‹ Le MexiqueChapitre 51 sur 247 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

loin du point le plus élevé de la route1 2. Dès que le soleil nous eut retiré ses rayons bienfaisants, nous ressentîmes les effets de cette élévation par la diminution du calorique; un brouillard épais et glacé s’abaissa sur la terre, et nous pénétra jusqu’aux os. Cette brandie des Cordillères est la dernière barrière qu il nous reste à franchir pour arriver dans la vallée de Mexico. Dans ce passage des Alpes mexicaines, la route serpente à travers des forêts de pins résineux, qui répandent une odeur agréable. Tout est romantique dans ces solitudes : l’air, en se jouant dans les fougères aux riches découpures qui croissent parmi les troncs d’arbres, rend un bruissement mélancolique; tandis (iue le vent, passant entre les aiguilles du feuillage, module des sons comme des tuyaux d’orgue. La cime des forêts, qui s’élèvent en amphithéâtre, se découpe festonnée sur la transparence des deux; et quand les accidents du terrain étendent l’horizon, on aperçoit au-dessus de leur bandeau noirâtre la neige éblouissante de l’Iztaccihuatl 1 , dont la croûte glacée scintille sous les feux du soleil. Cette montagne, dont le nom mexicain signifie Femme Blanche , a, dit-on , jeté anciennement de la fumée et des cendres brûlantes; mais cependant elle ne paraît pas avoir de cratère déterminé, et il n’y a rien dans la forme allongée de son plateau qui ait l’apparence d’un volcan.

1 Hauteur au-dessus du niveau de fa mer, 3,302 mètres. ( Morxev. )

2 Hauteur au-dessus du niveau de la mer, 4,785 mètres. (Hc.muoi.dt.)

Le Popocatepetl *, qui lui est contigu, présente au contraire un cône élancé, coupé à son sommet d’un cratère profond, d’où sortent constamment des vapeurs chaudes fortement sulfurées. Il domine l’Iztaccihuatl de six cents mètres, et son pic est le point le plus élevé des Cordillères au-dessus du niveau de la mer, quoique la hauteur en soit moindre que celle de l’Orizaba, si on la mesure à partir de la base. Sous l’empire des Aztèques, ce volcan eut de fréquentes éruptions : il jetait encore des cendres au dix-septième siècle; mais de nos jours les colonnes de fumée, qui s’en échappent sont rarement visibles au delà des villages bâtis sur sa pente (24).

On peut monter au cratère du Popocatepetl du côté du sud; les neiges y sont moins abondantes; elles fondent sous l influence du vent chaud des basses terres qui se trouvent au pied du volcan. Par les autres côtés l’ascension est impossible. Le premier qui y monta fut un Espagnol de l’armée de Cortès, nommé Ortlaz. Pour donner aux indigènes une preuve de son courage, il tenta de parvenir à la cime du pic; mais il n’y réussit point. L’empereur Charles-Quint lui permit néanmoins de placer un volcan dans ses armes, en récompense de son entreprise hardie et du sentiment qui l’avait inspirée.

Trois ans après, Francisco Montano fut plus heureux : il parvint au cratère du Popocatepetl, et en

1 Hauteur au-dessus du niveau de la mer, 5,400 mètres. (H umboldt.) — Cette hauteur dépasse celle du mont Diane de 623 mètres.

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