‹ Le MexiqueChapitre 59 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l’empire était limité par les possessions du royaume de Tacuba, de celui de Miclioacan 1 et des barbares ( )tomites et Chichimèques2. Telle était la puissance du Mexique quand Montézuma II3, surnommé .locoyotzin le Jeune), monta sur le trône.

Ce prince était magnifique et libéral; le luxe de sa cour était extraordinaire, ses dépenses excessives, et un cérémonial plein de dignité lorsqu’il paraissait en public rendait sa personne 1 objet de la vénération des peuples. Il fut ponctuel observateur des lois, mais sa justice dégénéra souvent en cruauté. Fidèle au culte de ses dieux, la superstition eut un grand empire sur son esprit, et sa foi dans les augures remplaçant en lui l’action de la volonté par une résignation inerte, en fit le jouet et l’instrument aveugle des conquérants espagnols.

Il existait parmi les peuples d’Anahuac une ancienne prédiction qui annonçait que des hommes d’une autre nature qu’eux viendraient un jour de l’Orient et s’empareraient du pays. Lorsque Cortès débarqua sur la côte de Yera-Cruz et que le roi vit les peintures représentant les Espagnols, leurs che-

1 Ce royaume s’étendait depuis l’ouest des Etats mexicains jusqu’à l’océan Pacifique. Tzintzontzan , sur les bords du lac de Patzcuaro, en était la capitale.

2 Tous les Cliicliimèques ne s’étaient pas civilisés comme ceux qui s’étaient alliés aux Tollèques; il y en eut qui préférèrent la vie sauvage et continuèrent à vivre de leur chasse et à se couvrir de peaux de bêtes, en se mêlant aux Otomites. Ils restèrent dans les montagnes du nord-nord-ouest de Mexico, où ils étaient encore sans chefs au seizième siècle.

3 Nom que les Aztèques prononçaient Moctézuma.

vaux, leurs navires, et qu’on lui eut appris de quelles armes terribles se servaient ces redoutables étrangers, il ne douta plus que ce ne fussent ces héros prédestinés, descendants du dieu Quetzalcoatl (26).

Son esprit fut alors partagé entre deux sentiments divers : d’un côté la crainte de perdre sa couronne et de l’autre sa soumission aveugle aux décrets de la Providence. 11 mit tout en œuvre hors la force pour empêcher Cortès de monter à Mexico. A chaque ambassade que Cortès lui envoyait , il le comblait de présents d’une grande valeur, ce qui était un aiguillon de plus à 1 avidité du conquérant. Mais dès qu’il eut reçu a sa cour ce guerrier aventureux, il descendit lui-même au rang de ministre de ses volontés. Rien dans l’histoire ne ressemble à l’expédition de Cortès au Mexique : on y voit d’une manière évidente et terrible la force irrésistible de la destinée, quelque laibles que semblent être ses moyens; mais aussi rien n’égale le courage indomptable, la grandeur des conceptions et la ténacité de l’homme à qui elle avait réservé d accomplir ses décrets.

Fernand Cortès s’enfonce dans un pays inconnu , dont la population est innombrable et doit lui être ennemie; les guerriers qu’il a à combattre sont euxmemes robustes, endurcis aux maux de la guerre, doués d’un courage qui ne sait pas faiblir, et Cortès, pour vaincre tant d’obstacles, n’a que 415 fantassins espagnols et 16 chevaux avec quelques pièces d’artillerie! Mais il a prévu le prompt découragement de ses compagnons d’armes, et il brûle sa flotte pour ne leur

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