‹ Le MexiqueChapitre 49 sur 247 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

charger; quelques-uns, accroupis autour d’un feu qu'ils ravivent, apprêtent l atole du déjeuner, ou boucanent un morceau de tasajo. Cependant 1 intérieur de la venta s’anime aussi; chacun se hâte dans ses préparatifs : c’est l’heure du départ. Bientôt une litière au mouvement lourd et assoupissant ouvre la marche, ou bien c’est une vaste berline, à demi réparée de ses fractures de la veille; puis voici venir des cavaliers aux costumes étranges, des femmes assises à droite sur leurs montures ou tenues eu selle par jeurs maris en croupe: tous partent ensemble ou successivement, et s’éloignent sans bruit, sans clameurs. On n’entend (pie les pas précipités des chevaux , le frémissement d impatience du coursier fougueux qui s élance pour devancer les autres, et qui blanchit d’écume le frein qui le retient; tandis qu’à son côté trotte pesamment, la tète baissée, la rosse du pauvre campagnard dont 1 éperon ne saurait changer l’allure, mais qui ne restera jamais en arrière quelque longue que soit sa course. Ajoutez, pour fond du tableau, une nature sauvage ou un paysage pittoresque, et vous aurez une idée de ce khan mexicain au soleil levant.

La plaine de Perote est inculte et aride. J’y vis un effet de mirage qui me trompa fort longtemps. Ce phénomène d’optique se reproduit dans toutes les plaines ou la terre n’est pas remuée par la main du laboureur.

Au Final, nous aperçûmes les volcans de Mexico. La neige de leur sommet nous apparut colorée de carmin par les rayons de la lumière crépusculaire; un

moment après cette couleur passa au lapis-lazuli , puis enfin prit une nuance grisâtre qui se confondit avec les ombres de la nuit. Le lendemain nous entrâmes à Puebla.

Les habitants de cette ville étaient regardés à cette époque comme les moins hospitaliers de la république ; les étrangers étaient mal accueillis par eux , et les voyageurs dont l’accoutrement différait un peu du leur se voyaient poursuivis à coups de pierres par le peuple des faubourgs. Mais depuis quelques années, les hommes éclairés et amis du bien qui se sont succédé dans le gouvernement de cette ville, ont fait disparaître ce reste de barbarie au moven d’une police vigilante et rigide ; et l’étranger qui vit au sein de cette population n’a plus à craindre aujourd’hui ni voies de fait ni insultes.

Puebla, surnommée de los Angeles , à cause de la beauté de son climat, contient 60,000 habitants environ. Elle dispute à Guadalaxara le second rang parmi les villes de la république. Les rues en sont tirées au cordeau et bordées de trottoirs larges et commodes ; elles sont bien pavées et d’une grande propreté. Le quartier du centre est parfaitement bâti , et rappelle les plus belles rues de Turin. La cathédrale est massive et sans goût dans son architecture extérieure, mais fort remarquable par l’élégance et la richesse de ses décors intérieurs. L’attention se porte principalement sur le maître autel recouvert de plaques d’argent, fondues en bas-reliefs , d’un travail exquis.

A deux lieues de Puebla, sur la route de Mexico,

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