‹ Le MexiqueChapitre 74 sur 247 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bliques. Il abandonna bientôt les rênes du gouvernement au vice-président, et alla reprendre ses occupations agrestes.

Le vice-président, Valentin Gomez Farias, était un médecin de Zacatecas qui s’était fait remarquer dans toutes les législatures par son radicalisme, sa fermeté et son intégrité. Parvenu au pouvoir, il suivit le contre- pied de la marche de Bustamante. D’accord avec les chambres, il livra les emplois aux démocrates, attaqua le clergé dans ses prérogatives et dans ses biens, frappa de proscription les chefs du parti déchu et commença une réaction politique qui ébranla la société.

L’esprit public ne permettait pas qu’on passât d’un extrême à l’autre en si peu de temps : les consciences religieuses s’effrayèrent, et on ne tarda pas a entendre le cri d’alarme et de rébellion. Le général Duran se prononça contre le système de Gomez Farias. Santa-Anna accourt à la défense du gouvernement, et marche contre Duran avec une division qui , prêtant l oreille aux suggestions du major général Arista, se déclare en faveur de la réforme, et proclame dictateur le général en chef, pour qu’il remédie aux maux de la patrie par tous les moyens qu’il jugera convenables. Santa-Anna refuse la dictature. 11 arrive alors une chose étrange: celui que l’acclamation des troupes rendait le maître absolu dans l’Etat se voit néanmoins retenu prisonnier au camp. Toutefois il s’en échappe et revient à Mexico, où il organise un autre plan de campagne. Morelia, Gueretaro, Guanaxuato, avaient

secondé le mouvement révolutionnaire; c’est en vain que ces Etats espèrent résister au président : ses troupes demeurent partout victorieuses. Le calme se rétablit; remettant alors son épée dans le fourreau, le Cincinnatus 1 mexicain retourne à son hacienda reprendre sa vie rustique.

Cependant une nouvelle liste de proscription se publie; le congrès propose de déclarer nationaux les biens de mainmorte; l’opposition déclame contre les libéraux, contre Cornez Farias, contre le président; l horizon politique se charge tous les jours davantage.

Du fond de sa retraite, Santa-Anna entend gronder l’orage sur la capitale; les éclats de la loudre menacent d’arriver jusqu’à lui. Il prend 2 tout à coup une décision qui surprend tout le monde : il abandonne ceux qu’il a défendus, et se condamne lui-même en désapprouvant la conduite de son substitut. Bientôt les décrets des chambres sont rapportés ; Gomez Farias est dépouillé de la présidence, et les gardes nationales sont dissoutes dans toute la république. Zacatecas refuse de licencier la sienne, comprenant que la souveraineté des Etats ne serait plus qu’un vain mot saus la force matérielle; mais cette résolution énergique n’a d’imitateur que le Texas, qui se trouve trop faible et trop éloigné pour lui prêter du secours. La résistance de Zacatecas reste donc isolée, et ses citoyens, peu accoutumés au feu et mal commandés, ne tiennent qu’un moment devant les troupes réglées

1 C’est le surnom que ses partisans lui donnaient;

2 Avril 1834,

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tic Santa-Anna Ce coup porté a l'indépendance des Etats lut bientôt suivi d’un changement complet dans la forme du gouvernement. Les partisans de la politique de Bustamante avaient remplacé dans les emplois publics ceux de Cornez Farias et de la fédération; ds portèrent au congrès le vœu de centraliser le pouvoir à Mexico et de soumettre les Etats à une même loi , a une seule volonté. Le mandat de réviser les bases organiques de la constitution fut conféré à de nouveaux députés, et ceux-ci proclamèrent2, à la fin de leurs travaux, la république mexicaine une et indivisible (40), changeant en départements, relevant du gouvernement central, les Etats qui avaient reçu leur souveraineté de la constitution de 1824.

Cependant l’armée s’était déjà mise en marche pour soumettre le Texas, qui avait pris les armes pour la défense des droits fédéraux. La prise de Bexar et du fort d’Alamo par les Texiens termina la première campagne; mais les Mexicains, impatients de réparer ce revers, préparèrent pour l’année suivante une invasion formidable. Bexar fut repris par Santa-Anna; le lort d Alarno subit le même sort après une résistance héroïque, et le corps que commandait le colonel Fanning 3, surpris dans les plaines de Goliad par la division d’Urrea, fut égorgé par ordre du général en chef, au mépris des articles de la capitulation et des lois de l humanité.

1 Mai 1836.

7 Septembre 1836.

5 Ce corps se composait de 400 hommes.

Cependant les Texiens ne se montraient point intimidés en présence de ces actes sanglants. Loin de là, la reprise de Bexar avait été suivie de la déclaration 1 de 1 indépendance absolue du Texas (41), et quatorze cents hommes s’étaient levés pour repousser l’armée d’invasion et venger la mort de leurs frères.

Déjà Santa-Anna s’était avancé jusqu’au cœur du Texas et regardait la guerre comme terminée, lorsque Houston, se portant au-devant de lui, le surprit au passage de la rivière de San-Jacinto, un peu au nord de Galveston, et chargeant avec furie la colonne d’avant-garde, remporta en moins d’une demi-heure une victoire complète. 1,000 hommes furent mis hors de combat, et 700 prisonniers, au nombre desquels se trouvait Santa-Anna lui-même, tombèrent en son pouvoir.

Houston reprocha à Santa-Anna les cruautés qu’il avait exercées contre les Texiens à Alamo et à Goliad. Celui-ci répondit qu’il avait agi à Alamo selon les lois de la guerre, et à Goliad par obéissance aux ordres de son gouvernement; puis il ajouta que, si on épargnait sa vie, il la rachèterait par les plus grands services, et spécialement par la reconnaissance de l’indépendance du Texas 2. « Comment pouvez -vous prendre cet engagement? reprit Houston. Cette reconnaissance ne dépend pas de vous, elle ne peut être accordée que par votre gouvernement. — Eh ! mon

1 2 mars 1836. — David Burneüe fut nommé président de la république texienne, et Lorenzo Zavala vice-président.

2 Tel est le dire des journaux américains de cette époque.

CHAIMTRK V.

Dieu! s’écria-t-il étourdiment, ce gouvernement, c'est moi. — Voilà précisément ce qui rend impardonnable votre conduite à l’égard des prisonniers de Goliad, » répliqua sèchement Houston.

L’armée entière demandait que le président captif fût immédiatement sacrifié aux mânes de ses victimes. Samuel Houston et quelques autres chefs, écoutant plutôt les intérêts de la politique que les passions de la multitude, firent prévaloir une opinion miséricordieuse. On lui accorda la vie, à condition qu’il donnerait aux troupes mexicaines qui se trouvaient de l’autre côté du San-Jacinto l’ordre d’évacuer le Texas, et qu’il userait de son influence, non-seulement pour que la guerre ne se renouvelât pas, mais encore pour que le congrès mexicain reconnût l’indépendance de la jeune république. Santa-Anna souscrivit à tout.

Après le désastre de San-Jacinto, le commandement en chef de l’armée mexicaine échut, par droit d’ancienneté, à Filisola, Italien de naissance, au service de la république depuis les premiers temps de sa fondation. En recevant du président l’ordre de se retirer, s’il ne voulait être cause de sa mort, Filisola se trouva dans une cruelle alternative : s’il refusait d’obéir et marchait en avant, il encourait le blâme universel, tout en faisant son devoir; sa qualité d’étranger aggravant sa position, il eût été considéré comme l’assassin de Santa-Anna, et l’anathème de tout un peuple retombait sur lui. Si, d’un autre côté, cédant aux instances de l’illustre prisonnier, il ramenait l’armée à la frontière, le gouvernement lui reprocherait de

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s’être soumis à une autorité déchue, d’avoir agi dans l’intérêt d’un seul homme au détriment de la nation, et de perdre tout le fruit de la campagne par cette condescendance. Cependant Filisola n’hésita pas : il préféra s’exposer aux reproches du ministère et à la sévérité des ordonnances militaires, plutôt que de devenir odieux aux nombreux amis de Santa-Anna, et il se retira en attendant des instructions de Mexico. Il fut rappelé pour être jugé par la cour martiale, et le général Urera prit à sa place le commandement en chef de l’expédition.

Dès lors la guerre du Texas traîna en longueur. La misère et la maladie décimaient les rangs des Mexicains, et la désertion réduisait l’armée à un corps d’observation insignifiant, tandis que la jeune république, reconnue par le cabinet de Washington, croissait en population et en force sous la protection de sa sœur aînée.

La nouvelle constitution mexicaine avait été jurée au commencement de 1837, et le vœu des départements avait porté à la présidence Anastase Bustamante 1 . A peine ce fonctionnaire eut-il pris possession du palais national, que des révoltes éclatèrent sur plusieurs points. Ugarte à San-Luis, Urrea en Sonora, Gordiano Guzman en Michoacan , Mejia à Tampico, troublèrent tour à tour la paix des populations, et donnèrent de sérieuses inquiétudes au gouvernement.

L’année 1838 amena encore de plus grands embarras au Mexique. La France, pour appuyer les ré-

1 19 avril 1837.

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