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CHAPITRE IV

nous découvrîmes sur notre gauche le fameux trorali ' de Cholula, couronné de cyprès funèbres, comme un tombeau. Le riche temple de Quetzalcoatl1 2, qui dominait cette pyramide tronquée, a disparu , et le cruel Topiltzin3 n’y vient plus saluer l’aurore les mains teintes du sang des victimes immolées. Un culte doux a succédé à ce culte barbare; une chapelle chrétienne . consacrée à la Vierge des Remèdes, s’est élevée sur les ruines du temple païen, comme une consolation pour un souvenir douloureux , comme un baume pour une plaie saignante. Ce teocali, construit en briques, était le plus élevé qu’il y eût au Mexique, et dans son état actuel il mesure encore 54 mètres de haut sur 439 de largeur à sa base, d’après le calcul de M. de Humboldt. Les dimensions de la base sont presque doubles de celle de la pyramide de Chéops.

L’ancienne Cholula était spécialement consacrée au culte des dieux : c était la Mecque d’Anahuac. Elle renfermait un grand nombre de temples, au-dessus desquels s’élevait celui de Quetzalcoatl, Dieu législateur, où l’on venait en pèlerinage des pays les plus éloignés consacrer des offrandes. Maintenant c’est plutôt une bourgade qu’une ville; et les modernes habitants de ce lieu n’ont de commun avec les anciens que leur propension au crime, ce qui fait redouter aux voyageurs les abords de leur village.

1 Teocali veut dire maison de Dieu.

2 Quetzalcoatl , dieu de l’air et législateur des peuples primitifs d’Anahuac.

3 Nom du grand prêtre sacrificateur.

De l’autre côté de la route, derrière le mont Malinche, se trouve située Tlascala, l’ancienne ennemie de Cholula et de Mexico , la patrie du vaillant et malheureux Jicontecatl. Cette fameuse république n est plus qu’un point sans intérêt pour l’archéologue et sans importance politique ou commerciale, malgré son titre de capitale du territoire du même nom.

Le mont Malinche, que les Aztèques appelaient Mallalcueye , offre une particularité bizarre, qui prit place dans la mythologie tlascaltèque : le sommet paraît , dans certaines positions , découpé de manière à représenter une femme couchée sur un tombeau et à demi recouverte d’un linceul. La tête, qui semble reposer sur des coussins, présente l’ébauche d’une figure cadavéreuse; le ventre se dessine sous le suaire qui l’enveloppe, et les pieds se trouvent modelés à leur place naturelle. L’effet de cette figure est d’autant plus saisissant qu’on s’approche davantage de San-Martin de Tezmelucan.

La Malinche est d’une grande étendue. Son sommet fort élevé se cache souvent dans les nuages , quoique partout alentour le ciel demeure serein; des tempêtes terribles s’y forment et se propagent au loin dans la plaine. Aussi les Tlascaltèques lui avaient-ils donné le nom de leur divinité favorite, celle dont ils tenaient les eaux et les pluies fécondes, et ils allaient jusqu’à son sommet lui offrir des prières et des oiseaux en sacrifice.

Nous passâmes une nuit à Rio-Frio, petit village dépendant d’une ferme située au milieu des bois, non

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