‹ Le MexiqueChapitre 64 sur 247 · VI · texte numérisé non relu

VI

touffer. Son palais fut attaqué, on s’empara de sa personne et on le conduisit au fort d’Ulua, d’où on l’embarqua pour Cadix.

La nation comprit dès lors qu’clle n’avait aucune concession à espérer de ses dominateurs, qu’ils persisteraient à maintenir le système colonial dans tous ses vices et sa tyrannie, et que les sujets américains ne participeraient jamais à l’administration de leur pays et à la discussion de leurs intérêts les plus chers. Les créoles, depuis longtemps jaloux (30) des Espagnols, sentirent s’accroître leur animosité. Ceux-ci commencèrent à voir le peuple avec défiance, et songèrent sérieusement à comprimer un esprit novateur qui menaçait leur souveraineté.

Un prêtre poussa le premier cri d indépendance. Le 16 septembre 1810, d’accord avec le colonel Allende et le capitaine Abasolo, le curé de Dolorès ', Michel Hidalgo (31), appela aux armes les mécontents, et réunit aussitôt sous la bannière de la Vierge de Guadalupe qu’il portait en guise de drapeau une multitude d’indiens et de gens de la basse classe.

Hidalgo vole à Guanaxuato, qui accueille dans son sein le libérateur des Mexicains, et cette ville devient le théâtre des premiers massacres des Espagnols. Acambaro, Celaya, Yalladolid , reçoivent successivement les insurgés, dont l’armée se recrute chaque jour et s’élève en peu de temps à 100,000 combattants; Mexico se voit menacé d’une invasion prochaine.

Le vice-roi Venegas n’avait guère que huit ou dix

1 Bourg de l’État de Guanaxuato.

mille hommes à opposer à ce torrent dévastateur. C’était, du reste, plus qu il n’en fallait pour l’arrêter et l’anéantir; mais il chargea de ce soin un général inepte, appelé Truxillo, et ses troupes furent battues à Las Cruces.

C’en était fait, si Hidalgo eût marché sans retard sur Mexico, que la déroute de l’armée royale laissait sans défense, et qui renfermait un grand nombre de patriotes : l’occupation de la capitale eût fait éclater 1 insurrection sur tous les points du territoire. Mais le curé de Dolores avait l’intelligence fort bornée; Allende dirigeait difficilement cette horde indisciplinée; on perdit du temps ; le vice-roi en profita, et les débris de son année, ralliés sous les ordres du général Calleja, remportèrent bientôt après une complète victoire sur les insurgés dans la plaine d’Aculco.

Malgré sa défaite, Hidalgo se retira sur Guadalaxara, plutôt comme un héros triomphant que comme un vaincu fugitif et abandonné. En lui s’était personnifié ! esprit de la nation; cet esprit ne pouvait être abattu par un premier échec. Partout où il passait, il recevait les hommages des populations des villes et des campagnes. 1 .es désastres d’Aculco furent bientôt réparés; mais la même impéritie devait nécessairement ramener les mêmes maux ; le brigandage et les cruautés devaient aussi recevoir leur châtiment. Calleja avait suivi l’armée des insurgés, harcelant ses derrières; il attendait l’occasion de l’attaquer avec avantage, et il la trouva près du village de Zapotlanejo. Là le carnage fut affreux : dix-huit mille hommes restèrent sur le

Page 1