‹ Le MexiqueChapitre 60 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

laisser d’autre alternative que de vaincre ou de mourir.

Habile politique, il promet vengeance aux peuples soumis à la domination tyrannique des Mexicains, cl il nourrit les dispositions hostiles de ceux qui sont encore indomptés. C’est ainsi qu’il se fait de puissants ail iés des Totonaques et des républiques de Tlascala et de Cholula. Cependant il entre en ami à Mexico. Montézuma le reçoit avec des marques de distinction extraordinaire et de bienveillance sincère, et chaque jour il lui envoie de nouveaux présents en vêtements, en ornements de plumes, ou en joyaux d’argent ou d’or d’un grand prix et d’un beau travail.

Mais Cortès voit son impuissance dans le cas d’un changement dans les dispositions de la nation envers lui. et il s’assure de la personne du roi, qu’il garde en otage, lui donnant pour prison son quartier général. A loi •s se forme un parti contraire aux Espagnols , et le roi d’Acolhuacan, neveu de Montézuma , se met à la tête îles mécontents. Cortès reproche avec sévérité a son prisonnier de fomenter lui-même ces insurrections, et le malheureux roi, pour prouver son innocence, conjure avec Cortès la perte de son neveu, et le livre aux Espagnols, ainsi que le roi de Tacuba et les plus grands seigneurs du pays. Le désespoir de la nation est à son comble; un orage terrible gronde sur les Espagnols, et c’est alors qu’arrive à Vera-Cruz I expédition de Narvaez, envoyé par le gouverneur de Cuba, pour s’emparer de Cortès et pour le juger comme rebelle à son roi.

L escadre que commandait Narvaez sc composait de

18 navires portant 1,300 hommes, 85 chevaux et 12 pièces d’artillerie, et cependant Cortès n’est point abattu en songeant à l’inégalité de ses forces; son génie, plus actif en raison du péril, combine les chances de succès et les met à profit. Il laisse le capitaine Alvarado à Mexico, part avec 70 soldats auxquels 70 autres de la garnison de Vera-Cruz vinrent se joindre. iYvec cette poignée d’hommes, il fond sur Narvaez à l’improviste, pendant la nuit, s’empare de son artillerie et de ses chevaux , le fait lui-même prisonnier, et se fait reconnaître par ses troupes comme capitaine général et grand juge.

Cependant un acte barbare d’Alvarado a exaspéré les esprits et fait éclater les hostilités contre les Espagnols de Mexico. Le jour de la grande fête du dieu de la guerre , toute la noblesse mexicaine s’était réunie dans la cour de la prison du roi pour célébrer cette solennité par des jeux et des danses. C’était la fleur de la nation; l’or et les pierreries resplendissaient sur les vêtements. Alvarado, poussé par le désir infernal de s’emparer de tant de richesses, donne le signal de l’attaque , et tous ces malheureux sont égorgés.

Dès lors les Espagnols eurent à soutenir des assauts continuels et terribles, et ne furent préservés d’une extermination générale que par l’interposition de l’autorité du roi. Sur ces entrefaites, Cortès arrive avec des renforts de troupes, qui se montent à 9,000 hommes y compris les alliés. La supériorité des armes, de la discipline et de la tactique militaire rétablit l’équilibre, et les Mexicains tombent par milliers sous le feu

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des Espagnols. Toutefois ceux-ci se sentent exténués; ils passent les jours à combattre et les nuits à panser les blesses et à réparer leurs fortifications.

Déjà l’autorité du roi est méconnue; ni sa présence ni ses ordres ne sauraient arrêter l impétuosité des assaillants : dans une attaque furieuse, où il veut encore défendre les Espagnols contre ses sujets, il se voit luimême outragé par eux, et reçoit à la tête un coup de pierre, des suites duquel il meurt quelques jours après (27).

La multitude des ennemis croissant chaque jour malgré les pertes que l’artillerie leur cause, il faut enfin songer à la retraite. Les Espagnols se mettent en marche dans le plus grand silence à la faveur d’une nuit obscure; mais néanmoins l’alerte est donnée parmi les Mexicains ; les Espagnols sont attaqués avec lu rie au milieu des marais, entrecoupés de canaux, au travers desquels ils s’avancent; le carnage est affreux, et ils n’échappent qu’avec des peines inouïes, laissant sur le champ de bataille 450 des leurs, plus de 4,000 alliés, leur artillerie et toutes les richesses qu ils emportaient.

Echappés aux périls de cette fatale nuit, connue sous le nom de noclie triste , les Espagnols se dirigèrent sur Tlascala, leur fidèle alliée, ou ils n’arrivèrent qu après s’être cou verts de gloire à la batailled Otumba.

Après avoir célébré les funérailles de Montézuma, les Mexicains élurent pour roi Cuitlahuatzin , frère du monarque défunt; mais le fléau de la petite vérole, que les Espagnols avaient apporté aux Américains,

l’enleva à ses sujets quelques mois plus tard. A sa mort, la couronne fut donnée à son neveu Guatimozin 1 , onzième et dernier roi de Mexico.

Pendant que les Espagnols se reposaient de leurs fatigues et se guérissaient de leurs blessures à Tlascala , leur armée se recrutait continuellement de nouveaux auxiliaires; et Cortès, ayant par d habiles manœuvres fait placer sur le trône d’Acolhuacan un prince qui avait pour lui les suffrages d’une grande partie de la nation, s’en fit encore un puissant allié. Alors le siège de Mexico fut décidé; Cortès se mit en marche avec près de 80,000 combattants, nombre qui, allant toujours croissant, s’éleva en peu de temps jusqu’à 200,000.

Le 31 mai 1521, l’attaque commence: l’acharnement est égal de part et d’autre. Après soixante-quinze jours d’une résistance héroïque, la ville entière et la personne du roi (28) tombent au pouvoir des assiégeants, et alors seulement se rendent les Mexicains, qui n’étaient que des spectres horribles à voir. Pendant ce siège , plus de 50,000 personnes étaient mortes de faim et de maladie, tandis que 100,000 guerriers avaient été moissonnés par le fer et le feu des assaillants.

Les richesses que les Espagnols trouvèrent à Mexico ne répondirent pas à leurs espérances ; à peine montèrent-elles à dix-neuf mille onces d’or. Les soldats de Narvaez , se voyant trompés dans leur attente, commencèrent à murmurer; ils demandèrent que Guati-

1 Son véritable nom était Guatemolzin.

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