’autre par le pic d Orizaba , brillant comme une étoile 2 aux rayons du soleil.

1 La population de Jalapa était de 9,000 âmes en 1851.

2 Les naturels donnaient au pic d'Orizaba le nom de

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