CHAPITRE V
effet les plus vives sympathies; mais la législature, s’appuyant sur un décret du congrès général qui venait de mettre Iturbide hors la loi , le condamna à mort, et chargea Garza, qui l’avait indignement trompé, de l’exécution de la sentence.
Telle fut la fin de cet homme (34), qui, malgré ses fautes, peut être considéré comme le Mexicain le plus hahile qui ait paru sur la scène politique. Ce fut dans des circonstances très-défavorables qu’il saisit les rênes du gouvernement : les finances étaient dans le plus triste état; depuis le commencement de l’insurrection , les travaux des mines avaient été interrompus, et les droits sur l’argent monnayé et exporté étaient presque nuis; à Vera-Cruz les droits de douanes sur les navires étaient perçus par les Espagnols, qui étaient restés maîtres du fort d’UIua ', et les marchandises passaient ensuite en contrebande; le trésor avait introduit dans la circulation un papier-monnaie qui était tombe dès sa naissance au tiers de sa valeur ; la misère était extrême; la solde des députés n’était pas payée, et la cour elle-même vivait d’emprunts. Toutes les branches de l’administration souffraient du manque de numéraire; et l’on peut dire que ce fut surtout à cette époque que se développa l’esprit de rapine des employés du gouvernement, qui n’a fait qu’augmenter jusqu’à nos jours.
Ü un autre côté, la majorité des députés montrait une opposition hostile à la personne de l’empereur, et
1 Ce fort, n’étant pas ravitaillé, se rendit aux Mexicains le 15 septembre 1825.
ne cherchait qu’à lui créer des difficultés; tout était pour lui embarras, obstacles, irritation; le mal était à son comble , et le retour du bien semblait fort éloigné. La transition d’un extrême à l’autre reposait sur le patriotisme et l’intelligence des citoyens appelés à débrouiller ce chaos. Quand même Iturbide eût fait jouer tous les ressorts de son énergie , sa volonté isolée ne pouvait rien dans le présent, rien pour l’avenir, et son trône sans étais devait s’écrouler au premier choc des factions.
Le général Guadalupe Victoria fut élu président. C’était peut-être le patriote le plus pur de tous ceux qui avaient figuré dans la révolution. Un emprunt de 24 millions de piastres, contracté avec plusieurs banquiers anglais, activa momentanément les ressorts du gouvernement. Souscrit à des conditions onéreuses, cet emprunt fut encore diminué par des banqueroutes et par les dilapidations du ministre des finances et de ses agents. Sans procurer des ressources proportionnées à son importance, il devint, par l’accumulation des intérêts, le principe de cette dette énorme 1 qui grève le trésor, et dont le règlement définitif amènera sans doute pour le Mexique une nouvelle perte de territoire.
Les Etats-Unis et l’Angleterre avaient reconnu la nouvelle république, et envoyé à Mexico leurs représentants, MM. Poinsett et Ward. Le premier, assurent
1 La dette du Mexique a été réglée le 14 octobre 1850; elle s’élève à 10,241,650 livres sterling et paye un intérêt annuel de trois pour cent.