CHAPITRE V
et Bravo sc retirèrent clans le sud pour créer des hostilités contre le gouvernement.
Iturbide envoya Echavarri contre Vera-Cruz avec des forces supérieures; et ce général, au mépris de sa parole et des devoirs de la reconnaissance, trahit son bienfaiteur, et signa avec Santa-Anna les hases 1 d’un accommodement par lequel , condamnant les actes de l’empereur, ils convinrent qu’un nouveau congrès constituant serait réuni dans le plus bref délai, et que l’armée dite libératrice servirait d’appui à la représentation nationale.
L empereur pouvait marcher contre les rebelles et anéantir aisément les espérances de ses ennemis ; tout était encore en sa faveur, le prestige de son nom , ses talents militaires et une armée décuple de celle des révoltés; mais par une fatalité inconcevable, toute son énergie disparut en face de ces premiers troubles et de l’ingratitude de ceux qu’il avait comblés de scs laveurs; il ne prit aucune détermination; il laissa l’armée libératrice se recruter chaque jour et venir enfin le mettre comme en tutelle à Mexico.
Sa vie politique n’était qu’un tissu de faiblesses et d erreurs : aussi marcha-t-il d humiliation en humiliation, jusqu’à ce (pie, ne pouvant plus supporter un sceptre trop pesant pour son bras, il abdiqua l’empire le 19 mars 1S23, en manifestant l’intention de se retirer en pays étranger. Deux mois après il s’embarquait avec sa lamille pour l’Italie , où il devait jouir d’une pension annuelle de 25,000 piastres.
1 Plan de Cusa-Mata.
Les partisans d’Iturbide s’étant unis aux républicains, les Ecossais se trouvèrent en minorité. Ceuxci, forcés d’admettre la république, voulaient du moins centraliser le pouvoir : les autres préféraient la division du territoire en Etats souverains, et leurs vœux prévalurent dans la nouvelle assemblée constituante, qui proclama la république fédérale, et confia le pouvoir exécutif à un président nommé pour quatre ans. Le nombre des Etats fut porté à dix-neuf 1 , avec deux territoires; leur division répondit à peu près à celles des intendances.
Cependant quelques iturbidistes influents entretenaient avec l’ ex-empereur une correspondance qui lui représentait les choses et la disposition des esprits comme favorables à une réaction. Plein de riantes pensées, rappelant à son souvenir l’accueil que la France avait fait à Napoléon au retour de l’île d’Elbe, mais oubliant la catastrophe de Murat, ce malheureux prince résolut de rentrer au Mexique , et arriva à Sotola-Marina au mois de juillet suivant. Le commandant Garza fit sa soumission à Iturbide , l’engagea à débarquer, lui donnant l’assurance de son dévouement et des bonnes dispositions du peuple en sa faveur, et l’escorta jusqu’à Padilla, capitale 2 3 de l’Etat des Tamaulipas.
La population de cette petite ville lui montra en
1 On compte aujourd’hui vingt États, cinq territoires et un district fédéral , quoique le Mexique ait perdu depuis cette épo-
que-lù le Texas, la haute Californie et le territoire de Santa-Fé.
3 La capitale actuelle de Tamaulipas est Ciudad-Victoria.