‹ Le MexiqueChapitre 61 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mozin fût mis à la torture pour le forcer à déclarer où étaient ses trésors; mais Cortès s’y refusa. Le mécontentement prit alors un caractère menaçant à l’instigation d’Alderete, trésorier de la couronne, qui publiait hautement que Cortès avait partagé avec le roi aztèque les dépouilles des vaincus. Cortès dut céder à l orage; il leur livra Guati mozin, ainsi que le cacique de Tacuba.

L infortuné monarque fut attaché à un arbre, le cacique à un autre, et on leur brûla les pieds. Tourment inutile! stérile barbarie! Tout ce qu’on put savoir du roi, c’est qu’on avait jeté une grande quantité d’or dans les lagunes. Cortès fit cesser le supplice le plus tôt qu’il pût : toujours trop tard, bêlas! pour l’humanité. Toutefois, le bon vouloir du héros espagnol envers ces malheureux princes céda encore une fois aux exigences de sa propre sécurité et du salut de l’armée. Dans un voyage qu’il fit à Honduras pour châtier la rébellion d’Olid ', il prit le parti de se défaire de Guatimozin, du cacique de Tacuba et de plusieurs autres prisonniers de distinction qu’il traînait à sa suite, et qui , même dans les fers, lui causaient des terreurs perpétuelles. Il les fit pendre à un céiba, au pays de Chiapa, en accusant les captifs d’un complot avec les troupes auxiliaires pour se jeter sur les Espagnols a 1 improviste et les exterminer. Il dit dans sa cinquième lettre à Charles-Quint que les coupables ne se défendirent même pas de l’accusation portée contre

1 01 id était un capitaine de l’armée de Cortès, qui voulut se rendre indépendant en Guatimala.

eux; mais Bernai Diaz, témoin oculaire, dit au contraire que jusqu’à leur7 dernier moment les illustres prisonniers protestèrent de leur innocence.

Cortès trouva dans sa conscience le châtiment de cette action : longtemps on le vit impatient, irritable, morose ; le sommeil refusait un baume à sa souffrance.

Les soldats espagnols ne trouvèrent ni la richesse ni le bonheur dans la victoire et la conquête. Bernai Diaz se plaint de l’abandon dans lequel leur capitaine les laissa. La portion de terrain et de serviteurs qui leur revint était insuffisante à leurs besoins; et quand dans un âge fort avancé, près de cinquante ans plus tard, il écrivait 1 histoire des hauts faits de ses compagnons d’armes, il disait en parlant de ceux qui vivaient encore ; a Ils étaient pauvres, vieux et infirmes, chargés d’enfants qu’ils devaient avec peine, et finissant leurs jours comme ils les avaient commencés, dans les fatigues et la misère. »

A la chute de Mexico, tous les peuples d’Anahuac passèrent également sous le joug oppresseur des Espagnols, et ceux mêmes qui avaient aidé Cortès dans son entreprise pour se soustraire à la tyrannie des Mexicains ne tardèrent pas à s’en repentir; ils s’étaient forgé des fers encore plus pesants que les premiers. En effet, sous 1 empire des Aztèques, rien n’avait été changé à leur existence sociale; chaque classe avait conservé le rang, les distinctions et la dignité qui lui étaient propres; mais sous la domination espagnole tous les Indiens indistinctement eurent en partage la misère et le mépris. Il n’y eut que certains descen-

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