‹ Le MexiqueChapitre 66 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pérait dans les esprits : les livres prohibés jusqu alors étaient entrés par les ports insurgés, et circulaient entre les mains des Mexicains. La lecture des ouvrages philosophiques et politiques du siècle dernier révélait des erreurs, des abus, et faisait connaître et apprécier les droits sacrés de l’homme, considérés jusqu’alors comme des principes hérétiques et séditieux. Plusieurs officiers supérieurs, qui avaient voué d’abord une obéissance passive au roi, commencèrent à comprendre qu’ils se devaient plutôt à leur patrie qu’à un homme, et n’attendaient que l’occasion favorable de déserter la cause du souverain pour celle du peuple.

L e prononcement de lîiego (1820) et la constitution des Cortès donnèrent une impulsion immense à cet esprit réformateur dans la colonie : l’inquisition fut abolie, les détenus pour opinions politiques furent rendus à la liberté, la presse périodique refléta le langage des libéraux de la Péninsule, et le grand projet d indépendance n’éprouva plus qu’une faible opposition.

Le créole Augustin Iturbide, colonel de milices provinciales, le même qui avait fait fusiller Matamoros, et qui s’était montré l’ennemi acharné des insurgés, fut l’homme que les Mexicains mirent à la tête du parti national. Iturbide était actif, entreprenant, courageux, et habile dans l’art militaire autant que les généraux espagnols sous les ordres desquels il avait combattu; il était d ailleurs ambitieux, dominateur, et, dans les circonstances présentes, l’impulsion des passions qui l’animaient devait naturellement lui

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faire embrasser la cause dont il avait tout à espérer pour la grandeur qu’il rêvait.

Reconnu général en chef des années nationales, Iturbide publia, dans une proclamation datée d’Iguala, les bases de sa conduite politique, et les garanties dont devaient jouir à la fois les créoles et les Espagnols, c’est-à-dire X indépendance de la Nouvelle- Espaej ne , r union entre les deux peuples et le maintien exclusif de la religion catholique.

Déjà le parti espagnol se trouvait sans force; mais ce qui acheva de le décourager fut le résultat des conférences de Cordoba entre Iturbide et O’Donoju, dernier vice-roi nommé par le gouvernement constitutionnel. O’Donoju n’avait aucun pouvoir pour traiter une aussi grave question que celle de 1 indépendance de la colonie; mais il comprit la situation critique des intérêts de l’Espagne, et s’il ne pouvait en empêcher le naufrage, il voulait du moins en sauver le plus de débris possible. 11 consentit donc à X établissement d’une monarchie constitutionnelle et représentative au Mexique, à l'appel au trône d’un membre de la famille des Bourbons d’Espagne, à l’égalité des droits entre les Mexicains et les Espagnols, etc., etc. C’était en effet le moyen le plus avantageux de régler le différend ; mais la question fut décidée autrement à Madrid : le traité cl’O’Donoju ne fut point ratifié, et l’arche ibérienne s’abîma tout entière par la faute des cortès et des conseillers de la couronne.

Iturbide fit son entrée dans la capitale le 27 septembre 1821. Le mouvement insurrectionnel cessa;

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