CHAPITRE V
claniations de son ministre, dut envoyer une escadre dans les eaux du golfe, et bloquer les ports de la république du côté de l’orient. Le baron Deffaüdis avait pris ses passe-ports, et s’était embarqué pour retourner en Europe; il rencontra la Hotte, aux ordres du capitaine de vaisseau Bazoche, et revint avec elle pour intimer l’ultimatum de la France au gouvernement mexicain. La réponse n’ayant donné aucune solution à la question, le blocus commença et dura huit mois.
Enfin le contre-amiral Baudin parut devant Vera- Cruz à la tête de plusieurs bâtiments de guerre. Il était accompagné du prince de Joinville, montant la corvette la Creo/e.Bustamante envoya àJalapa le ministre des affaires étrangères Cuevas pour porter des propositions au plénipotentiaire français. Il offrait de payer les 600,000 piastres d indemnité réclamées par la France; mais il refusait d’obtempérer à tout autre article de l’ ultimatum (42). Baudin, de son côté, ne voulut rien céder; les conférences furent rompues. Au moment où ils se séparaient, le marin jeta au légiste une menace de guerre, qui fut bientôt suivie de l’exécution.
Le 27 novembre, le fort d’Ulua fut attaqué et pris après une défense de trois heures, en présence de vingt-sept bâtiments de la marine royale britannique, accourus sur le théâtre des hostilités pour être témoins du fait d’armes, et pour appuyer plus dignement la médiation offerte par le commodore et par M. Pakenn. tm. La corvette du prince, la frégate !’ Iphigénie et
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deux bombardes avaient seules pris part à 1 action.
La prise d’Ulua (43) n’améliora pas l’état de nos affaires au Mexique; il ne fut rien accordé à la France de plus qu’il ne lui avait été promis auparavant, bien loin de là, un décret d’expulsion avait été lancé contre tous les citoyens français résidant dans le pays, et les dommages causés par ce bannissement subit surpassaient de beaucoup ceux dont notre flotte était venue demander la réparation (44). Baudin dut se repentir alors de ne pas avoir accepté les concessions qui lui avaient été faites aux conférences de Jalapa; il n’avait point de troupes de débarquement, et le Mexique lui opposait une force d’inertie difficile à vaincre. Sa position était devenue fort embarrassante.
Pressé d’en finir, par un avis secret de Louis-Philippe , il se résigna à la démarche la plus humiliante pour un militaire français : malgré l’ordre formel du ministère de n’admettre d’aucune manière la médiation anglaise, il s’y soumit néanmoins, et accepta, après les funérailles des malheureux défenseurs d’Ulua, la seule satisfaction qui lui eût été offerte avant 1 attaque , au mépris du sage précepte de Fénelon : « Avant que de se jeter dans le péril , il faut le prévoir et le craindre; mais quand on y est, il ne reste plus qu’à le mépriser. »
Longtemps après, les Français qui habitaient le Mexique rougissaient encore de honte chaque fois qu’on leur rappelait la fanfaronnade de Baudin. Longtemps saigna la blessure faite à leur amour-propre national par la lettre et par les circonstances du traité.