‹ Le MexiqueChapitre 78 sur 247 · CH A PI TR K V · texte numérisé non relu

CH A PI TR K V

bre 1838 : I urne lut enlevée, et le membre mutile fut livré aux outrages de la populace.

En apprenant ces événements, Santa-Anna contint mal sa colère, et jura de se venger. Aussitôt l’ordre de rétrograder fut donné à l’armée; et tandis qu’il revenait sur Mexico à marches forcées, la ville fortifiait ses barrières et la garde nationale prenait les armes. La résistance ne pouvait être bien sérieuse si les assiégeants eussent voulu combattre; mais Santa- Anna eut peur d’échouer; il voyait son étoile pâlir; il n’avait plus confiance ni en ses partisans, ni en ses soldats, ni en lui-même; et quand il arriva au bourg de Guadalupe, après être resté quelques jours dans I inaction, il passa outre sans brûler une amorce, et se dirigea sur Puebla.

Cet acte de timidité acheva de le perdre dans l’opinion publique, car beaucoup en faisaient grand cas comme général, tout en lecondamnant comme homme d’Etat. Aussi lorsqu’il se présenta devant Puebla, futil repoussé vigoureusement : la valeur des habitants de cette ville croissait en raison directe de l’abattement de leur héros déchu. Alors 11e sachant plus que faire, Santa-Anna remit 1 à un autre le commandement des troupes, et partit pour Vera-Cruz par des chemins détournés; mais bientôt pris par les Indiens du côté deJalapa, il dut au hasard d’échapper à leur fureur. Conduit au fert de Perote, il y lut retenu quelque temps prisonnier, après quoi il lui fut permis de s’embarquer pour la Havane.

1 1 1 janvier 1845.

Les élections portèrent définitivement Herrera à la présidence. Ce général était tout à la lois un des plus honnêtes militaires et un des plus dignes citoyens du pays; mais il n’avait ni grand savoir ni énergie suffisante pour le commandement. Cependant il sut s’entourer d’hommes recommandables, et parvint à étouffer, avec l’aide du colonel Uraga , la révolte de Rangel (46) en faveur de Santa-Anna; mais il ne put vaincre celle de Paredes, et tomba du pouvoir en décembre 1845.

Envoyé par Herrera pour repousser l’agression des Anglo-Américains, Paredes, de son quartier général de San -Luis Potosi, avait refusé obéissance au gouvernement, et marchant sur Mexico, il y était entré sans coup férir.

Paredes prétendait opérer une révolution radicale. Il croyait facile de préparer les voies à une monarchie étrangère , avec l’aide du clergé , de l’ancien parti écossais , qui avait pris le nom de conservateur , et de tous les citoyens fatigués des oscillations sans fin du système républicain. Son plan de réforme, daté de San -Luis, et les journaux de son parti rappelaient l’inutilité des efforts de la nation pour se constituer d’une manière stable sous le régime démocratique; ils montraient que, livré aux ambitieux et à la soldatesque, le pouvoir se verrait toujours exposé aux mêmes phases révolutionnaires qui causaient la faiblesse du gouvernement et la ruine de l’Etat, tandis qu’un monarque étranger , soutenu par les cours d’Europe , serait une garantie de force et de paix à l’intérieur comme à l’extérieur.

CHAIMTRK V.

'l’ont cela était vrai; mais il n était parlé qu’en termes généraux des avantages d’une monarchie étrangère , sans désigner le prince appelé à régner sur le pays, sans faire connaître les ressources dont il pourrait disposer et les sympathies qui pourraient lui être acquises. On désignait à la vérité, dans les salons de la capitale, le duc de Montpensier, nouvellement marié à l’infante doua Puisa Fernanda, pour le trône de Mexico : la France et l’Espagne pouvaient suffisamment étayer cette royauté; elles avaient aussi à elles seules les plus fortes sympathies du peuple mexicain; mais ce manque de franchise du gouvernement provisoire faisait douter de ses intentions; plusieurs soupçonnaient même Paredes d aspirer à la couronne.

Or, pour qu’un peuple, las de la république, se laissât entraîner dans ce mouvement royaliste , il aurait fallu qu’il entrevit au moins la forme du but vers lequel il tendait. Ne voyant rien de précis, rien de calculé, rien de détaillé pour la réalisation de ce grand projet, la nation, étonnée de l’audace de Paredes, restait froide à son appel.

D’un autre côté, la majorité des citoyens le blâmaient fortement d’avoir saisi le moment oit son devoir 1 appelait à la frontière, pour renverser Herrera et proclamer des idées nouvelles, qui attireraient inévitablement sur le Mexique la colère des États-Fins, fort peu désireux de voir l’Europe se mêler des affaires de cette république.

Paredes répondait que la nation entière, à l’exception du gouvernement et d’un très- petit nombre

d’individus, n entendait transiger d’aucune façon avec les Etats-Unis, et refusait obstinément de leur abandonner le Texas; que, forcé par l’opinion publique, le président avait envoyé sur les bords de la rivière du nord une armée d’observation dont il lui avait confié le commandement, et que néanmoins, dans le même temps, le président et le congrès paraissaient décidés à traiter avec le cabinet de Washington, et à sacrifier ce que la nation ne voulait céder à aucun prix. Mais quel rôle était laissé à l’armée arrivant en présence des Américains, alors quelle apprendrait qu’on avait donné gain de cause aux ennemis qu elle venait combattre, et que la paix était signée? La volonté de tout un peuple demeurait ainsi enchaînée par celle de quelques hommes qu’on accusait publiquement de trahison envers la patrie.

Qu’avait donc fait Paredes dans des circonstances si graves? Il était venu se ranger du côté de la majorité qui réprouvait la conduite d’Herrera pour l’affaire du Texas; et il lui apportait le secours de son épée et de son armée , tout en indiquant un moyen plus efficace encore de conserver l’intégrité du territoire, celui d’intéresser les puissances d’Europe aux affaires du Mexique.

Les partis opposés n’alléguaient rien de bien valable contre la justification de Paredes, et ils eussent sans doute applaudi à sa rébellion, s’il n’eût posé pour base de son plan de réforme l’adoption d’un gouvernement monarchique. En un mot, que ce qui pouvait soulever la critique était admis comme légitime

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