CHAPITRE IV
A peu île distance de Jalapa commence la chaussée pavée de San-Miguel, qui s’élève sur les montagnes, et serpente à travers les forêts. Cette route est magnifique; malheureusement elle n’est pas entretenue, et porte déjà le cachet d’une prochaine destruction. Ce n’est pas que les fonds manquent pour réparer les voies publiques : des péages onéreux sont au contraire rigoureusement perçus pour leur entretien; mais les gouvernants, toujours affamés d’argent, donnent à ces fonds un tout autre emploi.
Bientôt la chaussée atteint la région des nuages, et on vovage au milieu des brouillards dans la saison pluvieuse. Chassées par le vent, ces vapeurs rasent la terre en courant et vous enveloppent de leurs voiles humides. Il est vraiment curieux de voir ces légers nuages venir au-devant de vous, ou fuir sur les fougères lorsque la nuit commence à revêtir les objets de formes fantastiques, ou que la lune répand sur les bois sa clarté mélancolique. Semblables aux ombres des héros de Morven sur les collines de Cona, ils apparaissent sous mille figures indéterminées : les uns, sortant d’un groupe isole d’avets séculaires, se dérobent tout à coup derrière des roches volcaniques ou dans l’épaisseur des bois; d’autres, éclairés par les ravons argentés de la lune, planent en relief dans des ravins ténébreux; d’autres enfin s’avancent lentement et semblent se reposer dans leur marche pénible, comme des vieillards chargés d’ans. Tous ces fantômes subissent d’un instant à l’autre des transformations dont on ne peut s’empêcher de suivre curieusement
les diverses phases, puis s’abîment dans la plaine ou se retirent dans les bocages cl alentour.
Si on se retourne du côté de l’orient, on voit se dérouler à ses pieds un pays immense, onduleux comme une mer irritée, mais riant de verdure, et éclairé par des Ilots de lumière. La cataracte (23) de Naolinco apparaît au loin comme un filet blanc sur la paroi abrupte du ravin ou elle tombe en bouillonnant, et quand l’atmosphère est dégagée de vapeurs, on découvre les eaux du golfe mexicain qui bordent l’horizon de leur ceinture d’azur.
La chaussée finie , la route continue à travers des déjections volcaniques. Les scories qui couvrent la terre ne laissent que peu de place à la végétation, et les arbres deviennent plus rares. Le paysage reprend ensuite un aspect insignifiant, attristé par les brouillards de 1 été ou par les frimas de l’hiver.
En approchant de Perote, l’attention se réveille à la vue d’une plante nouvelle d’une grande beauté : c’est le macfueij ou agave, espèce d’aloès dont les feuilles ont jusqu’à dix pieds de long et embrassent un cercle de trente à quarante pieds de circonférence. Mais cette grandeur n’est pas commune : la plante n’excède pas ordinairement deux mètres et demi de haut sur un diamètre à peu près égal. Au centre s’élève un cône droit formé de feuilles emboitees les unes dans les autres; on coupe ce cône à sa base lorsque la hampe est près de se développer au temps de la floraison, c’est-à-dire cinq ou six ans après la plantation clans les bons terrains, et on y creuse un