CHAPITRE II
En descendant le versant méridional de cette chaîne de montagnes, on commence à découvrir la vallée de Mexico, qui se trouve également distante des deux océans, à 2,277 mètres d’élévation au-dessus de leur niveau. Cette vallée, qui a environ neuf lieues de long depuis le pied des volcans jusqu’aux collines qui dominent Mexico, en a plus de dix-huit dans sa dimension du sud au nord. Elle contenait avant la conquête un grand nombre de villes florissantes et de villages entourés de bosquets et de riantes cultures, qui en faisaient un jardin délicieux. Mais tout a bien changé : les villes sont devenues de pauvres villages, les villages ont disparu, et la culture est dans un état attristant.
A défaut de la main des hommes, la nature donne à cette vallée un aspect pittoresque et grandiose. A gauche le Popocatepetl et l’Iztaccihuatl élèvent jusqu aux nues leurs manteaux glacés, et entretiennent au loin une douce fraîcheur. En face s’étend jusqu’aux montagnes opposées la belle nappe d’eau du lac de Chalco, sillonnée de barques d Indiens pêcheurs. Çà et là on découvre dans la plaine quelques turgescences volcaniques, quelques îlots verdoyants au milieu des eaux bleuâtres, et toute la vallée se trouve close de montagnes comme un parc de ses murs.
Le lac de Chalco verse la surabondance de ses eaux dans celui de Texcoco,qu on trouve un peu plus loin. Ces deux lacs et les trois autres du nord de la vallée contiennent en dissolution du muriate et du carbonate de soude; mais les eaux du lac de d’excoco en sont
plus chargées que les autres. Les rives sont blanchies de ces sels, communément appelés tequexquite , et les terres en sont saturées à plus d’un mille à la ronde.
On pêche dans ces lacs un petit poisson blanc assez délicat. Les canards sauvages, les sarcelles y sont en quantité tellement grande, qu’au moyen d’une batterie de vieux canons de fusil on en tue sept ou huit cents d’une seule décharge. La chair de ces canards a un goût de vase et de poisson, ce qui fait qu’on abandonne ces abondantes chasses au menu peuple, qui achète un canard tout cuit pour un demi-réal 1 .
A deux lieues et demie de Mexico commence la chaussée de l’est, construite sur le lac de Texcoeo. C’est une des quatre voies qui conduisaient à la capitale des Aztèques, et c’est la seule qui reste encore bien détachée au milieu des eaux.
Là le paysage s’enrichit d’accidents nouveaux : les montagnes paraissent former un bassin elliptique dont les lacs occupent la cavité et Mexico un des foyers. A l’extrémité de la chaussée, l’ancienne ville de Montézuma se déploie riante et belle parmi des rideaux de saules élancés comme des peupliers, qui bordent les canaux et les routes. Toutes les maisons, peintes de couleurs claires, brillent au soleil et semblent bâties de la veille; une infinité de coupoles d’églises et de couvents dépassent les terrasses et étendent sur la ville leurs parasols bleus, rouges ou jaunes. L’architecture mauresque de ces édifices les ferait prendre pour autant de mosquées; et les tours de la cathédrale,
1 Six sous et demi.