CHAPITRE V
Délivré de l'agression française, le gouvernement mexicain ne jouit pas pour cela de beaucoup de tranquillité. Santa-Anna, mis en liberté par les Anglo- Américains au bout de quelque temps de captivité à Washington, était rentré dans ses foyers, et après la signature du traité de paix avec la France, il avait été appelé par intérim à la présidence, le titulaire étant allé en personne pacifier les provinces d’orient. A peine installé au palais national, il dut envoyer un corps d’armée au-devant deMejia, qui, échappant à Bustamante, s'avancait à marches forcées sur Mexico, à la tête des révoltés de Tampico. La division du général Valencia rencontra l’ennemi à quelques lieues au delà de Puebla, près du village d’Acajete, et le défit complètement : G00 hommes restèrent sur le champ de bataille, et 400 furent faits prisonniers. Le général Mejia lui-méme tomba entre les mains des vainqueurs, Santa-Anna profita de l’occasion de se débarrasser d’un antagoniste redoutable, et le fit immédiatement fusiller. On s’accorde à dire que Mejia était l’officier le plus brave et le plus intelligent de l’armée mexicaine. Il mourut avec le stoïcisme d’un homme qui a toujours fait bon marché de sa vie.
Après ce désastre et cet acte de sévérité inaccoutumée, la tranquillité se rétablit au centre de la république. Mais l’Yucatan demeura en état d’insurrection ; il s’était déclaré indépendant ; les troupes du gouvernement général avaient capitulé à Campêche, et la ville avait été remise aux insurgés.
Quand on apprit ce dernier événement à Mexico,
les fédéralistes, persuadés que le moment était venu île porter le dernier coup au pouvoir de Bustamante, tramèrent un complot qui éclata le 15 juillet 1840. Urrea et Gomez Parias en étaient les chefs. Au point du jour les révolutionnaires surprirent le palais; les gens du peuple s’unirent à eux, ainsi qu’une partie des troupes du gouvernement. Le reste de la garnison se trouvait enfermé dans la citadelle. Le général Valeneia en prit le commandement et marcha sur le palais.
Les Mexicains n’osent jamais attaquer à la baïonnette un point fortifié, quelque faible qu’il soit; le moindre parapet est pour eux un boulevard inexpugnable. Treize jours s’écoulèrent en vaine canonnade contre les murs du palais, en fusillade sans objet et conséquemment sans résultat. Quelques soldats périrent par accident plutôt que pour avoir affronté le péril; mais en revanche, une foule de personnes inoffensives furent victimes de ces jeux meurtriers (45).
Cependant ce mouvement révolutionnaire n’était point secondé au dehors : Urrea ne pouvait longtemps soutenir une lutte qui n’aboutissait à rien, et il entra en accommodement avec le pouvoir légal.
La capitulation qu’on lui accorda fut des plus avantageuses : le premier article garantissait non-seulement la vie, la sûreté des personnes qui avaient pris part à la révolte, mais encore la conservation des emplois qu elles occupaient avant le 15 juillet. Le septième article portait que les bénéfices de la capitulation ne s’étendaient qu’aux Mexicains.