CHAPITRE V
Or, quelques étrangers, la plupart Français, avaient pris les armes pour faire triompher la cause d’Ürreà et de Gomez Farias, séduits par les grades qu’on leur avait offerts, et par le libéralisme des principes proclamés qu ils avaient pris au sérieux; et les rebelles, en sauvant leur vie, abandonnaient lâchement leurs compagnons d’armes à la vengeance des vainqueurs! Comment se fier encore aux libéraux mexicains?
Un an après, le général Paredes s’insurgeait aussi à Guadalaxara contre le gouvernement, dont la dernière heure, cette fois, avait sonné. La chute de Bustamante et la réunion d’un congrès extraordinaire appelé à régler les destinées futures de la république étaient réclamés par le vœu public, dont le cri de guerre de Paredes n’était que l’écho. Santa-Anna seconda le plan de réforme, et Bustamante tomba enfin, après cinq semaines de désordres, de combat sans résultat, dans les rues de la capitale, Santa-Anna fut élu chef provisoire de la nation, et une assemblée de notables abolit la constitution de 1830.
Bientôt après les bases organiques, dites de Tacubaya, le rendirent tout-puissant : le septième article lui conférait tacitement la dictature. L’opinion publique s’en applaudit un moment : on fut tenté de croire qu’il emploierait son omnipotence à faire le bien, qu il mettrait de l’ordre dans les finances, qu’il réformerait les tribunaux, qu’il réprimerait les abus de pouvoir des fonctionnaires publics, et qu enfin il justifierait, par la sagesse et l’énergie'de son gouvernement, la confiance sans limites qui lui était accordée,
C’était trop attendre de lui : quoiqu’il eut des velléités d’agir ainsi, il n’en eut pas le courage, et il n’en aurait jamais eu la constance. Il refusa de sévir contre les administrateurs, dans la crainte de s’en faire des ennemis; il eut même la faiblesse d’en accepter souvent des présents dont la valeur décelait assez leur infidélité dans le maniement des deniers de l’Etat; il livra les finances aux agioteurs; la corruption et le désordre parvinrent au comble, et l’opinion publique, trompée dans son attente, se prononça ouvertement contre lui le G décembre 1844.
Paredes s’étant soulevé à Guadalaxara contre Santa- Anna, celui-ci marcha contre les rebelles avec une quinzaine de mille hommes, les plus belles troupes qu’ait eues jusqu’alors la république. Mais à peine était-il arrivé à Lagos, que la ville de Mexico donna son adhésion au plan de Paredes; le congrès proclama la déchéance du président, et le général Herrera entra en fonctions comme chef provisoire de l’Etat.
Ce fut l’unique révolution faite par l’opinion publique qu’on eût vue depuis lindépendance. La capitale se souleva spontanément. A l’exception de quelques créatures de Santa-Anna et des agioteurs anglais dont les intérêts se trouvaient lésés par sa chute, tous les partis semblaient confondus en un seul, et criaient à l’envi : « A bas le tyran! « La multitude se porta même à des excès. On avait élevé au cimetière de Santa-Paula un monument surmonté d’une urne dans laquelle était déposée la jambe du général, coupée par suite de la blessure qu’il avait reçue le 6 décent-