CHAPITRE IV
retira, dit-on, du soufre pour la fabrication de la poudre. Depuis lors aucun Espagnol n’a poussé la curiosité jusqu’à affronter le froid, la fatigue et les dangers que promet l’ascension du volcan ; mais dès que l’entrée du Mexique fut ouverte aux Européens, plusieurs Anglais renouvelèrent l’entreprise de Montano avec non moins de succès. M. Williams Glennic passe pour le premier qui en 1 825 ait visité cette bouche du Tenare.
Au printemps de l’année 1834, le baron Gros, secrétaire de la légation française, y monta à son tour avec MM. de Gérolt, consul général de Prusse, et Egerton, peintre anglais. Ils en explorèrent le cratère, et M. Gros en peignit une vue avec ce talent que nous lui connaissons, et qui fait du diplomate habile un artiste si distingué.
M. ( iros nous a donné aussi une description écrite de ce qui a frappé ses yeux à la cime du volcan. En voici un extrait :
«Le cratère 1 peut avoir une lieue de circonférence et mille pieds de profondeur; il a la forme d’un entonnoir, et on découvre au fond plusieurs orifices circulaires garnis d’une large zone de soufre pur. Le bord extérieur est entièrement dépourvu de neige; mais dans l’intérieur, du côté qui ne s’échauffe pas des rayons du soleil, un grand nombre de stalactites de glace pleuvent sur l’incendie terrestre. Des blocs de roches de granit à demi assis sur des couches de
1 Au bord du cratère, le thermomètre centigrade marquait zéro.
matières diversement colorées semblent près de s’engloutir dans l’abîme. Quelques-uns se détachent de temps en temps des points les plus escarpés, et roulant jusqu’au fond du gouflre, ils y produisent une détonation sourde et prolongée.
» Les parois du cratère présentent distinctement trois couches horizontales différentes, coupées perpendiculairement à des distances presque égales par des lignes noires et grisâtres. Elles sont recouvertes de soufre cristallisé, dont la teinte d’un jaune pâle donne au cratère l’aspect d’une carrière de plâtre. Du fond s’élancent en tourbillonnant des masses de vapeurs blanches qui se dissipent en arrivant à la moitié de la hauteur de la cavité conique. Sur les plans inclinés et jusque sur les bords supérieurs apparaissent quelques ouvertures par où s’échappent aussi des gaz blanchâtres qui ne tardent pas non plus à s’évanouir. Ces vapeurs emportent en sublimation le soufre qu elles déposent principalement sur les pierres saillantes et au bord des soupiraux. Le dégagement de gaz acide sulfureux est tellement abondant, qu’à la cime même du volcan il gêne la respiration. Cette mine de soufre serait d’une exploitation fort difficile, à cause de la grande inclinaison des parois. Peu s’en fallut que M. de Gérolt ne pérît pour avoir essayé d’en détacher un morceau à quelques pieds au-dessous du bord; un moment suspendu entre le ciel et l’enfer, son salut n’a tenu qu’à un fil. Le secours qu’on pouvait lui porter menaçait également la vie de ses libérateurs. »